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Léa Salamé et Carlos Ghosn
© France Inter

Interview de Carlos Ghosn : Léa Salamé mérite-t-elle vraiment toutes ces critiques ?

Le 9 janv. 2020

L’animatrice de France inter a réalisé une interview exclusive de Carlos Ghosn qui a suscité des milliers de posts colériques sur Twitter. Alors, bad buzz bidon ou procès justifié ? 

Annoncée de manière tonitruante sur les réseaux, l’interview exclusive de Carlos Ghosn par Léa Salamé a provoqué une petite tempête médiatique. Sur Twitter, les critiques et les insultes sexistes fusent à l’attention de l’animatrice de la matinale de France Inter.

D’après Visibrain, cette interview a généré 15 999 tweets depuis sa diffusion mercredi soir. Ces derniers ont été écrits en majorité par des hommes (66 %), ce qui explique le sexisme de certaines invectives. Parmi les expressions qui reviennent le plus souvent, on retrouve le nom de « Martinez » (1 tweet sur 7). Les internautes comparent effectivement l’interview de Carlos Ghosn à celle réalisée avec le syndicaliste Philipe Martinez quelques jours plus tôt, où on avait reproché à la journaliste une attitude agressive et des questions embarrassantes à propos de raffineries bloquées. Les autres mots les plus présents sont « honteux » (1263 tweets) et « connerie » (926 tweets).

Une interview vraiment complaisante ?

L’un des reproches le plus présent est le « passage de la malle ». Cet extrait de l'interview a été particulièrement mis en avant sur les réseaux et partagé sur le compte Twitter de la journaliste. La séquence intervient après 7 minutes 30 d’interview. Léa Salamé amusée demande à plusieurs reprises à son interlocuteur si, oui ou non, il s’est caché dans une valise pour s’enfuir.

L’intéressé ne répondra jamais à cette question. Certes, cette histoire de malle est parfaitement anecdotique mais elle reste un sujet qui attise la curiosité de beaucoup d’internautes. En témoignent les nombreuses blagues réalisées à ce sujet.

Par ailleurs, Léa Salamé aborde cette question mais elle n’occulte pas les autres dimensions. L’ancien PDG de Renault-Nissan est évidemment interrogé sur ses démêlés avec la justice, son statut de fugitif international, ses fêtes fastueuses à Versailles et les 11 millions de dollars de dépenses non justifiées qu’on lui reproche.

Parmi les questions, on peut noter celles-ci : « vous passez plus de 100 jours par an dans un avion, est-ce que vous avez perdu le sens des responsabilités ? Est-ce que vous êtes devenu hors-sol, vous avez pété les plombs ? », « Vous comprenez que votre style de vie ait pu choquer, les fêtes fastueuses, les dépenses d’argent ? » Difficile de qualifier l'interview de « complaisante ».

De son côté, la directrice de l’information de France Inter Catherine Nayl prend la défense de l’animatrice et se demande si les détracteurs ont véritablement écouté l’interview en entier.

Le bad buzz vient de deux erreurs plutôt classiques. D’un côté, un media qui fait circuler de petits morceaux de l’interview, avec une sélection des plus attractifs... en l'occurence, l'extrait de la malle. De l’autre, des internautes qui ne visionnent que les morceaux choisis, ou pire, réagissent sans même avoir visionné ces extraits.  Le même problème est d’ailleurs visible avec l’interview de Philipe Martinez. L’un des extraits mis en avant par la station de radio sur les réseaux sociaux était cette fameuse question sur les blocages de raffineries dans le cadre d’un mouvement de grève. C'est évidement ce morceau choisi qui a été largement repris par les internautes pour pointer du doigt la journaliste. De quoi s'interroger sur les pratique du community management des grands médias et de l'exploitation des clashs pour faire du buzz à tout prix. Car pendant que les clics s'accumulent, la légitimité des journalistes et des médias continue de baisser.

Commentaires

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  • Je suis à 100% d'accord avec votre conclusion. La 1ère erreur de France Inter est de n'avoir diffusé sur ses réseaux sociaux que de courts extraits de l'interview favorisant les haters à aller vite en conclusion, comme à leur habitude.
    Les grands médias le savent très bien et c'est en effet favoriser la décrédibilisation de leurs journalistes de ne pas prendre en compte cet aspect...

    • Bonjour, un autre élément à perturber le passage en intégralité de l'interview, donc sa bonne appréciation globale, c'est le mouvement de grève qui perturbe en ce moment l'antenne et tout particulièrement le 10 janvier. France Inter a fragmenté l'interview alors que ce n'était certainement pas son intention initiale. En conclusion, il est important d’écouter, de lire, de comprendre la totalité d'un sujet avant de donner son avis. Prendre un minimum de recul... bonne résolution pour 2020 !

    • Cette défense de Léa Salamé en pointant qu'on choisit soigneusement des extraits pour la mettre en cause ne tient pas la route. Il suffit de prendre en compte son travail au quotidien pour être édifié. Elle est toujours onctueuse avec les puissants et agressive avec les ouvriers ou les syndicalistes.