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Free parties : « C’est un lieu où le lien social est plus important que le lien de consommation »

© Talesofrave / Frenchtek, Villegongis, 2023

En avril dernier, l’Assemblée nationale a adopté une loi à l’encontre des free parties. La photographe militante documente Mathilde Talesofrave documente ces fêtes libres. Elle nous raconte.

Le 9 avril dernier, l’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi de la députée Horizons Laetitia Saint-Paul, pour durcir les sanctions à l’encontre des free parties. Le texte prévoit jusqu’à six mois de prison et 30 000 euros d’amende pour les organisateurs au sens large (sont concernés ceux qui contribuent « de manière directe ou indirecte à la préparation, à la mise en place ou au bon déroulement » ) et 1 500 euros (3 000 euros en cas de récidive) pour les participants. Il abaisse également le seuil du nombre de participants au-dessus duquel le rassemblement doit être déclaré à 250 personnes, contre 500 actuellement. La loi doit désormais passer devant le Sénat.

Les free parties, nées dans les années 80, sont encadrées depuis 2001, la loi s’inscrit donc dans une longue histoire. Photographe, militante et membre de cette communauté, Mathilde Talesofrave documente le mouvement. D’abord la joie des participants puis, depuis 2021, la répression de plus en plus violente. En plus d’une expo qui tourne depuis deux ans, Mathilde Talesofrave recueille, à la façon d’une sociologue, les témoignages sur le terrain. Interview et images.

Qu'est-ce qu'une Free party ?

Mathilde Talesofrave : Free party veut dire fête libre et non pas fête gratuite : tu donnes ce que tu veux/peux. Ce sont des rassemblements spontanés où des sound system bénévoles diffusent de la musique électronique. Cela se déroule dans un lieu tenu secret jusqu’à l’heure de l’événement, souvent dans un lieu désaffecté : un ancien lieu industriel vacant, un ancien aéroport, sous un pont ou dans un champ en jachère - toujours un terrain qui n’est pas cultivé, en friche ou qui appartient à une collectivité. Cela peut être de très gros événements de 20 000-30 000 personnes, des multis-sons avec 1 500 - 2 000 personnes et énormément de toutes petites teufs en dessous du seuil réglementé de 500 personnes. C’est aussi un espace en zone rurale donc dans des endroits où il y a moins d’événements culturels. En plus du prix libre, ça donne accès à la fête à des gens qui ne pourraient pas aller en club.

Que viennent chercher les gens dans ces rassemblements ?

M. T. : Il y a des valeurs très fortes de liberté, d’inclusion, de partage, de tolérance, de solidarité et de respect du site et autres. Par exemple, il y a des pauses de 2 heures pour ramasser les déchets. Il y a aussi de fortes valeurs politiques : on lutte contre les discriminations, le racisme, l’homophobie, le sexisme, le validisme. C’est une zone d’autonomie temporaire, autogérée.

C’est un lieu où le lien social est plus important que le lien de consommation. Tu peux parler facilement à tout le monde, il n’y a pas de code vestimentaire, pas de sélection à l’entrée. C’est une zone d'expérimentation artistique et sociale. Chacun peut participer et apprendre : tu peux décider de poser un stand avec tes créations, aider à la décoration... Beaucoup de gens se professionnalisent, par exemple dans le mapping, moi dans la photo, des gens qui travaillent comme ingé son. C’est un espace sans jugement où tu peux évoluer, notamment pour les personnes queer et marginalisées. J’ai reçu le témoignage d’une personne qui se questionnait beaucoup sur son genre et avait des pensées suicidaires. Elle dit qu’aller en teuf lui a sauvé la vie : elle a rencontré des gens qui l’ont aidée dans son cheminement identitaire. La teuf peut littéralement sauver des vies, ce n’est pas juste un espace où on fait la fête. 

C’est une manière de vivre ensemble où on défend des libertés fondamentales : ce qu’on veut, c’est être libre de danser. Dans un monde capitaliste où nos corps et nos esprits sont épuisés, où le lien social est délité, ces espaces de socialisation sont essentiels.   

Que penses-tu de la loi ? 

M. T. : C’est une loi assez mal rédigée. Laetitia Saint-Paul est une élue qui ne connaît pas très bien les enjeux. Elle a consulté seulement les magistrats, les forces de police, l’association des maires de France mais elle n’a pas voulu nous consulter. Pour l’instant cette loi touche les rassemblements festifs mais elle menace tous les espaces de rassemblement. On a vu en Italie, la loi de Meloni contre les rassemblements festifs devait aussi s’appliquer aux manifestations. Ça n’a pas été fait, mais ça peut être copié et limiter encore plus nos espaces de rassemblements. 

Les débordements reprochés, notamment les excès de drogues, sont-ils réels ?

