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Musique : Pourquoi le french is le new cool ?

Le 29 avr. 2015

La scène française connaît ses moments de gloire. Décryptage de Brass Agency dans une tribune qui revient sur les déboires puis l'engouement pour la langue de Molière.

De la prose couture du Feu! Chatterton au surréalisme de Moodoïd, des cadences maudites du Grand Blanc à la logorrhée carthartique de Fauve, la plume chantée en français connaît depuis quelques temps plus qu'un renouveau inattendu : un petit âge d'or.

 

Fut pourtant une époque pas si lointaine où les quota radio francophones agissaient en repoussoir, remarquable effet de psychologie inversée. Alors obnubilée par les dernières grandes heures d'un MTV vendeur de cool à l'américaine, la France popeuse semblait complexée par sa langue trop aimable. Beaucoup insistaient pour chanter en rosbif, quitte à se cacher derrière un yaourt parfum grenouille. L'industrie, elle, y allait régulièrement de son constructif "z'êtes Français? Chantez en français!" qui vous assignait deux-trois auteurs à gages en studio...

 

A l'aune des changements opérant dans l'industrie fin 00s, les artistes reprirent la main sur leurs projets & communications. Ce renouvellement du game tomba les airs de contrainte attribués au français. Certains réussirent à le retravailler avec bonheur, loin du formatage Chanson habituel, montrant qu'on pouvait en bâtir la hype.

 

Puis le Fauve surgit, premier surpris de l'emballement contagieux à son égard. L'enthousiasme qui l'entoure est un indéniable catalyseur pour la scène francophone, tant par l'attention nouvelle qu'il suscite, que l'émulation artistique qu'il provoque. Si la qualité de la production a bien suivi, les répercussions de ce phénomène le dépassent.

 

 

Elles nous montrent d'abord que le public toujours préconçu abêti est encore touché par un message sensible, fin & empathique dépassant les 150 mots par chanson. Peut-être parce qu'il satisfait ce besoin d'épanchements émus typiques de réseaux sociaux volontiers mélancoliques...

 

Cette jeune scène est ensuite riche d'esthétiques atypiques complètement hors-format. Morceaux grillant souvent les 3"30 réglementaires. Structures à tiroirs complexes. Sonorités dérangeantes. Absences récurrentes de véritables refrains. Propos pas toujours 'feel good'. Des caractéristiques qui figurent d'ordinaire sous la colonne "Non-non" des codes de l'A&R classique. Adaptée au web plus qu'à la radio, la tendance a pour vertu de faire bouger les lignes de l'industrie.

 

Enfin, loin de vouloir discréditer nos représentants anglophones originaux (Hyphen Hyphen, Kid Wise ou Le Vasco en tête), ce mouvement nous éloigne d'un travers trop couru: le calque anglo-saxon. Cette aspiration au Foals hexagonal, au Grizzly Bear français, à l'Alt-J tricolore... ça marche ailleurs faisons la même ! Qu'on l'aime ou non, cette ré-appropriation décomplexée du français évite ce piège & enrichit une scène domestique devenant plus authentique, risquée & excitante.

 

En un mot : fraîche.

 

Jérémy Mahieu et Mathieu Aribart - Brass agence

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