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Le futur de l'art est-il numérique ?

L'ADN
Le 13 avr. 2017

A l’occasion de l'exposition « ORLAN EN CAPITALES » à la Maison Européenne de la Photographie, Olivia Mauriac réalise une interview de l'artiste ORLAN qui précise son rapport à l'art numérique.

Pourquoi avez-vous fait de votre corps la matière première de votre œuvre ?

ORLAN : Après avoir commencé comme tout le monde ou presque par la peinture et le dessin, j’ai pensé que pour une femme, il était plus intéressant surtout à l'époque où je commençais à faire œuvre, de revendiquer le territoire de son corps et de pouvoir en faire ce que l’on veut. Il y avait peu de liberté pour le corps des femmes et pour moi le corps est politique, tout le monde a un corps. Toute mon œuvre questionne donc le statut du corps dans la société via les pressions politiques, religieuses, culturelles, traditionnelles.

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Diriez-vous que l'art fait partie de votre ADN ?

O : Il fait incontestablement partie de mon ADN. Il s’agit de construire sa vie comme une œuvre d’art et de construire des œuvres d’art qui partent à la fois de ce que j’analyse, des phénomènes de société que j'observe autour de moi et de ma conscience de moi-même afin de me positionner aussi bien dans le monde que dans l’histoire de l’art, qu’elle soit actuelle ou plus ancienne.

Comment en êtes-vous arrivée à utiliser l'outil numérique dans votre travail ?

O : J’ai utilisé les outils numériques dès que j’ai pu le faire. Notamment dès l’apparition du Minitel, j’ai également été l’une des artistes sollicités pour tester le Graph9 puis j’ai fait de la vidéo en 8 pouces, en 15 pouces, en 3K et maintenant, en numérique.

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Pensez-vous que l'art numérique, notamment la réalité augmentée, représente l'avenir de l'art ?

O : Pour moi l’art n’est pas une question de support, l’avenir de l’art est là et ailleurs. Ce n’est pas le matériau, la technique ou la technologie qui font œuvre. Ce qui compte, ce sont les changements de mentalité et les ouvertures vers les technologies, car jusqu’à présent la réception des œuvres numériques était très restreinte.

J’ai d’ailleurs créé les masques de l’Opéra de Pékin qui font appel à la réalité augmentée. Avec une tablette et l’application Augment, on peut scanner ces portraits afin de voir apparaître mon avatar en 3D, en train de faire toutes sortes d’acrobaties, comme jongler avec les masques, les prendre, les enlever...

Je les ai fait pour deux raisons : la première est que je suis féministe et à l’Opéra de Pékin les femmes ne sont pas acceptées, ce sont les hommes qui jouent le rôle des femmes. Je voulais donc dérégler la règle de l’Opéra de Pékin, en tant que femme, en jouant mon propre rôle de femme et en faisant les acrobaties de l’Opéra de Pékin. C’est comme mon oeuvre ORLAN tentative de sortir du cadre, ici c’est ORLAN tentative de sortir de l’œuvre.

La deuxième est que je voulais changer les mentalités des amateurs et des collectionneurs. Quand ils rentrent dans une galerie, ils veulent voir et acheter des œuvres traditionnelles, en peinture, en dessin ou en sculpture et cela me semble assez étrange car aujourd'hui tout le monde baigne dans cette atmosphère des nouvelles technologies. C’est banal mais il y a comme une espèce de rejet, ça ne peut pas faire art. L'attitude par rapport à la nouvelle technologie et au numérique est la même qu’à l’époque où l'on refusait la photo. Maintenant ces techniques sont à peu près intégrées mais ça a pris beaucoup de temps.

Peut-être au détriment des moyens de créations plus traditionnels ?

O : Je ne m’intéresse ni aux matériaux, ni aux techniques. Lorsque j’ai un concept, une idée que je veux communiquer, j’essaie de trouver la meilleure matérialité pour le réaliser, celle qui révèle l’essence de l’idée,  cela est passé par différents médiums - la peinture, la sculpture, la vidéo, la photo, la réalité augmentée, la 3D ou encore les jeux vidéos avec des installations interactives -. En ce qui me concerne, ce n’est donc pas au détriment d'autre chose, c’est un plus, un moyen supplémentaire.

sortirducadre

Le corps et l'art ne semblent plus avoir de limites avec les nouvelles technologies, qu'en pensez-vous ?

O : Le corps tout comme l’art doivent se dépasser, se surpasser et pousser leurs limites, tant que la censure ne nous l’empêche pas car pour les artistes qui travaillent avec la représentation du corps, c’est toujours à cet endroit que s’inscrivent le plus les tabous, les idées rétrogrades. Ce qui est important, c’est la liberté d’expression.

Est-ce le caractère éphémère ou au contraire reproductible (à travers les mises à jour notamment) de l'art numérique qui vous intéresse?

O : Les deux m’intéressent, cela dépend de ce que je veux dire et de la façon dont je me positionne.

Votre oeuvre flirte t'elle d'après vous avec le transhumanisme ?

O : Dans la mesure où mon œuvre travaille avec le corps, un corps modifié qui peut être augmenté et qui est actuellement self-hybridé avec un bœuf, il y a en effet des porosités avec le transhumanisme...

Y a t'il selon vous une forme d'animisme dans le digital et si c'est le cas, où se situent les croyances ?  

O : Je suis contre les croyances. Je ne crois pas, je veux savoir.


Mardi 25 avril à 18h30 :

Visite privée de l’exposition « ORLAN EN CAPITALES » à la Maison Européenne de la Photographie, en présence d’ORLAN, puis visite de son atelier.


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L'ADN - Le 13 avr. 2017
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