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Arnold

Barbie drug, la came des cramé·e·s

L'ADN
Le 23 févr. 2018

La Barbie drug, petit nom de la melanotan, est une hormone qui accélère le bronzage, et rend complètement accros les visages pâles qui s’y frottent. Ou quand les dérives de la beauté parfaite s’exposent en plein jour.

Si quelques siècles auparavant, la peau blanche tenait le haut du pavé – pour marquer sa supériorité sur les paysan·ne·s forcé·e·s de trimer toute la journée en plein cagnard, puis sa différence avec les esclaves, majoritairement africain·e·s et natives américain·e·s – l’avènement des congés payés en 1936 en France et la libération du corps à partir des années 70 ont renversé la donne. Arborer un teint hâlé signifiait alors qu’on avait les moyens et le temps de partir au soleil, et qu’on était assez à l’aise avec notre corps (et donc moderne dans nos idées) pour l’exposer.

Avec les alertes des dermatologues et cancérologues, la folie du bronzage (et de ses cabines à UV) s’apaise un peu… jusqu’à ce qu’Instagram ravive la flamme. En voyant tous ces corps parfaits, dorés par les filtres, éclaboussés par des vagues du bout du monde, et fièrement arqués sous les altères, difficile de résister à l’envie d’être « belles » et « beaux » nous aussi.

femme sur un mur

Mais alors comment faire pour attirer le soleil et les muscles saillants à soi sans claquer son compte épargne dans un aller-retour pour la République Dominicaine et suer 8 jours/7 dans une salle de sport pendant des mois ? Les hormones pardi ! Toute la schizophrénie d’une époque et d’une génération résumée : dévier dangereusement vers le body-hack pour atteindre la healthy beauty #fake.

La Barbie drug donc, ou Melanotan, s’achète (trop) facilement sur internet, se prend par injection sous-cutanée ou spray nasal (la grande nouveauté qui vous évitera les marques de piqûres mais vous laissera un arrière goût dans la bouche) et coûte environ 70€ la cure d’un mois. Développée au Etats-Unis dans les années 80 mais interdite depuis en Europe, en Australie et dans son pays d’origine, ses effets sont la parfaite illustration d’une époque : un bronzage rapide dès qu’on s’expose au soleil, une libido décuplée et un appétit réduit. Le combo de la Barbie de compet’ en somme. Sauf qu’évidemment, tout ça n’est pas très bon pour la santé.

Les êtres humains normalement constitués possèdent une concentration plasmatique physiologique de melatonan de l'ordre de 25 ng/l. Les apprenti·e·s Barbies s’injectent en moyenne 1 à 2 mg par jour. Calcul rapide : c’est 20 000 à 40 000 fois plus élevé que la concentration naturelle. D’autant plus qu’à l’arrivée des premiers résultats, ça devient difficile de s’arrêter en « si bon chemin ». Comme toute dérive beauté, les utilisateurs et utilisatrices de cette hormone ont tendance à forcer la dose, jusqu’à se dévisager et à risquer leur vie.

Barbie sur un banc

D’après certaines études, ce produit pourrait provoquer des mélanomes, et serait responsable de plusieurs effets secondaires : dépression, hypertension, nausées… Sans parler du fait que certains mélanges contiennent de l’insuline, dont l’ingestion peut conduire au coma. Une coquetterie qu'on paye donc cash et au prix fort.


Un article de Laura Dubé.

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