M. T. : La drogue n’est pas plus présente, elle est plus visible. En club, si tu es trop drogué, généralement on te sort sans accompagnement. Si tu es une femme ou une minorité de genre, tu peux être en danger dans la rue parce que beaucoup plus vulnérable. Sur place, il y a des associations de réduction des risques, avec de la documentation pour informer. Leur politique est de dire que ça existe et qu'il vaut mieux réduire les risques que de pousser les gens à avoir une consommation cachée plus risquée. Les free parties ont été pionnières en matière de maraude, de stand pour accompagner les gens qui se sentent mal ou ont été victimes de violences sexistes et sexuelles (VSS). 

Frenchtek, Villegongis, 2023. © Talesofrave

Et les nuisances sonores ?

M. T. : Les terrains choisis le sont toujours pour les limiter au maximum. Ce sont des terrains en zone rurale loin des habitations. Les sound systems sont mis dans un angle pour déranger le moins possible. Les organisateurs font attention qu’il y ait plusieurs sorties, un passage pour les pompiers. Une médiation est toujours mise en place avec un ou des facilitateur·rices pour parler avec les élus et les forces de l’ordre. Ça peut arriver qu’il y ait des gens dérangés, mais c’est pendant 24-48 heures. Quand je discute avec des riverains, ils me disent toujours qu’ils entendaient à peine ou qu’ils ont mis des boules Quiès. Souvent ils rigolent et disent « c’est bien les jeunes, vous avez raison de faire la fête. » Ils sont souvent contents et curieux de découvrir des évènements comme ça près de chez eux, ce sont souvent des endroits où il n’y a pas beaucoup d'évènements culturels. Les commerçants sont contents parce qu’il y a eu de l’attractivité dans leur village et qu’ils ont fait un bon chiffre d’affaires. 

Tu documentes la répression des free parties. Comment la situation dégénère au point que des fêtes basculent dans la violence ?

M. T. : Il y a toujours eu un rapport de force à certains moments charnières : quand on installe le matériel et au départ des organisateurs. Je pense que la stratégie principale est de faire peur, couplée avec la répression financière. En 2024, plus de 1,7 million d’euros d’amendes ont été distribués au Tek West pour environ 9 500 participants, et 650 000 euros à Planète Zéro pour 10 000 participants

Longtemps, il n’y avait pas de violence. La violence arrive par la répression policière. On observe de nouveaux moyens : il y a plus d’armes, plus d’hélicoptères même pour les petits rassemblements. Il y a une volonté de fermeté et de contrôle. 

Depuis quatre ans, tu récoltes des témoignages de répression policière. Que te disent les gens ?

M. T. : J’ai récolté plus de 150 témoignages, dont une cinquantaine au Teknival de Redon de 2021. Beaucoup de gens sont en état de choc et en PTSD, n’arrivent plus à dormir correctement depuis des années. Un jeune homme a été pointé à bout portant par un LBD, le CRS lui a dit « si tu avances je te tue. » Une fille dormait au pied du mur du son et a pris un éclat de grenade de désencerclement dans la joue : elle a un trou de 2 cm. Le témoignage le plus marquant de Redon est celui d'une jeune femme d’une vingtaine d’années, Chloé, qui a vu Alban, 22 ans, l’homme qui a eu l’avant-bras déchiqueté. Elle a été très choquée. Techno+ a répertorié toutes ces violences et a entendu les forces policières dire « Tirez-les à vue». Quand tu fais la fête pieds nus dans un champ et que tout à coup les forces de l’ordre arrivent surarmées, ça provoque une incompréhension et une panique dure à gérer. Beaucoup de gens me disent qu’ils savent qu’il y a un risque qu’ils se fassent agresser par les forces de l’ordre. Même s’ils trouvent ça surréaliste, ils sont prêts à tout pour défendre la culture techno. 

Teknival de Redon, 2021. © Talesofrave

Comment les médias traitent les cas de violences policières dans les free parties ?

M. T. :  Des journalistes indépendants ou des médias sur les réseaux sociaux ont consacré des sujets. À Redon où il y a eu cette opération violente de maintien de l’ordre, Rémy Buisine de Brut a fait un live toute la nuit. Clément Lanot de CLPress était aussi présent – il a d’ailleurs été blessé au bras alors qu’il signalait aux forces de l’ordre qu'un jeune homme venait de perdre sa main. Mediapart a fait une enquête. Ils ont révélé qu’il y a eu le GIGN au teknival de Redon et un document heure par heure des écoutes des forces de l’ordre montrant qu’ils étaient au courant qu’un jeune homme avait été sévèrement blessé mais que la préfecture a refusé l’accès aux secours.

Comment voyez-vous l'avenir des free parties ?

M. T. : Nous essayons de renouer un dialogue avec l'État, nous l’avons un peu fait avec les députés qui nous ont défendus [lors des débats sur la proposition de loi, Ndlr]. Nous gardons de bonnes relations avec les journalistes et médias indépendants. Nous archivons les témoignages et les images de répression. Nous sommes soutenus par des avocats et des observatoires comme la Ligue des Droits de l’Homme (LDH). Mais nous allons surtout continuer à organiser des "manifestives". 

