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© Nadia Bormotova via Getty Images

Les emojis sont-ils les nouveaux représentants des luttes sociales ?

Le 13 sept. 2019

Simples pictogrammes humoristiques ou symboles des luttes de notre temps ? Un récent article de The New Yorker questionne la véritable fonction des emojis et leur influence sur nos vies.

« Environ 70 emojis sont ajoutés chaque année, et en faire valider ne serait-ce qu’un n’est pas chose aisée », révèle un article de The New Yorker. Depuis le début des années 2000, c’est le Consortium Unicode, une organisation à but non lucratif, qui en gère la stricte modération. Parmi les propositions rejetées ces dernières années : un radis, du pain de seigle, le drapeau aborigène, une feuille de cannabis et un préservatif, révèle le média, mais aussi des symboles plus discutés tels que l’emoji censé représenter la période des menstruations. Refusée à deux reprises, en 2016 puis en 2018, la proposition a finalement été remplacée par une goutte de sang en guise de « compromis », ce qui n’a pas été du goût de tout le monde.

Communautés, sexualité, société… les thèmes brassés par ces quelques refus posent la question : doit-on associer des emojis à chaque revendication sociale ?

Quand les emojis deviennent politiques

Il faut bien avouer que depuis quelques années, les nouveaux emojis font plutôt écho à une forme de progressisme. Les efforts sont particulièrement notables en matière de diversité et d’inclusion. Depuis 2015, cinq couleurs de peau sont désormais proposées dans nos téléphones. On note aussi l’apparition de couples multiethniques ou du même genre et de symboles non-genrés. Unicode tente également de corriger le déséquilibre hommes-femmes dans certaines professions. Le problème, c’est que l’échelle de valeurs utilisée dans la sélection de nouveaux emojis évolue sans cesse. Ou du moins, ses critères demeurent flous. Pourquoi accepter l’intégration de l’emoji hijab (sur nos téléphones depuis 2017) et non pas celui des règles ou du préservatif par exemple ? 

À l’origine, rappelle le média, les emojis étaient destinés à ressembler à des signes de ponctuation, des gestes ou des expressions faciales. À mesure qu’ils sont approuvés, leur symbolique devient de plus en plus « spécifique ». Le sujet de la politique est lui aussi particulièrement complexe. « Dans une récente mise à jour, les emojis des drapeaux écossais, du Pays de Galles et de l’Angleterre ont été ajoutés, rapporte le média. Le sous-comité Emoji n'a cependant pas ajouté la bannière Ulster, un drapeau utilisé en Irlande du Nord par l'équipe nationale de football, mais également par les communautés loyalistes associées au nationalisme ethnique. »

Lorsque les emojis en viennent à représenter le monde de manière plus spécifique et complète, ils entrent en collision avec la réalité épineuse qu’ils réduisent à un pictogramme. 
Comment déterminer les causes qui méritent leur place, ou non, sur nos claviers ? Surtout, est-ce bien là le rôle de nos bonshommes jaunes préférés ?
 
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