
Après des années de sécheresse, la pluie tombe enfin en Iran…, et avec elle, les théories complotistes. Sur TikTok, certains accusent les États-Unis d’utiliser des radars pour « voler les nuages », un récit viral loin des causes réelles de la crise.
« Depuis deux semaines, nous n’avons eu que de la pluie sans arrêt, ce qui est très inhabituel. Il y a une théorie, considérée comme conspirationniste, selon laquelle les radars américains situés sur les territoires qui nous entourent serviraient à voler les nuages et à augmenter la sécheresse. Dites-moi pourquoi, depuis que l’Iran a détruit ces radars, nous avons cette incroyable averse qui ne s’arrête jamais ? » Depuis son compte TikTok et Instagram, l’Iranienne Sara SG avance, l'air de rien, une théorie complotiste auprès des 70k personnes qui la suivent. D’après cette tiktokeuse, qui chronique la guerre depuis Téhéran, l’idée selon laquelle son pays aurait été sous le coup d’une « attaque de géo-ingénierie » de la part des États-Unis semble crédible.
Des averses dans un pays qui a soif
En effet, depuis plusieurs jours, l’Iran et tout le Moyen-Orient subissent un puissant phénomène météorologique, avec des pluies torrentielles continues pouvant représenter l’équivalent d’un an d’averses en une semaine. Ces précipitations intenses viennent contrebalancer une sécheresse dramatique qui dure depuis près de dix ans et un stress hydrique si intense que le président Masoud Pezeshkian avait évoqué, en début d’année, la possible évacuation de Téhéran, dont le principal réservoir était tombé à 1 % de sa capacité. De quoi alimenter une théorie complotiste plutôt ancienne, celle du « vol des nuages », portée par des militaires et des personnalités politiques du pays depuis plus de quinze ans. D’après cette théorie, les USA, Israël ou bien encore la Turquie travailleraient conjointement pour faire en sorte que les nuages qui entrent sur le territoire iranien soient incapables de déverser de la pluie, ou bien qu’ils soient déviés de leur trajectoire à l’aide d’antennes ou de techniques d’ensemencement des nuages.
La mafia de l'eau iranienne
Dans les faits, la sécheresse iranienne s’explique surtout par les décisions politiques et les grands travaux entrepris par le régime. Depuis la révolution islamique de 1979, le pouvoir a fait de l’autosuffisance alimentaire un objectif stratégique. Il a massivement subventionné l’agriculture irriguée et planifié la construction de plus de 600 barrages afin d’augmenter les rendements, mais aussi de développer à marche forcée des cultures exigeantes en eau comme le riz, la betterave à sucre ou les vergers de pommiers. Cette politique irresponsable a été réalisée contre l’avis des scientifiques du pays et entachée de nombreuses accusations de détournement de fonds par une véritable « mafia de l’eau » comprenant hauts fonctionnaires, ingénieurs-conseils et gardiens de la révolution. Le résultat est à la hauteur de la catastrophe : l’Iran a perdu ses nappes phréatiques et vu son lac Urmia, anciennement sixième lac salé du monde avec une superficie de 5 200 km², perdre plus de 95 % de sa surface en quarante ans.
Une propagande efficace pour blamer les USA
Face à cette catastrophe écologique et au mécontentement de 75 % des Iraniens qui pointent du doigt la mauvaise gestion de l’État, le pouvoir en place a largement poussé ce narratif complotiste du « vol de nuages » afin d’accuser ses ennemis de toujours, les États-Unis et Israël. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant de voir ressurgir cette théorie sur les comptes de Sara SG. Derrière ses vidéos à l’esthétique recherchée et ses vlogs en anglais, l’Iranienne semble être un relais direct de la propagande. Malgré la coupure d’accès à Internet imposée par le régime à la quasi-totalité de ses 92 millions de citoyens, la créatrice continue de publier ses vidéos de manière très régulière, tout en adoptant des éléments de langage comme la guerre qualifiée d’ « impérialiste », les États-Unis et Israël systématiquement associés sous le sobriquet « Trump-yahu » et donc cette théorie complotiste de géo-ingénierie.
La Carnegie Endowment for International Peace a d’ailleurs mis un nom sur ce mécanisme de propagande en mars 2026 : le régime iranien pratique une transaction intitulée « la connectivité contre l’amplification », offrant un accès à Internet privilégié à ceux qui diffusent ses messages préférés. D’autres éléments, comme le relais de vidéos du compte Instagram de propagande @wedefendiran ou bien encore la reprise de son contenu par la chaîne d’État russe RT, montrent que le profil de Sara SG coche toutes les cases de cet accord tacite. Cette tactique est par ailleurs très efficace. Dans les commentaires de ses vidéos TikTok, beaucoup d’internautes, bien souvent positionnés à gauche et contre Donald Trump, lui apportent du soutien, s’excusent pour cette guerre et accréditent l’idée selon laquelle les USA sont bien des « voleurs de nuages ».




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