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« Zlatan est le Z de substitution »

Depuis hier soir, Zlatan Ibrahimovic est l'Homme de l'année GQ. Pourquoi un tel choix? Emmanuel Poncet, rédacteur en chef du magazine revient sur ce Prix, mais pas que ...

Pour la quatrième année consécutive, GQ, le magazine masculin a récompensé les personnalités qui ont marqué l’année écoulée par leur style et leur charisme. Cette année, GQ a innové en désignant pour la première fois, hors palmarès, « l’Homme GQ de l’année » qui a lui seul incarne toutes les valeurs du magazine. Après Bixente Lizarazu (2010), Jean Dujardin (2011) et Fabrice Luchini (2012), l’homme GQ de 2013 est Zlatan Ibrahimovic.

 

Pourquoi avoir élu Zlatan Ibrahimovic,  Homme de l’Année GQ?

Emmanuel Poncet: Il est devenu un tel phénomène à la fois sportif, avec notamment les matchs du PSG où il a vraiment performé; et technique, puisque de ce point de vue il est un véritable génie. Il y a une sorte de magie et de mystère qui se dégagent de ses buts un peu comme un autre Z, il y a quelques années : Zinedine Zidane. Donc Zlatan est un génie sportif, un génie technique, mais il y a aussi - ce qui nous intéresse plus particulièrement à GQ, qui est un magazine pour Homme, de style mais aussi généraliste - que Zlatan, en tant que phénomène culturel et médiatique, est un phénomène des réseaux sociaux : cela va de sa marionnette des Guignols sur Canal+ à la manière dont il est représenté sur internet et sur les réseaux sociaux comme un mème. Il a acquis une stature en très peu de temps qui l’élève au rang de phénomène culturel, médiatique et sportif. Après, il y a une dimension plus psychologique et plus philosophique.

Psychologique parce qu’il a réactivé une espèce de figure du bad boy : quelqu’un qui ne fonctionne que selon ses propres lois, ce qui est étrange aujourd’hui dans nos sociétés plutôt démocratiques, fondées sur le consensus et le collectif. Zlatan est une figure étrange, les philosophes disent nietzschéenne, il est donc un surhomme nietzschéen qui édicte ses propres lois. Cela aussi est très transgressif dans l’époque dans laquelle on est et c’est signifiant.

 

L’année dernière, l’homme de l’année était Fabrice Luchini, or ce n’est pas ce que l’on peut appeler un « bad boy ».

Emmanuel Poncet: Les Hommes de l’année GQ sont à la fois désignés par la rédaction et soumis au vote des lecteurs et des internautes sur gqmagazine.fr. Donc, effectivement, chaque année, on tente d'en déceler un dans la présélection et on essaie, en même temps, de voir quelle est la figure masculine la plus signifiante de l’air du temps… Successivement nous avons élu : Bixente Lizarazu la première année, Jean Dujardin la deuxième et Fabrice Luchini la troisième. Dujardin ça collait avec la sortie de The Artist, on avait un nouveau Belmondo qui émergeait dans le paysage culturel français. Là, Zlatan est à la fois devenu le fils adoptif du football français, voire de la nation qui était orpheline de l’équipe de France avec Zidane: elle a trouvé un Z de substitution, une sorte de figure presque religieuse de substitution. D’ailleurs, il n’hésite pas à se qualifier lui-même de Dieu…

 

Quel est l’influence du palmarès ? Quand un homme est élu Homme de l’année, que lui arrive-t’il après ?

