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Musique IA, LEGO en stop motion, jeux vidéo : la propagande de guerre n’a jamais été aussi « fun »

Depuis le lancement des hostilités en Iran, la propagande de guerre s’est mise en marche et embrasse complètement les codes de la pop culture et les esthétiques du Web.

Macarena versus These Boots Are Made for Walking ou bien GTA versus LEGO. Depuis une semaine, la guerre en Iran bat son plein sur le terrain militaire mais aussi sur les réseaux, à coups de clips de propagande. Comme pour les bombardements, ce sont les USA qui ont ouvert les hostilités en diffusant au début du mois de mars une série de clips musicaux censés montrer leur supériorité militaire. Le 4 mars, le ton est donné avec un clip posté sur le compte de la Maison Blanche qui mixe des images de bombardiers B-1, B-2 et B-21, des largages de missiles de croisière Tomahawk, des vues thermiques de frappes sur des cibles en Iran, le tout sur la musique légèrement ralentie de la Macarena.

La pop culture au secours des USA

Le 6 mars, le compte récidive avec un clip musical intitulé « Justice the American Way ». En 42 secondes, la vidéo accumule les extraits de films depuis Iron Man à Top Gun: Maverick en passant par Braveheart, Better Call Saul ou Superman. Toutes ces figures de la pop culture américaine sont entrecoupées de vidéos militaires montrant des explosions de missiles, le tout sur la musique rythmée de Mortal Kombat.

D’autres clips soulignant l’aspect répétitif et inévitable des destructions sortent dans la même période. L’un d’eux utilise des mèmes issus du jeu vidéo GTA San Andreas pour expliquer les objectifs de l’opération Epic Fury, tandis qu’un autre montre Bob l’éponge demander plusieurs fois : « Vous voulez me voir le refaire encore ? »

Si cette profusion de mèmes et de références à la pop culture choque une grande partie des opposants de Donald Trump, elle se situe bien dans la continuité de la stratégie de communication web de la Maison Blanche. Depuis le début du second mandat de Trump, on a pu noter l’usage cynique de mèmes ou d’images générées par IA pour illustrer les rafles mises en œuvre par la police aux frontières, ICE. On peut apprécier la présence nouvelle de références aux jeux vidéo, et notamment cette séquence issue du jeu de tir Call of Duty dans un post qui a été supprimé. On peut y voir une sorte de retour aux sources pour une saga qui n’a eu de cesse de glorifier l’armée américaine depuis plus de 20 ans, mais aussi l’exploitation de la gamification des actes de guerre, un phénomène qui a émergé avec la dronification des combats en Ukraine.

La guerre version LEGO

Du côté iranien, la réaction ne s’est pas fait attendre. L’usage de personnages de pop culture américaine a d’abord été moqué par le régime, et notamment par Shahab Moradi, un religieux iranien qui réagissait à l’assassinat du général de division Qassem Soleimani. Il a déclaré à la télévision iranienne : « Sommes-nous censés éliminer Spiderman et Bob l'éponge ? Tous leurs héros sont des personnages de dessins animés, ils sont tous fictifs. »

Mais au-delà de ces commentaires, l’Iran a rapidement pris le pli de la communication sur les réseaux, en utilisant l’imagerie par intelligence artificielle. Cette dernière est utilisée pour montrer de faux lancements de missiles ou des destructions d’avions de chasse israéliens, mais aussi pour concevoir des clips plus élaborés qui se veulent être une réponse décalée à la propagande américaine. Ces vidéos jouent notamment sur une esthétique tirée de la marque LEGO et notamment des films d’animation. Le premier clip, publié par l’agence de presse proche du pouvoir iranien Tasnim News Agency, « raconte » le lancement de la guerre par les USA et Israël, mis en scène aux côtés du diable. La vidéo pousse l’idée que le conflit a été lancé pour couvrir les révélations de l’affaire Epstein et met en exergue le bombardement de l’école de Minab, le premier jour du conflit.

Un autre clip, présentant la même esthétique, met en scène l’arrivée au pouvoir du nouveau guide suprême de la République islamique d’Iran, Mojtaba Khamenei, le fils d’Ali Khamenei. Si les figurines LEGO donnent toujours un aspect absurde, la démonstration se veut vraisemblable, avec une musique dramatique et la représentation d’un peuple uni derrière leur nouveau leader.

L'Iran domine la guerre mémetique

De multiples vidéos attribuées au « régime iranien », mais dont les sources sont bien plus obscures, sont aussi publiées sur X. On peut y voir une reprise de Nancy Sinatra, These Boots Are Made for Walking, dont le message cible particulièrement Netanyahou et Israël, ou bien encore des clips reprenant le morceau de musique virale généré par IA Boom Boom Tel Aviv, qui est particulièrement partagé et probablement créé par des influenceurs conspirationnistes et antisémites comme Kim Dotcom. D’après l’Institut pour le dialogue stratégique, un think tank britannique indépendant cité par le Washington Post, la rhétorique iranienne consiste à mélanger l’affaire Epstein – et notamment les liens supposés du précriminel avec le Mossad ainsi que la participation d’Israël dans cette guerre afin d’amplifier l’opposition interne à ce conflit.

Dans ce cadre, une quinzaine de comptes comme GPX News ou HDX News (ces derniers sont pour le moment suspendus) relaient cette propagande qui fait mouche chez les internautes, et notamment sur la population américaine, qui est opposée à l’opération Epic Fury pour 56 % d’entre eux. Même au sein des supporters et des médias MAGA, les avis sont partagés et plusieurs personnalités comme Tucker Carlson et Megyn Kelly s’opposent de manière virulente à cette guerre ainsi qu’à Israël. Dans ce brouillard de guerre informationnelle, une chose semble certaine : il ne suffit pas de rendre la guerre cyniquement cool à coups de mèmes pour gagner le cœur et les esprits, et les trumpistes pourraient l’apprendre à leurs dépens.

David-Julien Rahmil

David-Julien Rahmil

Squatteur de la rubrique Médias Mutants et Monde Créatif, j'explore les tréfonds du web et vous explique comment Internet nous rend toujours plus zinzin. Promis, demain, j'arrête Twitter.

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