une femme en nuisette en train de faire du stand up

Et si les femmes étaient l’avenir des séries comiques

© Amazon prime

Drôle, Jeune et Golri, La meilleure version de moi-même... Ce sont les femmes qui arrivent à nous faire rire.

27 mars 2022, 94ème cérémonie des Oscars. Chris Rock, comique numéro un des années 2000, fait une vanne sur l’apparence de la femme du comique numéro un des années 90, Will Smith. Ce dernier se lève et lui colle une baffe. La scène n’est pas drôle. Les comiques hommes auraient-ils perdu leur humour ? Auraient-ils cessé de nous faire rire ? Depuis MeToo, les révélations sur les pratiques du géant du stand-up, Louis C.K., avaient déjà entamé l’aura de la scène américaine. Et il semble que depuis, notre envie de se tourner vers les humoristes femmes se décuple. 

Côté mec : rien de nouveau depuis 20 ans

Côté Français, la chose est frappante lorsqu’on regarde Drôle, la nouvelle série de Fanny Herrero (la scénariste de 10 %). Le parcours des deux personnages féminins nous aimante bien davantage que celui de leurs pendants masculins. On aime Aïssatou (Mariama Gueye) qui voit sa notoriété exploser par la viralité d’une vidéo se son sketch qui raconte crument comment son mec a découvert le plaisir prostatique. On aime aussi Apolline (Elsa Guedj), la fille de bonne famille qui délaisse l’école du Louvre pour monter sur scène avec des textes aussi surréalistes qu'osés. Quant aux protagonistes masculins, le jeune de banlieue qui fait rire avec sa précarité et son histoire cabossée ou l’ex-star qui a laissé passer sa chance à trop profiter des à-côtés de sa célébrité, même s’ils sont bien campés, ils semblent plus convenus. On pense à Éric et Ramzi, au Jamel Comedy Club. Rien de nouveau depuis 20 ans. 

Chez les Anglo-Saxons c’est un peu la même chose. La fabuleuse Madame Maisel (Amazon Prime), mix improbable de Mad Men et Seinfeld, pour le côté juif new-yorkais, multiplie les récompenses depuis quatre saisons. On découvre une humoriste de stand-up cherchant à se faire une place sur les planches au début des années 60, parfaitement campée par l’incandescente Rachel Brosnahan. On pense à Feel Good (Netflix), série autofictionnelle sur une comique lesbienne canadienne qui tente de percer en Angleterre et d’échapper à ses addictions (l'humoriste Mae Martin interprète le rôle principal et a co-écrit la série avec Joe Hampson). Son originalité principale est de ne pas tenter de faire rire à tout prix. Mais plutôt de nous plonger dans les interrogations d’une clown triste.

On attend toujours de voir une fiction dont le protagoniste masculin parviendrait à relever le défi de cette nouvelle donne. Peut-être peut-on le trouver dans Babysitter de la québécoise Monia Chokri, sorti le 27 avril au cinéma. Dans cette comédie disjonctée, suite à une blague sexiste devenue virale, un homme décide de reconstruire sa masculinité. Vaste programme !

Femmes et golri en trois séries

Drôle (Netflix). « Drôle », c’est le nom d’un café où se produisent de jeunes stand-uppers. Bling (Jean Siuen), qui a créé l’endroit avec sa sœur, a connu la gloire dans une comédie culte voici quelques années, mais depuis il va de fête en fête et ne peux monter sur scène sans béquille chimique. Aïssatou, son ex, essaye de concilier la scène et la vie de famille. Alors que Nezir (Younès Boucif) peaufine ses sketchs en enchaînant les livraisons à vélo. L’arc narratif de Drôle reprend les poncifs de la série chorale. Heureusement, de nombreuses scènes s’écartent de cette autoroute du rire… Dont une, assez osée finalement, où Nezir a du mal à accepter qu’Apolline se caresse pendant qu’ils font l’amour.

Jeune et Golri (OCS) : Prune (Agnès Hurstel), jeune comique qui débute dans un bar à stand-up en disant des horreurs sur la sexualité, rencontre un homme plus âgé (Jonathan Lambert)… Et se retrouve obligée d’apprendre à vivre avec la fille de celui-ci. Une enfant de 6 ans un peu psychorigide qui a déjà son compte TikTok, et qu’elle surnomme jusque sur scène « Mini-Merkel ». Antithèse de Cendrillon et de Blanche Neige, la série invente le personnage de la gentille belle-mère, que les familles recomposées des grandes villes appelaient de leurs vœux. Trash et mignonne, poétique et bricolée, cette comédie met en lumière les jeunes pousses de la scène parisienne comme Paul Mirabel, Marie Papillon ou Lison Daniel, toutes deux révélées par Instagram pendant les confinements.

La meilleure version de moi-même (Canal+) : Sur scène Blanche Gardin dit des énormités politiquement problématiques. Et quand on croit qu’elle va trébucher, elle en profère d’encore plus grosses qui font que l’on ne peut sortir de sa gène que par un grand éclat de rire rédempteur. Dans sa série, même tarif : elle aborde ses problèmes gastriques avec une crudité effarante. Lorsqu’elle va voir un naturopathe, celui-ci lui explique que son blocage vient du mal qu’elle se fait en disant du mal d’elle-même. Elle prend une décision radicale : elle arrête l’humour pour se lancer dans le développement personnel, sulfatant l’univers du bien-être avec la même rage qu’elle avait mise à moquer celui des décroissants dans Problemos, le film visionnaire sur les pandémies qu’elle avait co-écrit pour Éric Judor en 2017.

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