Avisa Partners manipulation info

Manipulation de l’information : ce qu'il faut retenir de l'affaire révélée par Mediapart et Fakir

C’est l’affaire politico-médiatique de la semaine passée. Vous n’avez rien suivi ? On récapitule.

C'est une affaire grâce à laquelle on apprend que les espaces collaboratifs des grands médias français (Le Club de Mediapart, le site Agoravox ou encore les espaces débat du Huffington Post, du Point, de l’Express et du site d’information libéral Contrepoints) sont infiltrés pour servir des luttes d’influence entre États et des querelles de concurrence dans le monde des affaires. L'affaire a été révélée par le journal Fakir et l'enquête reprise par Mediapart. Un journaliste raconte comment il a écrit des centaines d’articles sur des sujets politiquement inflammables et des tribunes destinées à lustrer des images de marque, voire à les écorner. Son employeur, anonyme, est une société privée d’intelligence économique qui travaille pour le compte d’États étrangers, de multinationales et d’institutions publiques. Sa production a été publiée dans les blogs et autres espaces collaboratifs de grands journaux français. Vous pouvez trouver les détails de l’affaire sur Mediapart, qui repose sur le témoignage de son protagoniste principal, le journaliste Julien Fomenta Rosat, et retrouver les premiers éléments dans le journal Fakir le 19 mai (l’article a depuis été mis en accès libre). On vous résume le scandale.

Comment débute l’affaire ?

L'affaire débute par une commande et une coïncidence. Julien Fomenta Rosat est un rédacteur expérimenté, bien qu’il ne connaisse jamais le client pour le compte duquel il travaille. Il a déjà rédigé des centaines d’articles sur des sujets aussi variés que la sûreté nucléaire chez EDF, la finance verte ou les ports francs. On lui commande régulièrement des articles plus politiques dans lesquels il doit vanter la nature démocratique de tel ou tel régime (souvent autoritaire), à l’image du Kazakhstan, du Qatar, de la Côte d’Ivoire ou du Gabon. S’il s’accommode de l’exercice et l’exécute avec brio, le rédacteur est en porte-à-faux avec son éthique. Un jour, on lui demande de rédiger un article qui cible explicitement l’homme politique François Ruffin, fondateur du journal de gauche antilibéral Fakir. Julien respecte François Ruffin. Coïncidence, il a même un ami journaliste chez Fakir. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de sa conscience. Il décide de parler et d’exposer le fonctionnement de sa collaboration avec son employeur, une entité aux contours flous qu’il nomme l’Agence. Son témoignage permet de mettre au jour une vaste entreprise de manipulation de l’information qui prend racine dans les espaces collaboratifs de médias français.

Quelles sont les sociétés visées ?

Comme le révèle l’enquête de Mediapart, Julien est employé par plusieurs sociétés parmi lesquelles la société Avisa Partners. Cette dernière est codirigée « par un proche de Sarkozy et de Zemmour, Arnaud Dassier, et le fils d’un ancien directeur d’un service de renseignement militaire, Matthieu Creux » . Elle vend de « l’influence médiatique et numérique » à de prestigieux clients institutionnels : des banques (BNP Paribas, Société Générale, le Crédit Agricole, la Banque Palatine), des multinationales du luxe (LVMH, Chanel) et des affaires (groupes Axa, Casino, Carrefour, EDF…). Elle compte surtout parmi ses clients des États, notamment en Afrique.

Pourquoi s’inquiéter de telles pratiques ?

Les clients de ces sociétés achètent de l’ « influence numérique » , une expression policée pour désigner la pratique du lobbying. En clair, ces clients souhaitent avoir la main sur la manière avec laquelle les internautes les perçoivent. Recourir à ces services permet aussi de dézinguer un concurrent ou un opposant politique au moment opportun. C’est d’ailleurs parce qu’on lui a demandé de cibler François Ruffin que le rédacteur a pu remonter jusqu’à la source de la commande et identifier LVMH. Chaque article orienté, ou franchement complaisant, acheté à Julien ou à un autre rédacteur sert à placer un pion sur le grand échiquier de l’influence. Une fois noyée sous les contenus, parfois contradictoires, l’opinion de l’internaute aura été formatée par ce qu’il a pu lire. Certaines sociétés ont recours à ce type de stratégies pour noyer des informations sensibles dans un flot de contenus autrement plus anecdotiques. Mais ces techniques de lobbying contribuent surtout à saper la confiance dans les médias et, par extension, la vie démocratique.

commentaires

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  1. Euh J'ai Euh dit :

    Avisa n'est qu'une microscopique partie de l'immense océan d'influence et de manipulations auxquelles se livrent depuis des décennies des sociétés comme Publicis, ADIT, Kroll, ESL Network, Mazars, Deloitte, Hill & Knowlton, Burston Marsteller, Fleishman Hillard, Barbour Griffith & Rogers, etc.

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