jeune homme déprimé, se prenant la tête

L’éco-action pour lutter contre l’éco-anxiété des jeunes

© Karolina Grabowska

Mobiliser les jeunes sur l’adaptation au changement climatique : le moyen le plus nécessaire pour faire face à la montée de l’éco-anxiété.

Quelque 75 % des jeunes de 16-25 ans, vivant dans dix pays, sur quatre continents, jugent le futur « effrayant » , selon une étude publiée cet automne par « The Lancet Planetary Health[1] ». L’éco-anxiété, définie comme une « détresse émotionnelle, mentale ou physique face à la crise climatique » , concerne en France près de 80% des jeunes et de nombreux adultes. Ce mal-être touche plus particulièrement les populations les plus vulnérables, car elles ressentent déjà les premiers effets de la crise climatique et savent qu’elles y seront plus exposées.

Sentiment de solitude, tristesse, colère et impuissance face à l’ampleur des défis et à l’étendue des changements nécessaires en sont les symptômes les plus fréquents. Mais son origine est avant tout liée à l’insuffisance de la prise en compte de la crise climatique. C’est l’absence d’action à la hauteur des enjeux et l’accumulation de promesses non tenues qui créent les angoisses. Les jeunes en veulent à la société et aux entreprises de ne pas agir suffisamment fort alors qu’elles en ont les moyens.

Bilan : la jeune génération cherche des voies alternatives, bifurque et ressent, même parmi ses membres les plus insérés, un profond sentiment de dissonance. Se projeter en 2030 avec une réduction des émissions conforme aux accords de Paris semble impossible. La neutralité carbone, une utopie ! D’où la montée inexorable de sentiments d’impuissance et d’inquiétude. Pourtant, l’adaptation face aux risques constitue un premier pas pour affronter cette vision d’un monde à plus de deux degrés, et mieux organiser notre société pour y faire face. Et pour se lancer, misons sur le collectif. Il permet le partage des émotions et cimente la mobilisation autour d’un intérêt commun. Cette vision est défendue par de nombreuses organisations de la société civile comme Makesense, les Pépites Vertes ou la Fresque du Climat. L’intelligence collective permet d’ouvrir la réflexion et la mise en action. Bien souvent, les participants à une action collective se trouvent transformés par cette expérience et veulent la partager.

Face à l’éco-anxiété, nous défendons donc la nécessité de renforcer la sensibilisation des jeunes à l’adaptation au changement climatique, mais aussi de favoriser les espaces d’échange et d’écoute. Le tout dans un objectif de mise en action, salutaire et mobilisateur. C’est ce que nous avons constaté, par exemple, avec le Prix Team up for Climate organisé par la Fondation Egis. Cette initiative, menée auprès d’étudiants de plus de 60 nationalités, mobilisés par équipes, a, dans un premier temps, consisté à vulgariser l’adaptation face aux changements climatiques, puis à fournir des outils méthodologiques afin d’appréhender les risques climatiques à l’échelle locale, en les illustrant par des solutions existantes. Ainsi, l’action devient possible, car accessible et répondant à un périmètre et un risque identifié. En proposant la formulation d’une solution locale et concrète à un problème initialement vu comme trop complexe ou insoluble, ce type de programme va au-delà de la sensibilisation. Il permet aux jeunes de se projeter dans l’action et de se mettre en relation avec des acteurs privés et publics. Le premier pas de l’éco-anxiété vers l’éco-action est fait, et la dynamique collective vertueuse enclenchée.

Ajoutons que l’éco-anxiété des jeunes rejoint la perte de sens grandissante constatée dans le monde du travail. Les jeunes, et les moins jeunes, ont besoin de poursuivre leur engagement en entreprise. Et les entreprises, de leur côté, ont besoin des jeunes pour se transformer et s’adapter. Nous invitons les entreprises, les acteurs de l’enseignement secondaire et universitaire et les associations à se saisir de ces sujets et à organiser des espaces d’expression et de collaboration partagés autour de l’adaptation au changement climatique. Pour que l’action climatique dépasse les actions individuelles et s’engage dans une mise en action collective, à tous les niveaux de la société.

Pour poursuivre la conversation, une conférence se tiendra lors de l’Université de la Terre, à l’UNESCO - Samedi 26 novembre 2022 - 09h30 - 11h00 : S'adapter à vivre sur une planète surchauffée.

Les signataires de cette tribune sont : Jacques Huybrecht, Fondateur de l’Université de la Terre - Martine Jauroyon, Présidente de la Fondation Egis et Directrice Développement Durable, Innovation et Excellence Technique du Groupe Egis  - Sandrine Maisano, Conseillère Fondation la Main à la pâte et Vice-Présidente Comité 21 - Mathis Perdriau, Membre du collectif Pour un Réveil Ecologique - Charlotte Grouset, Responsable de la Fondation Egis - Claire Pétreault, Créatrice et Présidente des Pépites Vertes - Gilles Vermot Desroches, Senior VP Corporate Citizenship Schneider Electrics.


[1] L’étude, menée par des chercheurs d’universités britanniques, américaines et finlandaise et financée par l’ONG Avaaz, s’appuie sur un sondage réalisé entre mai et juin 2022 par l’institut Kantar auprès de 10 000 jeunes âgés de 16 à 25 ans dans dix pays, du Nord comme du Sud (Australie, Brésil, Etats-Unis, Finlande, France, Inde, Nigeria, Philippines, Portugal et Royaume-Uni. Le Monde, 14/09/2022

commentaires

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  1. Anonyme dit :

    celine_r17@hotmail.com

    Je trouve ceci intéressant et allarmant

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