habillage
premium 1
premium1
actu_24373_vignette

Coup de gueule dans le métro

Le 8 janv. 2015

Londres, ses punks et leur éternel esprit rebelle. Tout ce tableau semble aussi loin que ceux de William Turner. Et pourtant en début de semaine, des affiches anarchistes ont été placardées sans autorisation dans le tube londonien. Malaise.

Tous les coups de gueule sont permis, tant qu’ils n’atteignent pas la liberté d’autrui. On l’a tous compris d’une manière très brutale ces derniers jours. Outre-Manche, des activistes ont exprimé leur mécontentement quant à la tournure actuelle de leur société. Et c’est le jour de la rentrée des classes et du retour des travailleurs au bureau qu’ils ont décidé de placarder dans le métro londonien une campagne d’affichage aux propos provocants et accusateurs et dont le hashtag résumait la revendication :  #bullshitjobs. Une affiche pointait l’inégalité des professions et des individus entre eux : How can one even begin to speak of dignity in labour when one secretly feels that one’s job should not exist ? ("Comment pourrait-on parler de dignité au travail quand on pense secrètement que certains emplois ne devraient même pas exister ?") tandis qu’une seconde endossait le role de maxime : The moral and spiritual damage that comes from the situation is profound. It is a scar on our collective soul. Virtually no one talks about it. ("Les dégats moraux et psychologiques engendrés par cette situation ne sont pas négligeables. C'est une cicatrice de notre âme collective. Et pourtant personne n'évoque la situation sur internet."). La dernière quant à elle posait une interrogation bien cynique agissant comme une coup de fouet sur la conscience : It’s as if someone were out there making up pointless jobs for the sake of keeping us all working ("C'est comme si quelqu'un s'amusait à inventer des boulots inutiles dans le simple but de continuer à nous faire travailler.")

Une initiative qui n’a pas été revendiquée officiellement par le magazine bi-mensuel à réputation anarchiste Strike ! mais par un de ses réseaux activistes, le Special Patrol Group. Cette action silencieuse reprend l’idéologie de David Graeber. Durant l’été 2013, l’anthropologue et militant anarchiste américain avait publié dans la revue Strike !,On the Phenomenon of Bullshit Jobs  (A propos du phénomène des jobs à la con), un article dont la véracité pessimiste avait suscité de nombreuses réactions. Traduit en plus de 15 langues, il dénonçait la domination de notre société par l’économie contemporaine, devenant ainsi la victime de l’invention de métiers « à la con », peu valorisants et surtout inutiles socialement.

Des phrases porteuses de sens donc et qui n’ont pas manqué de faire réagir les médias anglais, notamment The Guardian et la société publique Transport for London qui a rapidement entrepris de les retirer.

D’après un porte-parole de Strike, cette action avait pour unique but de faire réfléchir sur le monde qui nous entoure. Tant qu’ils ne tuent personne, où est le mal ?

 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.