L'acteur Johnny Depp

Procès Johnny Depp vs Amber Heard : « C’est Depp qui maîtrise la narration »

Quel impact le procès Depp/Heard pourrait avoir sur les représentations des violences conjugales ?

On a demandé à Bérénice Hamidi, enseignante-chercheuse spécialiste des enjeux politiques des représentations culturelles.

Le procès qui oppose Johnny Depp à son ex-femme Amber Heard est retransmis en direct. Que pensez-vous de cette mise en scène ?

Bérénice Hamidi : La retransmission des débats transforme la nature de ce qu’on voit : Depp et ses avocats s’adressent moins à la cour qu’à l’opinion publique. Ce procès pour diffamation vise à redorer sa réputation, ternie par les accusations de Heard mais aussi par ses addictions. Il doit imposer sa version de l’histoire et il met les moyens. Ce n’est plus un procès filmé, c’est un film qu’il produit, scénarise et dans lequel il joue. Les internautes et les commentateurs médiatiques semblent dupes, ils décryptent les expressions de Heard comme s’ils espéraient y trouver des preuves de LA vérité. Alors même que leur opinion est déjà faite, pour une bonne raison : c’est Depp qui maîtrise la narration.

Quel impact ce procès peut-il avoir sur la perception des violences conjugales ? Va-t-il avoir un effet inhibiteur sur la parole des victimes, et croire les femmes par défaut était-il un bon principe ?

B. H : C’est très compliqué d’en faire un procès des violences conjugales. Parce que l’objet de la plainte est la diffamation d'une part, et parce que les deux ex-époux s’accusent réciproquement de violences d'autre part. Croire a priori les victimes de violences sexistes et sexuelles est un principe politique essentiel, parce qu’elles subissent une présomption de discrédit et que le sentiment d’impunité des auteurs est phénoménal. En France, 1 % des viols aboutissent à des condamnations. Les victimes n’ont aucun intérêt à mentir ni à porter plainte, au contraire.  

Cela peut-il libérer la parole sur les violences conjugales envers les hommes ?

B. H : 28 % des victimes sont des hommes. Donc, 72 % sont des femmes. Et il faut inclure cette question dans l’ensemble des violences intra-familiales – inceste, violences sexuelles, maltraitances... Les victimes sont en grande majorité des femmes et des enfants. Et l’immense majorité des auteurs sont des hommes. C’est le problème à régler. Les hommes ne sont pas violents par nature. Ils le deviennent à cause du modèle de masculinité valorisé. Les hommes victimes subissent aussi la violence de ces stéréotypes : il y a une honte spécifique parce qu’un homme, un vrai, ne se laisse pas frapper.

Le fait que cela touche Johnny Depp, acteur élu parmi les plus sexy, peut-il enlever à cette honte ?

B. H : Je ne crois pas. Ce n’est pas une victime exemplaire : il y a des preuves matérielles de sa très grande violence physique et verbale à lui aussi.

Il y a un soutien massif pour Johnny Depp d’une génération habituellement très encline à dénoncer les violences faites aux femmes et le gaslighting. Comment expliquer ce renversement ?

B. H : Peut-être par souci de ne pas exclure certaines victimes. Mais je trouve surtout qu’on retombe dans la partition classique : un homme célèbre porte plainte contre une femme plus jeune, qui a moins de pouvoir. Elle est jugée coupable d’avoir sali la réputation d’un grand homme. On a récupéré toute l’artillerie des clichés les plus éculés et misogynes : Heard serait vénale, manipulatrice et folle, même si on donne un vernis scientifique moderne à cette accusation (borderline, histrionique…).

On voit apparaître la notion de féminité toxique...

B. H : Ça se veut le pendant de masculinité toxique, une expression psy un peu floue. Le problème n’est pas psychologique, il est social. Il tient aux modèles hiérarchisés et complémentaires de masculinité et de féminité. Les hommes doivent être des winners, détenir le pouvoir, l’argent et la force, pour eux la violence est autorisée, valorisée même si elle sert la réussite sociale. À l’inverse, il y a une injonction pour les femmes à prendre moins de place. Le problème, c’est la masculinité hégémonique. Et dans nos sociétés, il n’y a pas de symétrie possible : les femmes ne sont pas en position hégémonique. Parler de féminité toxique est un abus de langage.

À NOTER :

Bérénice Hamidi est professeure des universités à Lyon 2, chercheuse au laboratoire XX-XXI et membre honoraire de l'Institut Universitaire de France. Ses recherches marquées par sa formation littéraire présentent également une orientation sociologique.

commentaires

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  1. Anonyme dit :

    Commentaire plus intéressant à lire et découvrir que le procès lui-même.

  2. Alexia dit :

    Dommage que l’article ne précise pas en quoi et comment Depp maîtrise la narration. C’est le postulat de base de l’article mais …

  3. Anonyme dit :

    Amber Heard n’est elle pas violente? Je ne crois pas que ce soit un schéma classique du pouvoir contre la jeunesse. Ce cas est différent même s’il semble habituel.

  4. Sila dit :

    Tout dépend de ce que l’on appelle «  pouvoir » .
    Si, comme vous semblez le penser , le pouvoir n’est que social …en effet M.Depp en est détenteur .
    Sauf que, semble t il , son «  pouvoir » au sein d’un couple semble altéré par des problèmes de santé majeurs.
    Vous semblez penser que l’argent seul est source de pouvoir .
    Or ce procès , pour le peu que j’en sache , semble démonter l’idée reçue de «  l’Homme riche et célèbre forcément plus puissant ( donc plus nocif) que sa jeune épouse pauvre et forcement faible ( donc prétendue dénuée de «  pouvoir » ) »

    Peut être même est- ce cette inversion des normes habituelles qui attire les foules. Car cette jeune femme semble plus intelligente, plus déterminée et en meilleur état de santé que lui .

  5. djezouy dit :

    Cet article est encore une abomination de mensonge et de propagande féministe, c'est bien ce que sont les médias, même lorsqu'un homme est battu, la féminité toxique n'est pas un abus de langage, il y a la féminité toxique aussi, de plus la violence n'est pas du tout autorisé aux hommes, puisque l'homme est toujours arrêter quand il l'est, l'homme à des peines plus lourde que les femmes, lorsqu'un homme est battu c'est la femme qu'on croit en premier quand elle dit qu'elle l'est alors que c'est elle qui est violente la preuve par Amber Heard, donc la violence est autorisé pour les femmes pas pour les hommes, mais forcément ce sont les médias, qu'est ce qu'il y a derrière des lobbies féministes et d'autres lobbies, et donc la seule réponse que la plupart des gens ont c'est de dire que c'est la "théorie du complot" sans explication et sans argument tangible, on en fait une attaque ad hominem, non il n'y a aucun complot, il y a des lobbies, plusieurs dont des lobbies féministes, sans tomber dans la théorie du complot. Donc encore un article mensongère basé sur les idéaux et la propagande féministe de cette femme interviewé.

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