Paul Foulonneau | 3SO L'Agence

La performance est-elle devenue ringarde ?

Avec Kalenji
© Paul Foulonneau | 3SO L'Agence

Vous n’avez pas l’esprit de compétition ? Vous n’avez jamais eu la gagne, ni l’envie de courir un marathon ? Cela tombe bien, vous êtes né à la bonne époque… 

« Cardio Flashdance » , « HoopTonic » ou encore « Safe Floor »  : voici le nom des futures disciplines sportives « à tester absolument en 2022 » selon le magazine Vogue. Derrière ces anglicismes ? De la danse avec un cerceau, du travail foncier pour faire du bien à sa colonne vertébrale ou de simples déhanchements sur sa playlist préférée. Vous l’aurez compris : on est bien loin du bon vieux tennis ou du football.

Et ce n’est pas qu’une intuition, puisque les chiffres sont là. Selon une étude menée en 2021, le bien-être est pour 79 % des consommateurs interrogés un critère essentiel. 

Vous vous souvenez peut-être de cette époque où vos parents rêvaient de voir en vous une graine de champion et vous traînaient tous les samedis matins parcourir les tournois de tennis, judo ou équitation de votre région. Assis sur la banquette arrière de la voiture, vous culpabilisiez lourdement parce que, très honnêtement, vous auriez préféré rester à la maison. Bref, vous n’avez pas l’âme d’un athlète et la recherche de la performance ne vous intéresse guère. 

Des clubs de foot à Gym Tonic : la pratique du sport s’est transformée

Et vous n’êtes pas seul ! Saviez-vous que pour 9 Français sur 10, le sport rime avec bien-être et moral au beau fixe ? Surtout depuis le début de la crise sanitaire et notre sédentarisation forcée ! Pendant le premier confinement, la marche, le footing et le fitness figurent parmi les trois sports les plus fréquents selon l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP). Bienvenue dans l’ère du sport pour soi, rien que pour soi. Exit le sport en club, la compétition et les tournois. Mais alors pourquoi fait-on du sport ? Selon une étude de l’IFOP, la majorité des Françaises et Français pratiquent le sport par « plaisir » et l’envisagent aussi comme une « soupape de décompression » qui permet de faire une « coupure entre la vie professionnelle et personnelle » . 

Ce n’est pas pour rien que 61 % d’entre eux souhaitent à l’avenir pratiquer du sport en extérieur, seuls ou à plusieurs. « Le sport en équipe ou en club apparaît comme un effort qui demande des contraintes dont on ne veut plus : participer aux entraînements, aux compétitions » , précise le sociologue du sport. Et l’approche n’est plus la même : « Le sport devient une pratique de la convivialité. On cherche à être bien dans sa tête, dans sa peau mais aussi bien avec les autres » , souligne Patrick Mignon, sociologue spécialiste du sport et auteur de plusieurs enquêtes sur la pratique sportive.

Dans un article du New York Times, le Dr Michelle Segar qui dirige le département sportif de l’université du Michigan aux États-Unis, rappelle que toute pratique sportive compte, quel que soit son niveau d’intensité. Le tout est d’y prendre du plaisir. Aucune envie de faire trois tours de parc aujourd’hui ? Prenez l’escalier ! La chercheuse explique : « Plutôt que de chercher des effets immédiats sur son corps, ce qui motive le plus c’est d’avoir plus d’énergie, d’être de meilleure humeur, de diminuer son stress et de passer du bon temps avec famille et amis. »

Mais depuis quand est-ce que la performance a perdu sa qualité de valeur maîtresse dans le sport ? Selon le sociologue Patrick Mignon, le sport bien-être ou même de « développement personnel » a été initié à partir des années 1980. Gym Tonic, Véronique et Davina, cela vous dit quelque chose ?  

Ces deux professeures d'aérobic qui font bouger la France devant son écran de télévision consacrent ce que certains chercheurs nomment la « sportivisation » de nos loisirs et de notre temps libre. Le sport s’invite partout et ne se cantonne plus aux stades ni aux salles. D’ailleurs, comme le rappelle Jean-Michel Besnier, professeur de philosophie à la Sorbonne et auteur de Le sport, trop haut, trop vite, trop sport ? (Ed. Robert Laffont, 2021), à l’origine, les Jeux olympiques n’étaient pas envisagés comme la démonstration performative que l’on connaît aujourd’hui : « On prête à l’olympisme grec un souci de performance, or la performance n’est pas une préoccupation des anciens. L’appétit de progrès n’existe pas chez eux. »

Dépasse-toi toi-même !  

Cela signifie-t-il pour autant que la randonnée, le fitness ou encore le running sont dénués d’enjeux de performance ? Pas du tout, répond Anaëlle Malherbe, préparatrice mentale pour les athlètes de haut niveau. « L’idée est de se dépasser personnellement plutôt que de se mettre en compétition avec d’autres personnes » , indique-t-elle. Au XXIème vous n’avez plus envie de battre votre camarade par simple plaisir de gagner, ce que vous essayez de dépasser, c’est vous !  

D’ailleurs, comme le rappelle justement Patrick Mignon, la performance à l’origine signifie le fait d’accomplir quelque chose qui dépasse ses limites habituelles. « Quand on fait de la randonnée sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, marcher 25 kilomètres avec du dénivelé, c’est une performance !  » , s’exclame-t-il. Le sport de loisir, ou sport de détente, n’évacue donc pas la performance, mais elle l’envisage différemment. On se challenge soi pour se sentir mieux.  

Selon Anaëlle Malherbe, de plus en plus de nouveaux sports se développent autour de cette logique de performance. C’est le cas du crossfit notamment, une discipline qui mêle fitness et musculation. Ce sport intense, très à la mode, mélange plusieurs programmes sportifs de haut niveau. Le dépassement de soi occupe une place centrale. Sans oublier la tendance du trail ou de l’ultra-trail qui « peuvent être accessibles à différents types de publics et permettent d’incroyables performances » , rappelle-t-elle.

« La performance ne meurt pas, elle change de sens »

Et puis si on y réfléchit bien, l’automesure ou quantified self, présente partout, est elle aussi une forme déguisée de performance. Grâce à votre Apple Watch ou à n’importe quelle application sportive de votre smartphone, la technologie moderne permet de la mesurer. « Nombre de pas, cardiofréquencemètre » , précise Patrick Mignon. Impossible de faire une session de running sans évaluer le nombre de kilomètres parcourus, le temps réalisé et le nombre de calories brûlées. « La performance ne meurt pas, elle change de sens » , ajoute le sociologue du sport. 

Anaëlle Malherbe, notre coach d'athlètes, l'assure : le sport de haut niveau continue de faire rêver. Pour quelles raisons ? Pas uniquement pour le divertissement qu’il procure auprès du grand public, mais parce que, selon la préparatrice, « la performance mentale des athlètes fascine » . S’inspirer de ces capacités hors du commun pour infuser son quotidien et devenir une meilleure version de soi-même : même si ce n’est que pour désherber la pelouse ou faire un tour de votre quartier, allez puiser la motivation chez les plus grands athlètes. 

« Avant on associait les sports de loisir au dilettantisme, mais ce n’est pas cela du tout » , prévient Patrick Mignon. Sportifs plaisir, sportifs bien-être, sportifs de salon, quelle que soit votre pratique, sachez que vous aussi, à votre niveau, vous êtes un vrai champion. 

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