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Calling Bullshit : "le monde est submergé par la connerie"

Le 21 sept. 2017

Contre-vérités, fake news, dramatisation… les contenus déformés ou délibérément fallacieux envahissent quotidiennement nos flux. L’opération Calling Bullshit en est le fruit contestataire.

Le monde est submergé par la connerie. Les politiciens sont rarement entravés par les faits. Les découvertes scientifiques sont véhiculées par des communiqués de presse. L'enseignement supérieur récompense des âneries au lieu de favoriser la pensée analytique. La culture startup érige la connerie au sommet de son art. Les annonceurs nous font des œillades complices et nous invitent à nous joindre à eux pour mieux nous bombarder de conneries lorsque notre garde est baissée (…)
Ainsi commence le premier volet des cours « anti-bullshit » qu’administrent Jevin West et Carl Bergstrom, professeurs à l’Université de Washington. Chargés à temps partiel d’établir la crédibilité et la véracité de rapports scientifiques, les deux réalisent que de plus en plus de contenus véhiculent des idées erronées ou équivoques, non seulement dans le champ des sciences mais aussi et surtout au sein de nos flux d’informations, ceux que nous scrollons par kilomètres sans réellement être en mesure de vérifier la plausibilité de chaque information. « De toutes les choses que j'enseigne à l'université, j’estime que la pensée critique est la compétence la plus essentielle que je puisse inculquer aux étudiants. », nous explique Jevin West.
En janvier 2017, les deux professeurs lancent la plateforme « Calling Bullshit » dans l’objectif d’éduquer en ligne les étudiants et le grand public à la pensée critique et analytique. En quelques heures, le site enregistre des milliers de visites partout dans le monde. « Beaucoup de gens ont pensé qu’il s’agissait d’une réponse immédiate à l’administration Trump, et même si ce n’est pas le cas, c’en a certainement intensifié l’ampleur. », poursuit-il. L’initiative, si elle n’est pas nouvelle, adopte un focus particulier sur la data comme les algorithmes et les statistiques, « toutes ces boîtes noires » qui tendent à intimider les gens qui n’en maîtrisent pas les codes et sont donc dans l’incapacité de les analyser de manière critique.
Calling Bullshit 1.1: Introduction to Bullshit
« En cours, nous parlons de causalité, c'est l'une des choses les plus importantes quand on raisonne avec des données. On essaye toujours d'associer les corrélations et les causes d’une information. », explique Jevin West, l’objectif étant que tout le monde puisse évaluer la plausibilité d’un argument à une échelle compréhensible. « Si je vous disais que le gouvernement français dépense 5 millions de dollars par an pour construire des routes, que représente vraiment cette somme par rapport au reste du budget y étant consacré ? », demande-t-il. « Très vite, vous réalisez que ce qui semble être un gros chiffre peut en réalité être insignifiant. », poursuit-il. Derrière ce genre d’exemple concret, les deux chercheurs tentent d’expliquer aux étudiants à quel point il est facile de manipuler une information ou de décentrer un fait de son contexte rien qu’en  « zoomant » ou en « dézoomant ».
Depuis janvier, plus de 50 universités à travers le monde – aux Etats-Unis mais aussi en Europe, en Corée du Sud et même en Chine - ont déjà adopté leurs méthodes d’enseignement. « Un véritable mouvement s’est formé autour du raisonnement critique », observe Jevin West. « Et ce qui est intéressant, c’est que les Français en particulier semblent revendiquer leur capacité à être des penseurs critiques. Je pense que c’est quelque chose de profondément ancré dans votre culture ! », poursuit-il.
Au-delà des différences culturelles, la désinformation n’est pas un problème nouveau et reste  un enjeu majeur du XXIème siècle. « Je pense personnellement que c'est quelque chose d’intemporel, peu importe la façon dont les technologies évoluent ou les mouvements politiques qui se succèdent : la démocratie ne peut se construire que sur des décisions éclairées et des citoyens informés. », note Jevin West.

« Je pense aussi qu’il faut que l’on crée un climat où le fait de confronter ses idées et de contredire l’autre devient normal. L’avantage du monde digitalisé dans lequel nous vivons, c’est que les gens semblent réaliser qu’il devient urgent de s'armer pour contrer ce phénomène de désinformation ! », poursuit-il.

Prochaine étape pour Jevin West et Carl Bergstrom, voir arriver leur modèle éducatif au sein des programmes scolaires de différents lycées. Et cela semble plutôt bien parti !

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