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Libé sur tous les fronts

Le 29 avr. 2015

Demain, Libé sort son journal du week-end. Le quotidien qui fête cette année ses 40 ans, multiplie les lancements. Interview de Fabrice Rousselot, directeur de la rédaction.

Racontez-nous la rentrée de Libération .

Fabrice Rousselot: Ces lancements s’inscrivent dans un vaste projet de relance qui a commencé dès l’hiver dernier. Face notamment à la dégradation des ventes en kiosque, tout Libération s’est réuni autour d’ateliers pour réfléchir à de nouveaux rendez-vous.

La première étape a été le lancement du nouveau site web lundi dernier.  Demain, nous lançons l’offre week end. Un 8 pages numérique à 18h est prévu pour le mois d’octobre. Nous préparons par ailleurs un 8 à 12 page best of de fin de semaine où les lecteurs pourront retrouver le meilleur des articles de Libération sur un journal numérique de fin de semaine. Nous avons de nombreux projets autour d’Ebooks. Et nous préparons un beau livre sur les 40 ans de Libération.

On profite à la fois de notre anniversaire, de la période qui est assez intéressante sur l’évolution de la presse pour saisir tous ces projets à bras le corps et être dans cet esprit de relance.

Je pense que nous sommes à un moment clé par rapport à l’évolution de la presse. Cela fait 15 ans que nous sommes à la recherche d’un modèle économique, tout le monde le sait, l’internet a tout bouleversé. On a longtemps commis l’erreur d’avoir des sites offrant une information gratuite.

 On se rend compte que pour la première fois depuis longtemps, la génération 25/35 ans est prête à potentiellement payer 10/15 € par mois pour avoir une lecture sur internet de leur quotidien favori et avoir un filtre par rapport au flux d’infos internet. Il y a encore 5/6 ans tout le monde téléchargeait illégalement de la musique par exemple. Or aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux à souscrire aux plateformes telles que Deezer, Spotify ou Pandora aux USA. Je pense qu’il s’agit d’un retour assez logique, face aux flux d’infos. On sélectionne la musique qu’on aime et pas tout et n’importe quoi. Les études le montrent, pour la presse c’est aussi la même chose.

On se rend compte également que le papier revient. Il revient avec une lecture sur le week end, même par les plus jeunes. C’est un phénomène qui est documenté, aux Etats-Unis des titres comme le New-York Times et d’autres, se sont refait une santé au niveau du papier et des abonnements à travers le week end.

Dans nos projets, il y a une logique qui est à la fois de changer notre site avec une volonté de contenus supplémentaires car nous souhaitons offrir une qualité de contenu, un site plus identitaire. Cela nous permet de réfléchir à un éventuel paywall donc une nouvelle source de revenus sur internet.

 

A quoi ressemble le Journal du Week-end ?

FR: On axe aussi nos développements sur le week end, avec une offre, qui nous nous excite beaucoup, avec un produit qui n’existe pas. C’est du pur news magazine, nous n’avons pas les moyens de nos concurrents, nous ne pouvons pas sortir sur papier glacé, nous avons donc fait le choix de sortir un objet inédit qui est un Libération du week-end de 64 pages, sur du papier de meilleur qualité, plus blanc. Ce nouveau rendez-vous s’organise autour de deux rythmes de lecture : des papiers courts dans lesquels on mêle des papiers plus longs. Il est divisé en quatre univers distincts Actu, Idées, Culture et Mode de vie. On espère que ces quatre univers répondent à toutes les attentes qu’on peut avoir le week-end. Les lecteurs ne veulent pas perdre pied avec l’actualité, ils pourront la retrouver avec des formats plus longs et du magazine. Ils veulent se divertir, c’est la raison pour laquelle nous avons une section culturelle importante avec un guide. Dans la section Mode de Vie, on institue une double page Gastronomie et Voyages mais nous parlerons également de style et de mode….

Pour la réflexion propice au week-end, nous instaurons une section Idées où les lecteurs pourront retrouver de grandes interviews et des chroniqueurs tels que Philippe Djian, Marcela Iacub, Stéphane Guillon.

