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© Ulrika by Getty Images

C’est officiel : on est en crise à partir de 47,2 ans

Le 5 mars 2020

Une nouvelle étude vient de calculer l’âge le plus triste de l’existence humaine. Selon l’économiste anglais David Blanchflower, l’acmé de la crise de milieu de vie se situerait à 47,2 ans. Et c’est aujourd’hui la génération X qui s’y colle. Pas de panique, il y a de la lumière au bout du tunnel.

47,2. Le couperet tombe, à la virgule près. Selon l’économiste anglais David Blanchflower, c’est l’âge moyen où, dans les pays développés, mal-être et tristesse sont à leur comble. En France, nous gagnons quelques mois de bonheur avant la grande dépression, puisque le chercheur établit aux alentours de 50 ans notre pic national de déprime existentielle.

Un bonheur en forme de U

Cette enquête, publiée en janvier 2020 par le National Bureau Economic Research (NBER) et rapportée par le média américain Bloomberg, se fonde sur des données recueillies dans 132 pays. Blanchflower, professeur d’économie à Dartmouth et ancien de la Banque d’Angleterre, a étudié des items comme le désespoir, l’anxiété, la tristesse, le sommeil agité ou le sentiment d’inutilité. Selon lui, pas de doute : âge et sentiment de bonheur sont corrélés et dessinent une courbe en U, dont le point bas coïncide avec le milieu de vie.

Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas que d’un problème de riches : pour les pays en développement, cet âge morose tombe à 47,2 ans. Dans ses conclusions, le chercheur écrit : « La trajectoire de la courbe se vérifie dans les pays où le salaire médian est élevé et ceux où il ne l'est pas, et dans les pays où les gens vivent plus longtemps et dans ceux où ce n’est pas le cas. »

Ce n’est pas la première étude qui corrobore la thèse du coup de mou généralisé pendant la quarantaine. En 2012, l'enquête australienne HILDA déterminait que le degré de satisfaction humaine était au plus bas à 45 ans. En 2015, une étude de l’université Warwick positionnait le creux du bonheur à 40-42 ans, avant de repartir à la hausse – accréditant par la même occasion la forme en U, parfois disputée scientifiquement.

Une crise aux causes multiples

Malgré des contours a priori flous, les explications à cette remise en question viennent aisément. Le milieu de vie cristallise perte des possibles et angoisse de mort, sous différentes formes.

On citera le « syndrome du nid vide » lorsque les enfants devenus grands quittent le domicile, ou de l’autre côté du spectre de la vie, le vieillissement et le décès des parents. Les séparations jouent aussi : en 2018, une étude Kantar TNS pour le site DisonsDemain estimait à 42 ans l’âge moyen du divorce en France pour les hommes et 44 ans pour les femmes. Les mutations physiques, le corps qui change, l’apparition de maladies chroniques peuvent aussi alourdir le fardeau de nos existences. Enfin, la vie professionnelle devient le terreau de nombreux questionnements : peur du déclassement dans l’entreprise, mais aussi perte de sens, quête d’authenticité…

Plus surprenant : le phénomène pourrait aussi trouver racine dans nos biologies. Une étude de 2012 démontrait une courbe de forme similaire chez 508 primates (deux échantillons de chimpanzés et un échantillon d'orangs-outans), dont le bien-être a été évalué par leurs soigneurs familiers.

La génération X, désenchantée mais créative

Alors comment les 45-54 ans de notre époque sont-ils armés devant l’obstacle ? Une étude Occurence pour Bayard, réalisée dans le cadre du Club Landoy en octobre 2019, dresse l’autoportrait de cette tranche d’âge (la distinguant des 55 et plus) qui correspond aujourd’hui, peu ou prou, à la génération X, souvent qualifiée d’oubliée ou sacrifiée – coincée entre les boomers et les millennials, entre l’ancien et le nouveau monde.

Alors oui, les 45-54 ans d’aujourd’hui se déclarent quelque peu désenchantés, mais aussi combatifs. Ils se reconnaissent davantage dans les valeurs de liberté, de créativité, de curiosité et de l’indépendance de la pensée et de l’action que leurs aînés. Ils se vivent comme des résistants avec le sentiment qu’ils vont devoir se débrouiller seuls, mais disposent pour ce faire, d’une très forte énergie constructive.

Le domaine professionnel est très caractéristique du désir contemporain de se réinventer, la quarantaine venue. Il y a bien sûr l’étiquette « senior » qui frappe les plus de 45 ans en entreprise du sceau de l’infamie, et son cortège d’inquiétudes associées qui obligent à l’action. Mais il y a aussi chez ces derniers la volonté de réévaluer leur rapport au travail, d’y injecter sens et créativité, de questionner, voire de s’extraire du système. La viralité des témoignages du site Les Déviations, jeune média consacré aux changements de vie, témoigne bien de ce sursaut qui saisit ceux lassés de la course au statut et autres bullshit jobs.

Le premier jour du reste de ta vie

Ça tombe bien : la crise met les individus face à eux-mêmes et les confronte à une intériorité souvent négligée pendant la première moitié de la vie, tant ils étaient occupés à construire leur place dans le monde. A l’heure du bilan, le constat peut parfois être rude : qu’avons-nous fait de nos rêves de jeunesse ? En 2013, Hannes Schwandt, chercheur à Princeton, soutenait que les attentes insatisfaites était ainsi la cause de nos tracas. Mais avec l’âge, nos attentes s'ajustent à la baisse, tandis que le bien-être augmente, pour atteindre un nouveau pic à 69 ans. Sagesse ou résignation ?

Et si la question n’était pas « Qu’avons-nous fait de nos rêves de jeunesse ? » mais plutôt « Que voulons-nous faire du reste de nos vies ? ». Pourquoi ne pas profiter de cette transition pour s’engager dans de nouvelles passions, dans de nouveaux projets, associatifs, artistiques, ou même politiques ? Dans son nouvel ouvrage Une brève éternité. Philosophie de la longévité (Grasset), Pascal Bruckner propose un art de vivre à l’intention de ceux qui comptent vivre cette période comme une seconde chance : « Passé la cinquantaine, l’animal humain connaît une sorte de suspension : plus tout à fait jeune, pas vraiment vieux, en apesanteur. C’est un sursis qui laisse la vie ouverte comme une porte battante ». Alors, les Gen-Xers, pas le choix : on y va.

 

Carolina Tomaz - Le 5 mars 2020
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