Emmanuel Poncet: Seuls Luchini, Dujardin et Zlatan peuvent le dire. La notion d’Homme de l’année n’existait pas en France jusqu’à ce que GQ l’invente, l’appréhende et la diffuse. Cela fait 4 ans que cet évènement existe, je pense que dans 20 ans l’influence de l’Homme de l’année GQ sera plus grande. Ce que l’on voit, nous, année après année, c’est que l’évènement rassemble de plus en plus de monde. Il y a un dîner un peu officiel qui attire de plus en plus de personnalités. Les lecteurs qui votent sur internet sont à chaque fois de plus en plus nombreux, ils étaient 7000 cette année et entre 4000 ou 5000 les années précédentes. La diffusion du magazine augmente, on est près de 100 000 exemplaires vendus pour 500 000 lecteurs. Tout cela tient de l’installation d’un évènement sur le long terme. De dire que cela bouleverse une carrière ce serait présomptueux. Zlatan est quelqu’un qu’on a essayé de photographier et d’interviewer depuis très longtemps et la perspective d’obtenir un nouveau trophée, le trophée GQ, est quelque chose de très important pour lui: parce que c’est un challenger, un compétiteur et que devenir l’Homme de l’année en France où il a élu domicile, c’est très important pour lui.

 

Les marques, notamment dans le milieu sportif, s’empressent de faire la cour aux célébrités pour des contrats servant à magnifier leur image. On a vraiment l’impression que c’est un modèle qui se renforce.

Emmanuel Poncet: On peut parler du syndrome Chabal. Chabal est un bon exemple de performances sportives et de personnalité hors du commun qui à force d’être séduit et utilisé par les marques, perd un peu de sa prestance. Alors que Zlatan, c’est rigoureusement l’inverse, il a très peu de contrats et les sélectionne rigoureusement : Nike, Xbox… Ce n’est ni par Nike, ni par Xbox que nous avons eu accès à Zlatan. Il est autonome : il est suffisamment populaire et « bankable » pour avoir le choix. Il a accepté de devenir l’Homme de l’année parce que le trophée signifiait quelque chose pour lui. Le fait d’être Homme de l’année GQ, ça vous propulse dans une dimension un peu plus glamour et culturelle que si vous n'étiez réduit qu'aux performances sportives. Pour une marque c’est intéressant d’avoir une figure qui n’est pas réduite à sa performance technique. Donc GQ stylise les sportifs. Et c’est valable pour le reste, même si les acteurs n’ont pas forcément besoin de ça. GQ s’adresse à une génération de lecteurs qui a entre 25 et 45 ans et donc cela leur donne une belle image. Par exemple, Fabrice Luchini qui était un acteur très codé Télérama, a pris une dimension peut être un peu plus ironique, un bain de jouvence "tendance" en étant Homme de l’année GQ, sachant qu’on partage avec lui le goût pour les bons mots, l’esprit, la culture d’un certain dandysme qui n’est pas dupe de lui-même.

 

Vous venez de définir l’Homme GQ ?

Emmanuel Poncet: En partie, l’Homme GQ n’est pas réductible à son style, aux vêtements qu’il porte ou aux jeux de mots.

 

Pourquoi avez-vous choisi Virginie Efira comme Femme de l’année ?

Emmanuel Poncet: On a eu ce moment qu’on appelait le « tout sauf Sarkozy » et bien nous on était dans une sorte de « tout sauf Léa Seydoux ». Je dis ça de manière un peu provocatrice. Léa Seydoux, qu’on aime vraiment beaucoup et qu’on aimerait interviewer, a un petit peu saturé l’espace médiatique cette année avec Cannes, La Vie d’Adèle et la couverture de Lui… On a trouvé plus intéressant, et là, la rédaction, tout comme les lecteurs, étaient d’accord, de choisir Virginie Efira qui a un côté à la fois sexy et décomplexée. Elle était à l’affiche de plusieurs films cette année dont 20 ans d’écart. Elle a une espèce de décomplexion, elle ne se la raconte pas, elle n’a pas ce côté un peu poseur que l’on retrouve chez certaines actrices françaises et le fait qu’elle soit belge n'y est pas étranger: c’est ce « léger pas de côté » des belges, de Stéphane de Groodt à Virginie Efira en passant par Poelvoorde. Ils ont vraiment un supplément d’âme qui nous change du sérieux à la française.

 

 

Propos recueillis par Virginie Achouch

 


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