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Un lapin dans les bras d'un médecin

La startup qui veut en finir avec les tests sur les animaux

Le 14 déc. 2017

« Même s’il existe des comités éthiques, nous travaillons toujours avec des êtres vivants, et cela pose problème ». Rencontre avec Pascal Descargues, fondateur de Genoskin.

Depuis six ans, Pascal Descargues et son équipe collectent des échantillons de peau humaine auprès d’hôpitaux partenaires. « Ces échantillons sont issus de chirurgie plastique. Nous les recyclons afin d’en faire des outils de tests pour les produits cosmétiques, pharmaceutiques et chimiques, et en finir avec les tests sur les animaux », explique-t-il.

Au cours de son parcours de chercheur, il a pu se rendre compte des limites physiques et éthiques du système qu’il côtoie alors. D’une part, la peau des rongeurs reste très éloignée de la peau humaine, et sans outils complémentaires il est très compliqué de vérifier des hypothèses pour les êtres humains. D’autre part, travailler sur des animaux pour tester des produits, même sous la surveillance de comités, ne lui convient pas. « Je voulais vraiment trouver une solution qui soit plus éthique, qui ne demande pas de travailler sur des êtres vivants ».

Après un post-doctorat à l’Université de Californie de San Diego, il choisit de rentrer en France avec un financement de recherche et développe une technologie capable de conserver les propriétés de la peau humaine pendant une semaine. « Chaque jour, il y a de plus en plus d’opérations de chirurgie plastique à travers le monde. Les échantillons de peau récoltés sont détruits, alors qu’ils pourraient tout-à-fait être réutilisés à des fins de recherche ». Pour ce faire, Genoskin instaure des partenariats avec des hôpitaux, qui se chargent de demander les autorisations nécessaires auprès des patients-entes qui subissent des abdominoplasties. « L’avantage, c’est que la peau du ventre est rarement exposée au soleil ».

Les équipes ont mis au point une sorte de gel, une « matrice biologique » qui permet d’enfermer une biopsie de peau, de coller au tissu prélevé, et de lui fournir les nutriments nécessaires pour permettre une culture ex-vivo jusqu’à sept jours. « Nous aimerions aller au-delà, mais nous sommes limités par le manque de vaisseaux ».

Des échantillons de peau de Genoskin

Les matrices sont fournies aux clients de Genoskin sous forme de kits, faciles à utiliser et prêts à l’emploi – ce qui est inédit sur le marché. « La demande s’accroît, notamment à l’international ». Il précise qu’il y a encore quelques années, tester des produits sur des animaux n’était pas considéré comme un problème pour la plupart des gens. « Aujourd’hui, c’est un vrai sujet », notamment pour les clients du domaine pharmaceutique qui ont besoin d’avoir des outils prédictifs pour obtenir des réponses biologiques humaines. « Ce sont des entreprises qui ne peuvent pas se permettre de se heurter à des échecs lors des essais cliniques : les ratés sont très coûteux pour l’industrie et font très souvent perdre du temps et de l’énergie ». Pour ce qui est des entreprises cosmétiques, les réglementations en place sont très strictes. En Europe, il est interdit de faire des tests sur des animaux depuis 2013. « Et d’autres pays s’y mettent : l’Inde, la Turquie, la Nouvelle-Zélande, … Nos clients ont donc besoin d’innover, de développer de nouvelles solutions ».

Les clients de Genoskin récupèrent ainsi les kits, « et les caractéristiques de celles et ceux qui ont donné l’échantillon ». Âge, poids, sexe, taille, … « Tout est anonymisé, mais ces données peuvent être importantes pour certains développement ».

Les hôpitaux sont ouverts au discours de Genoskin. « Ils sont très impliqué dans la recherche ». Aujourd’hui, il est interdit d’acheter et de vendre de la peau ou des tissus humains. « Nous rémunérons donc les hôpitaux non pas pour les échantillons de peau fournis, mais pour le temps passé à les obtenir ». Idem du côté des clients, qui n’achètent pas la peau récoltée par Genoskin, mais la matrice qui va avec.

Dans le futur, pourra-t-on miser sur une peau 100% artificielle ?

« Il faudra les deux », affirme Pascal Descargues. « La démarche qui vise à créer des tissus artificiels de plus en plus sophistiqués est très positive, mais il faut continuer à valoriser les échantillons produits lors des opérations – c’est extrêmement bénéfique pour la recherche ». Il explique que le processus pour reproduire un tissu humain dans toute sa morphogénèse est extrêmement complexe. « Depuis les premiers modèles de peau reconstitués dans les années 90, il est des barrières qui n’ont jamais été franchies. Il est impossible de recréer une pilosité, par exemple. Par ailleurs, la peau artificielle laisse pénétrer bien plus de produits que la peau humaine ».

Il estime que d’ici les vingt prochaines années, il convient de privilégier les tissus humains.

« De notre côté, nous cherchons à développer notre technologie : nous pourrions imaginer proposer d’autres types de peau – les propriétés variant selon les parties du corps - et faire la même chose avec des tissus malades. Il est très difficile de reproduire une pathologie ».

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