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300 : portrait de média

Le 31 mai 2016

Rencontre avec le coach du collectif des « 300 » : sorte de confrérie secrète où l’on voue un culte au PSG. Leur terrain de jeu : Facebook. Un esprit stade, fièrement revendiqué sur le net, et qui vise à redorer l’image du supporter. Jonathan Candan répond aux questions d'Eric Briones, Darkplanneur.

Parle-nous du concept des 300 ?

Jonathan Candan : Les 300, c’est la rencontre sur le digital de différents profils de supporters qu’ils soient du dimanche, abonnés, en virage, en latéral pour ceux qui ont des moyens plus importants. Une communauté animée par une volonté d’analyse et de décryptage autour du même club, le Paris Saint-Germain, son terrain, sa tribune et sa communication au sens large. Comment ce club qui était complètement banni et interdit auprès de beaucoup de média est redevenu le numéro un des clubs en France ?

 

C’est ça le pop supporter, versus le supporter traditionnel ? Une exégèse de la matière : analytique, aime comprendre l’envers du décor ?

J.C. : Le prisme principal est l’analyse et l’envie de confronter ses idées. Le pop supporter a pour obligation de construire ses phrases et sa pensée pour venir la challenger auprès d’autres. On débat sur les tactiques - comprendre les choix d’un Laurent Blanc ou d’un Carlo Ancelotti en son temps – notamment celles appartenant au passé et que l’on n’a pas eu l’occasion de décrypter en live. Et c’est là qu’on fait grandir ceux qui n’ont pas forcément le même prisme : toute une base de 300 est composée de journalistes qui ont, de par leur métier, cette faculté, cette facilité d’analyse en trois mots.

 

Pop supporter influent vs pop supporter suiveur ? Quels sont les leaders du haut de cette pyramide des 300 ?

J.C. : Je pense que ce sont les réseaux sociaux qui créent cette échelle d’influence de par la façon dont chacun peut être suivi individuellement, sur Twitter notamment. Tu auras beau gueuler ou dire des choses plus intéressantes que les autres, si t’es pas quelqu’un, on ne te regardera pas. Pour être reconnu il faut faire partie un peu de cette lumière. On a tous le même background du mec qui a pris des coups, dans le sens fan du PSG dans les années 90-2000. Il y a une forme de revanche - enfin pour ma génération : on a été écouté dans nos vies, nos boulots respectifs, on est parent, parfois des chefs d’entreprise… Avec la prise de confiance en soi, la prise de parole en publique est beaucoup plus simple.

 

J’ai l’impression que le pop supporter est encore dans l’écrit et n’a pas passé le cap de la vidéo à l’image des Youtubeurs qui font de l’audience avec leurs critiques cinématographiques, des jeux videos…

J.C. : Le foot fait partie de ces domaines culturels où il reste tout à faire. 300 est d’ailleurs né de ce constat, il y a sept ans, qu’il n’existait aucun carrefour d’audience où l’on pouvait trouver l’aspect historique du football. J’ai donc décidé, sous le couvert de l’aspect résultat, de raconter toutes les petites histoires dans la grande histoire. D’ailleurs j’aime plus les supporters de foot que le foot : peu importe leur niveau social, leur culture, ils restent plus passionnants qu’un match. Ce projet émergera peut-être en  format video, mais aujourd'hui ma priorité est de me servir de l’aspect historique, et de transformer les résultats en statistiques. J’adore savoir qui aime quoi : déterminer quel est le match préféré des fans de l’équipe de France, du PSG, du REAL, de l’OM, leurs joueurs favoris, les évolutions des tendances… Un joueur comme Pastore, c’est un style de joueur qui n’aurait pas du tout été apprécié dans les années 90 – on aimait plutôt les Di Meco et Boli, les mecs rugueux comme Cantona qu’on a mis sur un piédestal alors qu’il a cassé des jambes, des genoux et des chevilles – il y a des évolutions de style et de tendance…

 

Ce pop supporter, alias l’exégèse du foot, est-il de plus en plus présent ? Est-ce que ça ne fait pas des supporters intello qui ne font pas de bruits dans les stades ?

J.C. : De plus en plus de mecs sont cérébraux dans leur manière de parler du football : mais tu mets un Pivot ou un Finkielkraut, le silence on l’oublie. Aujourd’hui, la véritable erreur des dirigeants du PSG est de vouloir supprimer ce spectacle familial qui a toujours été. Le PSG a toujours été un club très bling bling, mais ça se passait en latéral. Par contre, il y avait un deal moral : ce qui se passait dans les virages restait dans les virages. Pour le coup il y avait une liberté d’expression. Maintenant, que les supporters en virage ont été remplacés par ceux du latéral, le mec de banlieue - comme moi il y a 20 ans - qui a besoin de parler, de s’exprimer, de chanter, de supporter… n’a plus sa place dans les stades. Il préfère aller regarder les matchs dans un bar où il pourra chanter, siffler, discuter librement… se comporter comme avant, sans violence. Et c’est là la grosse erreur des dirigeants du PSG, car ce supporter-là vaut de l’or. Ils ont viré 20 000 mecs, alors que seulement 200 foutaient le bordel : ils n’ont jamais cherché à cartographier leur cible.

 

La réussite vous a amené de la jalousie. 300 est souvent apparenté à des gens de la communication, des gens influents et qui voyaient l’objet de passion comme un objet business…

J.C. : Cette jalousie est due à une méconnaissance et le fait est que nous n’avons n’a pas de compte Twitter, Instagram, Facebook. Pour la partie jalousie/ business, notre ligne directive est simple : « pas d’argent entre nous ». La video que nous avions diffusée l’année dernière, sur les réseaux avait cumulé 50 millions de vues et nous ne l’avons pas monétisé. Après pour le coté communiquant/influenceur, c’est tout simplement le hasard de mes rencontres : quand tu bosses depuis 10 ans dans la pub, forcément tu rencontres des gens comme toi. Nous avons toujours considéré le foot comme quelque chose d’assez beauf en France, et pourtant c’est nous qui avons réorganisé les jeux olympiques modernes.

 

Eric Briones (dit Darkplanneur)
Directeur du planning stratégique de l'agence Publicis&Nous (groupe Publicis) depuis 10 ans, il conseille les plus grandes marques. Il est également enseignant en MBA (pôle Léonard de Vinci), blogueur et coauteur de Luxe et digital (Dunod 2016) et de La génération Y et le luxe (Dunod 2014).

Adrien de Blanzy - Le 31 mai 2016
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