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Femmes au bord de la crise

Le 4 nov. 2014

Passé l’attrait pour les égéries singulières, le magazine Interview prend le parti de présenter des modèles au bord du coma éthylique. La série "Pretty Wasted" ne convainc pas les internautes.

Pour son édition de novembre, le magazine Interview a fait appel à Fabien Baron : le photographe a réalisé une série de photos mettant en scène quelques-uns des mannequins les plus en vogue, portant des robes et accessoires de grands créateurs. Jusque-là, plutôt glamour me direz-vous, mais c’est sans compter l’étonnante atmosphère dont les images sont imprégnées : les jeunes femmes sont shootées au beau milieu des déchets et dans de sombres ruelles. Elles semblent au bord du coma éthylique, inconscientes et dans des positions, diront certains, qui sonnent comme des appels au viol.

La série de photos s’intitule Pretty Wasted qui signifie littéralement « jolie » et « déchirée ». Le site FashionScansRemastered a été le premier à réagir sur son site : «Pour être honnête, je ne parviens pas à savoir si cet éditorial est censé être inquiétant, sombrement ironique ou Artsy ; peut-être tout simplement stupide. ». Les internautes eux se disent choqués que le magazine réduise ainsi les femmes à l’état de marchandise et prône dans une certaine mesure la culture du viol.

Madame Figaro, dans un article dédié au sujet, rappelle qu’il ne s’agit pas du premier faux pas du genre. En août, celle du photographe de mode indien Raj Shetye a choqué par sa scénographie rappelant le viol collectif qu’a subi une étudiante dans un bus de New Delhi. Cette année encore, le Vogue italien a publié une série stylisée version film d’horreur représentant des femmes fuyant leurs tortionnaires, sous couvert de dénonciation des violences domestiques. Dans une interview accordée à Madame Figaro, Virginie Sassoon, docteure en sciences de l’information et de la communication a déclaré : « Une campagne polémique est une vraie arme marketing. C’est la tendance du “bad buzz”. Sous couvert de second degré ou d’esthétisation, on arrive à faire passer des contenus très violents, conclut-elle. En s’appropriant des codes vulgaires et en réhabilitant des comportements à la marge de la société et de la légalité, on veut se donner une image rebelle et subversive. »

Bien loin de toutes ses stratégies de Buzz, Loral Amir et Gigi Ben Artzi ont signé une série de portraits de prostituées russes dépendantes à l'héroïne et habillés pour l'occasion de vêtements de grandes marques. Face caméra, elles racontent leurs envies, leurs rêves, leur vie passée ou en devenir. Jamais l'interlocuteur ne leur pose de question sur leur métier ou leur addiction, le court-métrage ne tombe jamais dans la caricature. Par cette galerie de portraits forts, les réalisateurs tentent ainsi de démontrer que la notion d'"Heroin Chic" est dénuée de toute réalité. Cette tendance à la maigreur, au teint pâle, incarné notamment par Kate Moss dans les années 90 prend tout à coup un tout autre sens. Ces femmes habillées en haute-couture, à l'infinie maigreur et la peau meurtrie par la drogue, renvoient à toute l'absurdité de ces icônes de la mode que les magazines portent aujourd’hui aux nues. Ce projet, baptisé Downtown Divas, comprend un film et une série de photos.

 


Images © Loral Amir and Gigi Ben Artzi

Downtown Divas from LA on Vimeo.

Sylvie le Roy - Le 4 nov. 2014
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