L'affiche de la série documentaire  - Pères sans repères -

Un documentaire pour libérer la parole des pères déconstruits

Si la parole des mères se libère, c’est moins le cas de celle des pères. Première étape franchie avec la série documentaire Pères sans repères.

Assis sur un tabouret, ils sont 16 à témoigner de leur paternité dans la série documentaire Pères sans repères réalisée par Judicaëlle Perrot. Sur fond noir, ils évoquent leur enfance, les pères qu’ils veulent être, la manière dont ils se déconstruisent et leurs propres freins. Sortis en septembre 2024, les 5 épisodes de 30 minutes sont disponibles sur la plateforme féministe de streaming on.suzane.

Qui sont les nouveaux pères ?

Judicaëlle Perrot : Ce sont des pères qui veulent se donner le temps et être présents pour leur famille. Axel l’exprime assez bien dans l’épisode 3. Lui qui a appris à être père presque par contrainte, car sa compagne n’était pas en mesure de s’occuper tout de suite de leur nouvelle-née à cause d’une lourde césarienne. Il a appris au contact de son enfant. Comme toutes les mères qui se retrouvent seules pendant le congé maternité. Les pères de cette génération acceptent de s’occuper de leur enfant, ce que faisaient moins ceux de la génération précédente, et donc d'apprendre sur le tas. Ce qui veut dire aussi accepter de ne pas avoir la science infuse, d'être imparfait, de faire des erreurs. Cela signifie aussi renouer avec ses émotions, son enfant intérieur et ses failles. Axel donne l’image, en faisant le geste d’ailleurs, des fêlures qui deviennent des crevasses quand on devient parent, parce que cela renvoie à sa propre enfance. On se rend compte des schémas à ne pas reproduire. C’est pour ça que William parle de la thérapie, pour comprendre ses réactions et être meilleur. Il y a aussi Benoît qui explique qu'on ne peut pas se battre pour une cuillère de petits pois. Si l’enfant veut manger son dessert avant son plat, ce n’est peut-être pas si grave. Enlever les barrières que la société nous a appris à poser lui a fait du bien, à ses enfants aussi. Je pense qu’ils ont réussi à comprendre tout cela et à faire le chemin nécessaire pour être de meilleurs parents, et de meilleures personnes. Un père d’aujourd’hui se pose aussi la question du racisme et comment en parler. Dans notre société, être un papa blanc et bourgeois, ce n'est pas la même chose qu'être un papa précaire, racisé ou victime de discrimination systémique.

De quelles injonctions témoignent les pères dans le documentaire ?

J.P. : L'injonction à être fort, ne pas montrer ses émotions, ne pas être vulnérable, ne pas pleurer, ne pas avoir de doutes ou encore ne pas avoir de peurs. En fait, la seule émotion qu'on laisse aux hommes, c'est la colère, qui d’ailleurs n'est jamais bien exprimée, trop souvent dans la violence, alors que le fait de l’exprimer peut être sain. Dans l'archétype du père traditionnel, c’est celui qui inspire la crainte pour se faire respecter. Sans oublier l'injonction au travail pour subvenir aux besoins de la famille. Le point commun des interviewés est qu'ils ont refusé ces schémas.

Ce documentaire prouve qu'on est sorti du pater familias ?

J.P. : Je voulais montrer que c'est possible d'être dans une situation de domination et pour autant, se remettre en question et prendre sa part de responsabilités en tant que parent. Il faut garder l'espoir et les inclure dans la conversation. Même si on peut en avoir marre d'éduquer les hommes au quotidien, ça porte ses fruits ! Et pour secouer un peu aussi, même si la société impose un certain nombre de choses, ce n'est pas qu'aux femmes de résister sur ces sujets.

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