C’est un exercice assez exigeant,  car il y a bien sûr une exigence d’écriture, de qualité, mais aussi de rythme à respecter.  

 

Aura-t-il une vie numérique ?

FR: Oui bien sûr. Libération a le taux le plus important de lecture sur tablette de la presse française. Donc il sera lisible sur tablette et sur mobile.

 

Vous déployez donc cette stratégie pour regagner des lecteurs, que va-t-il se passer pour regagner des annonceurs ?

FR: Avec ces nouveautés, nous sommes allés vers les annonceurs. Le libé week-end avec sa diversité de sujets est bien accueilli par les annonceurs, nous avons beaucoup plus de pages de publicité que l’on espérait. La montée en qualité du site web, l’éventualité d’un paywall dans quelques mois permettraient d'accrocher une qualité de contenu et séduire des annonceurs qui pour l’instant communiquent ailleurs.

Une entreprise de presse comme Libération table aujourd’hui sur du multi supports, du multi revenus et évidemment une stratégie publicitaire en adéquation avec la sortie des nouveaux produits.

 

Nous avons vu que The Guardian et de nombreux titres de presse organisaient des forums pour les lecteurs, depuis quand Libération organise les siens ?

FR: (Sourires.) The Guardian nous a copié sur les forums puisqu’en fait j’avais pris contact avec eux en 2009 sur ce sujet. Ils ont failli participer à un de nos forums et finalement ils en ont organisé eux-mêmes. Les forums il y en a partout maintenant mais ils font partie intégrante de notre stratégie de diversification. Avec les forums, on gagne en image, on gagne de l’argent aussi, mais cela fait partie de ce que l’on veut être : un journal citoyen qui participe aux débats citoyens politiques, économiques, culturels …

Libération est une entreprise de presse à part entière avec un développement du journal papier, je ne suis pas de ceux qui pensent que le papier est mort. Le papier doit changer, il doit évoluer, peut-être s’adressera-t'il à une certaine catégorie de la population. Je pense que le papier va continuer à exister. Parallèlement il faut se saisir d’internet et l’avantage c’est que tout reste à inventer. On peut multiplier les sources de revenus sur internet avec les readers, le paywall, le 8 pages de 18h …

L’info n’est pas gratuite, c’est le plus grand mythe qu’il faut faire exploser auprès des jeunes générations notamment.


En termes de diversification des revenus, la marque est mythique. Vous mettez en vente les Unes de Libération, pensez-vous à d'autres produits ?

FR: Nous avons de nombreux produits dérivés. Nous ouvrons un pop-up store ces jours-ci rue Montorgueil, où seront en vente le livre des 40 ans, des tee-shirts, des abonnements  et d’autres produits.  

Nous lançons aussi plein de projets éditoriaux. Nous avons mis en place une cellule Numéros Spéciaux (Made In…) et une cellule Investigation qui va nous permettre de sortir plus d’informations exclusives. On se repositionne pour être dans cet esprit de relance, dans un journalisme plus abouti, toujours plus décalé et poil à gratter. L’intérêt de Libération, et c’est pour cela qu’on a une image si forte, certains papiers que vous y trouverez, vous ne les trouverez nulle part ailleurs ! Ce n’est pas pour rien que les idées de Libé sont pillées dans toute la presse française. Nous relançons en partenariat avec Arte, la rubrique Désintox.  Ce qui nous intéresse, c’est continuer à innover.

 

Quel regard portez-vous sur le rachat du Washington Post de Jeff Bezos ?

FR: Je trouve que c’est une bonne nouvelle contrairement à ce que l’on a pu entendre. C’est une bonne nouvelle que des personnalités telles que Jeff Bezos s'intéresse au Washington Post. Il se fout de savoir si cela gagne de l’argent ou pas, il a le temps d’attendre et de voir comment on peut faire un modèle économique. Si des gens comme J. Bezos, qui a quand même révolutionné le commerce en ligne, nous permet d’y apporter de nouveaux modèles économiques, pourquoi pas.

La presse a besoin de se réinventer, ceux qui n’ont pas compris cela, n’ont rien compris. Elle a besoin de se soucier des usages des gens.

 

 

Propos recueillis par Virginie Achouch

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