Technoparade revendicative, Paris, 2024. © Talesofrave

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commentaires

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  1. Avatar Anonyme dit :

    Une bonne position de gauchisme version j'emmerde tout le monde.
    La loi c'est pour tout le monde point

  2. Avatar collectif des victimes de la rave dit :

    Face au projet de loi de Mme Saint Paul, les défenseurs de la « fête libre » dénoncent une répression disproportionnée. Leur passage, ce serait tout mignon, comme un épisode de « La petite maison dans la prairie ».
    En réalité, la « fête libre », c’est affoler et faire fuir la faune, piétiner les sols et angoisser les élevages. La diffusion de sons amplifiés, à des niveaux sonores très élevés, nuit et jour durant tout un week- end, c’est une atteinte à la santé des riverains. Nous pouvons tous en témoigner, nos médecins aussi.
    C'est aussi s'introduire et s'installer sur des propriétés privées sans y être invité. C'est dégrader les propriétés ou les lieux de travail des riverains en y laissant des excréments. Et cela sans scrupule. Leur liberté est prioritaire, principale. Ils recommenceront ailleurs.

    A Tigné, nous avons vu la vente de gaz hilarant, d’autres « fines herbes », et la buvette. Mais la fête est « libre », sans comptabilité. La participation à l’entrée est donnée en espèces. Les organisateurs revendiquent leurs propres règles, mais en cas de pépin, les mêmes appellent les secours que la collectivité finance.
    Le droit de se rassembler, de danser existe : Pour cela, il existe des salles de concerts, salles des fêtes, parcs expo à louer. En plein air, des dizaines de festivals sont organisés. Internet regorge de ces propositions dans l’esprit de la musique techno.
    La grande différence avec la « fête libre » ? Les organisateurs ne se cachent pas. Ils assurent une billetterie qui permet de recevoir les festivaliers dans des lieux adaptés, dans des conditions d’hygiène et de sécurité garanties. La liberté de tous est assurée, la santé des riverains n’est pas mise en danger.
    Oui au respect. Non aux festivaliers colonisateurs et envahissants.

  3. Avatar Anonyme dit :

    Vive la free party, et quel que soit la fête!!!!

  4. Avatar Anonyme dit :

    je ne suis pas de la derniere pluie et j,avoues ke je voudrais decouvrir cette ambiance dont j,entends parler depuis pfffffffuuuuuuiiiiiii justement vous confirmez ce k,on m,en a dit retrouvaille autour du son du partage de moments vraiment festifs et dans tous les sens , je penses, en ts k à entendre raconter c plu festif ke retif ou repulsif sauf pr les max xxxl coinces helas plu ça va moins ça avk 'nos politics ' ki pik et ce aussi dans ts les sens du mot brf CONTINUEZ A VOUS ECLATER ça devrait etre INTERDIT D'INTERDIRE kom on disait ya pfffffffuuuuuiiiiii sur ce bonnes continuations

  5. Avatar Anonyme dit :

    Les Free party : comment être au courant des dates et où ça se passent ?
    Merci de votre retour.

  6. Avatar Anonyme dit :

    J'habite à 3km d'une zone industrielle et régulièrement je passe des nuits au rythme des basses.
    Je rêve de Free parties où la "musique" ne sera audible pour les participants qu'avec des casques audios!
    On pourra enfin dormir et ils connaîtront enfin le plaisir des acouphènes !...

  7. Avatar Jérémie dit :

    Hé ben, j'hallucine de ce que c'est devenu... En 2003-2007 en Bretagne, les flics nous foutaient globalement la paix, ils venaient parfois, discutaient et repartaient. Rarement, le matos était saisi, mais jamais nous n'avons été agressés. La doctrine du maintien de l'ordre a bien changé. On dirait le même genre de méthode que ce qui a prévalu à Sainte-Soline...
    Courage à tous. Merci Mathilde pour ton travail.

  8. Avatar Anonyme dit :

    les gens libres font peur aux politiques, surtout de droite, ils veulent que chacun de nous rentre dans le moule qu'ils ont fabriqué.
    Ils ne comprennent pas qu'à vouloir réprimer toute forme de liberté ils finiront par déclencher des révolutions beaucoup plus violentes que des festivals libres de musique.
    Même si à vrai dire quand de jeunes voisins font la "teuf" qui m'empêche de dormir ou réfléchir, jusqu'à 6 h du mat, ça m'embête, mais bon à 73 ans je peux être qualifiée de vieille conne.

  9. Avatar Anonyme dit :

    la « fête libre », c’est affoler et faire fuir la faune, piétiner les sols et angoisser les élevages.
    Quand l'écologie est convoquée pour condamner les free parties, on se dit que les arguments doivent sérieusement manquer.

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