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La ville de demain sera sportive ou ne sera pas

Avec Kalenji
© Allan Mas

De la pétanque au street-workout, le sport s’est peu à peu fait une place dans l’espace urbain. Comment les villes peuvent-elles accélérer le mouvement et inciter à la pratique sportive pour toutes et tous ?

Bien que la crise sanitaire ait consacré le sport à domicile comme la tendance sportive de l’année 2020, une autre tendance s’est affirmée ces dernières années : le sport en extérieur, en ville notamment. Qui n’a pas autour de lui un proche qui s’est découvert une passion soudaine pour le running au cours des différents confinements ? L’étude « Sport dans la ville » réalisée en octobre 2020 le prouve : 40% des Français disent vouloir pratiquer une activité en extérieur, soit 14 points de plus qu’en 2019.

De la course à pied au vélo en passant par le street-workout, le sport prend ses quartiers dans les rues de nos villes. Mais sont-elles prêtes ? Et comment l’espace urbain peut-il encourager la pratique du sport pour toutes et tous ? Pour que la ville de demain soit celle du sport, urbanistes et architectes rivalisent d’ingéniosité pour rendre le sport accessible au plus grand nombre.

Des villes qui innovent au service du sport et des sportifs

Premier constat : souvent, les équipements manquent en ville. Pistes cyclables, parcours de santé, espaces de fitness en plein air voire même des airs de jeux, les Français plébiscitent ces aménagements au sein de l’espace urbain.  « Paris est la grande ville française qui a le plus d’équipement sportif au mètre carré, mais quand on les compare au nombre d’habitants, c’est la ville qui en a le moins », nous apprend Nicolas Guérin, architecte associé du cabinet NP2F, spécialiste du sport dans la ville. Un investissement massif des municipalités est donc nécessaire pour répondre à la demande de leurs administrés.

Strasbourg a par exemple inauguré en 2015 le concept des Vitaboucle qui comprend aujourd’hui plus de 278 kilomètres de parcours qui permettent de pratiquer différentes activités physiques. Courses à pied, marche rapide et même musculation, la capitale alsacienne encourage la pratique libre du sport pour découvrir la ville autrement. Grenoble et ses 320 kilomètres de pistes cyclables a quant à elle reçu le label Villes Actives et Sportives. Décerné par le ministère des sports, le label concerne aujourd’hui 607 communes françaises et « récompense et valorise les villes qui portent des initiatives, des actions, des politiques sportives cohérentes et la promotion des activités physiques accessibles au plus grand nombre, tout au long de la vie ».

Mais la ville sportive ne se définit pas seulement par l’urbanisme : les innovations architecturales peuvent aussi faire la différence. C’est le cas à Bordeaux, où le cabinet NP2F a imaginé la Cathédrale des sports, un bâtiment gigantesque de 15 000 m2 sur 4 niveaux, pensé pour encourager la pratique du sport et répondre à la problématique de manque d’espace auquel les villes sont confrontées.  « Nous prônons la superposition des équipements sportifs »,précise l’architecte Nicolas Guérin, « sur les 4 niveaux on arrive à condenser des espaces sportifs en un seul et même bâtiment. » Golf sur le toit, tennis, mur d’escalade de 13 mètres de hauteur, mais aussi musculation, fitness…  Bienvenue dans la tour de Babel du sport en ville !

Liberté, égalité d’accès et Jeux Olympiques

Pourtant, l’aménagement de la ville en faveur du sport n’est pas une tendance nouvelle. Les terrains de pétanque qui parsèment le sol de certaines villes en sont une bonne illustration. Les années 1960 ont été marquées par la construction de grands gymnases ou de piscines, tandis que dans les années 1990 la mode était aux parcours de santé. Depuis sont arrivés les skate-parks, et aujourd’hui le street-workout. Comment développer davantage ces infrastructures ?

Pour Nicolas Guérin l’important est de ne pas tout réglementer. Il faut laisser aux citoyens la possibilité de s’approprier l’espace urbain pour la pratique de leur sport. On peut également suggérer que l’espace peut se prêter au sport de façon subtile, en « installant des sols avec des caractéristiques absorbantes et rebondissantes », illustre l’architecte. Saviez-vous par exemple que le parkour, discipline sportive qui consiste à franchir des obstacles urbains, était né dans la ville de Courcouronnes dans l’Essonne ? Un mur d’escalade qui n’était plus aux normes y est devenu un spot de prédilection pour les jeunes grimpeurs qui se sont réappropriés et ont réinterprété la manière de le grimper. C’est ainsi que serait née cette pratique emblématique du sport urbain.

Antoine Petitjean, architecte et urbaniste, co-auteur de l’ouvrage La ville pas chiante (Ed. Le Moniteur, 2021) alerte sur deux aspects. Premièrement, la ville doit penser des espaces sportifs qui ont la capacité de s’adapter au temps. « Les usages sportifs évoluent très vite, est-ce que le street workout est juste un effet de mode? », s’interroge-t-il. D’autre part, la ville sportive doit s’assurer que les aménagements soient accessibles à toutes et tous. L’égalité d’accès doit également être prise en compte pour déployer une pratique du sport en ville réellement inclusive, précise l’auteur : « Comment faire en sorte que les espaces ne soient pas préemptés par une seule catégorie de population ? Qu’ils ne soient pas réservés seulement à des types hyper baraqués et que cela effraie la mamie qui va chercher son pain ?  ».

Les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 risquent bien de relancer cette dynamique d’intégration du sport dans la ville. « L’idée est de faire une ville olympique ouverte », indique Antoine Petitjean. Et les symboles ne manquent pas : cérémonie d’ouverture sur la Seine, de nombreux sites sportifs intra-muros ou encore le parcours de l’épreuve du marathon entre Paris et Versailles. Une dynamique parisienne qui risque bien de se propager dans toutes les villes du pays.

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