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wes anderson image animée

On a rencontré la designeuse du dernier Wes Anderson

Le 12 juin 2018

Elle a passé ces deux dernières années à épauler le réalisateur (Moonrise Kingdom, The Grand Budapest Hotel…) dans la conception graphique de son dernier film d’animation. Derrière « L’Île aux Chiens », un travail de fourmi et un sens du détail rarement égalé. Rencontre avec la designeuse Erica Dorn.

Isle of Dogs Official Trailer #1 (2018) Wes Anderson
Née au Japon et basée à Londres depuis ses 18 ans, la jeune designeuse Erica Dorn donnait récemment un sacré coup de boost à sa carrière. Il y a deux ans, alors que la jeune femme travaille essentiellement pour des marques, Wes Anderson fait appel à ses talents de graphiste pour l’épauler sur son dernier film d’animation, « Isle of Dogs ». Connu pour son souci du détail et l’esthétique symétrique de ses films, il fallait s’attendre à ce que la tâche soit colossale... Image par image, elle a pensé, écrit et conçu plusieurs centaines de signes, de panneaux, d'étiquettes et de packagings pour chaque scène, en anglais et en japonais. Après avoir fait ses preuves durant deux semaines d’essai, Erica Dorn devient la lead designeuse du film. Présente au festival des D&AD à Londres, elle revient pour nous sur son expérience aux côtés du réalisateur.

film de wes anderson


Synopsis - « L’Île aux Chiens » : À la suite d’une épidémie de grippe canine dans la ville japonaise de Megasaki, le maire ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens. Envoyés sur « Trash Island », une terre désolée dont le sol est jonché de déchets et substances nocives, ils errent, à la recherche de quelques os à se mettre sous la dent. Lorsqu’Atari, un jeune garçon de 12 ans atterrit sur l’île à la recherche de son chien Spots, une bande de 5 chiens sauvages lui viennent en aide et lèvent le voile sur la conspiration qui menace la ville.



Quelle était la teneur de votre relation avec Wes Anderson ? Éétait-il difficile de savoir exactement ce qu’il voulait ? Avez-vous pu lui soumettre vos propres influences ?

Erica Dorn : Qu’importe ce que vous faites ou pour qui vous travaillez, il y a toujours un peu de vous dans votre travail. Il m’est arrivé, de temps à autre, de soumettre à Wes des références personnelles que lui-même m’incitait à tester. Mon équipe et moi avons notamment regardé beaucoup de films et nous sommes beaucoup inspiré du cinéma japonais pour concevoir l’univers du film.

C’était vraiment agréable, il savait que j’avais déjà les outils et le jugement pour faire quelque chose qui serait en accord avec le film, sans qu’il ait nécessairement son mot à dire sur tout. J’ai dû lui proposer plusieurs pistes différentes avant de pouvoir le faire, bien-sûr. En général, il n’hésitait pas à dire exactement ce qu’il voulait, c’était donc assez facile. Même s’il a fallu, parfois, s’y reprendre à plusieurs fois. Il ne savait pas toujours exactement où il allait. Il me demandait de tester telle ou telle piste, d’expérimenter. Après un moment, je pense que j’ai fini par comprendre ce qu’il essayait de faire, je lui proposais mes suggestions.

Il n’est pas formé au design graphique mais je pense qu’il a absorbé énormément de références depuis toutes ces années, il marche à l’instinct. Il traite le texte presque comme des images, si vous lui montrez l’une de ces affiches qu’il y a dans un magasin à Brick Lane, avec des lettres parfaitement dessinées, et que vous lui montrez à côté un panneau peint à la main dans un restaurant indien, il choisirait toujours celui peint à la main.

Le film a justement été acclamé pour son niveau de détails graphiques…

E. D. : Tout est vrai, tout a été écrit jusque dans les moindres détails. Les histoires dans les journaux sont de vraies histoires, elles auraient vraiment pu être écrites, je pense notamment à l’article que l’on peut trouver dans la revue scientifique au sujet du sérum (l’antidote censé immuniser les chiens contre la grippe canine, NDLR). Le plus dur à créer, c’était le texte où l’on apprend que le sérum fonctionne. Il n’y avait que des faits scientifiques, et nous avons dû faire des recherches pour le rendre vraisemblable. Je crois même que nous nous sommes inspiré d’un article scientifique sur la grippe aviaire.

Un public japonais reçoit-il le film différemment qu’un public européen ?

E. D. : C’est surement une expérience un peu plus riche si vous êtes Japonais. Il y a tellement de dialogues et de textes qui ne sont pas traduits en anglais !

Comment avez-vous décroché le poste de lead designeuse sur le film ?

E. D. : J’ai été en période d’essai pendant deux semaines. Pendant cette période, j’ai dû designer les étiquettes de saké que vous voyez dans le film. Il y a une scène où les chiens sont tous dans un restaurant japonais traditionnel. A l’intérieur, il y un mur entier de bouteilles et des distributeurs automatiques qui sont assez difficile à voir mais sur lesquels il y a eu énormément de travail. C’était assez drôle à faire, nous nous sommes inspiré d'étiquettes existantes, modernes et vintage. Il a été assez compliqué de gérer le niveau de détails parce qu’on a tendance à oublier la vitesse du film. Si vous mettez trop de détails, on ne voit qu’une texture floue, si vous n’en mettez pas assez, le rendu est inexistant, peu réaliste.

l'île aux chiens Wes Anderson

Qu’avez-vous ressenti en voyant le film pour la première fois ?

E. D. : J’en tremblais ! Je l’ai d’abord vu en Allemagne pour la Première, au Berlin International Film Festival. Nous nous sommes tous assis, Wes est arrivé sur scène pour présenter le film et nous a tous remerciés, c’était super. J’ai essayé de voir le film comme si j’étais totalement déconnectée du projet même si cela a été dur. Je passais mon temps à analyser les choses, les éléments sur lesquels nous avions travaillés. J’ai vu le film deux fois mais il faudrait que je le vois une troisième fois pour vraiment y parvenir...

affiche vintage

Le film sur lequel vous auriez rêvé de travailler en tant que designeuse ?

E. D. : Ce n’est que le début pour moi, c’est mon premier film, mais j’aurais bien aimé travailler sur Blade Runner ! Pas nécessairement sur les interfaces technologiques mais plus sur les néons, l’ambiance de China Town, la ville, les documents du LAPD… j’aurais adoré créer tous ces détails.


Cette interview fait partie d’une série d’articles réalisée en partenariat avec le festival des D&AD.

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