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un chat triste

Oubliez les chats, les mèmes parlant de dépression sont bien plus drôles et utiles

Le 14 mars 2019

On savait que les mèmes étaient capables de faire rire ou de porter un message politique. Dorénavant, ils servent aussi de médium à des internautes voulant partager leur mal être ou envie suicidaire à coup d’humour grinçant.

Elles s’appellent The Existential Nihilist, Mentally thrill memes, social anxiety disorder meme ou bien encore Mème de la mauvaise santé. Ces pages Facebook qui regroupent parfois plusieurs centaines de milliers de personnes ont pour point commun de partager des mèmes sur un sujet bien particulier : la maladie mentale.

À première vue, l’évocation de la dépression, de l’anxiété ou même du suicide donne rarement envie de rigoler. Et pourtant, ces pages arrivent à instaurer un dialogue sur ces sujets en employant des doses massives d’humour noir et désespéré.

Du cynisme à la compassion

Assez peu connus en France, ces mèmes ont connu une première vie sur le forum underground 4chan, réputé pour son armée de trolls et son humour noir omniprésent. Sur cette plateforme, les réponses à ce type de messages étaient souvent un lapidaire et cynique « Kill Yourself ». Dans la culture toxique de ce site, les internautes passant effectivement à l’acte étaient par la suite surnommés « An hero », c’est-à-dire un looser qui avait eu le « courage » d’ôter sa vie. 

Plusieurs années après avoir maturé, les mèmes sur le suicide et la dépression sont arrivés sur la plateforme 9gag. Mais à la différence de 4chan, la communauté y est bien moins toxique et les réponses ont pris une tournure différente.  « Comme pour certaines communautés sur Reddit, les internautes de 9gag sont plus empathiques, explique April Foreman, psychologue et membre du bureau exécutif de l’Association Américaine des Études sur le Suicide, dans un article publié sur The Atlantic. Ils ont su développer des « script sociaux » dans le registre du support et de l’entraide. Cela a permis le développement de groupes où vous pouvez parler de santé mentale et vous sentir mieux. »

Si les sujets abordés sont considérés comme tabous, n’allez pas croire pour autant que le contenu visuel est violent ou glauque. Au contraire, les mèmes usent souvent d’une imagerie colorée pleine de références à la pop culture et aux dessins animés. Les messages ne se moquent absolument pas de la dépression, mais permettent au contraire de créer de la compassion et du lien autour d’une souffrance.

 

 

En France, le phénomène reste assez récent et garde un lien très fort avec son origine anglo-saxonne. La plupart des pages mélangent allègrement les deux langues dans un yaourt qui semble sorti de la bouche d'un élève de 4e ayant fait anglais LV1. Sur ce point, le meilleur exemple reste yugnat999, l’un des meilleurs artisans du même Français. Sur sa page Instagram, le jeune homme qui travaille dans la finance poste régulièrement des mèmes en franglais tournant autour d’un certain mal être.

 
 
 
 
 
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Les mèmes qui guérissent

Pour Souhel, follower de plusieurs pages de mèmes portant sur la dépression et l’anxiété, ces images ont avant tout une portée thérapeutique. « Je suis moi-même suivi pour des troubles mentaux qui ne sont pas encore clairement identifiés, mais qui conduisent à des épisodes de dépressions chroniques, confie-t-il. J’ai découvert ces groupes de mèmes quand je menais mes propres recherches sur ma maladie. Je suis rapidement passé de forums très sérieux et premier degré à ce contenu beaucoup plus LOL. Quand on intègre ces pages Facebook, c’est un peu comme si arrivait dans une communauté de patients. On peut trouver beaucoup de soutien dans les commentaires et même si on n’est pas touché par la même maladie que l’auteur de la page, on vit généralement une expérience de catharsis à chaque publication. »

Mais à la différence du tentaculaire forum de Doctissimo, les mèmes sont aussi faits pour être partagés et notamment envers ses proches. « Quand tu postes un mème pour dire « je ne vais pas bien » sur ta page, c’est une manière d’en parler à ton entourage, poursuit-il. Le fait de m’exprimer sur la maladie de manière humoristique me permet de passer du statut de victime à celui d’acteur. Je n’essaye pas de cacher ma maladie, je l’assume complètement. Et ça permet de s’inscrire dans un cercle de communication vertueux. Avec les mèmes, on peut ouvrir la porte vers une conversation plus sérieuse. »

Au-delà du bien-être et du détachement que ces mèmes peuvent offrir, Souhel espère aussi que cette nouvelle tendance puisse faire changer les mentalités. « Il ne faut pas oublier le contexte français, poursuit-il. On a beau avoir l’un des meilleurs systèmes de santé au monde, la psychiatrie reste le parent pauvre de la médecine. Dans la société, la psychophobie est permanente et il n’y a aucune forme d’éducation sur ces enjeux. Le fait de partager des mèmes amusants et impactants permet de sensibiliser les gens à ces maladies et de « former » mon entourage afin qu’il adopte les bons réflexes. C’est une forme de propagande positive et efficace au final ».

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