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Opération de police en Allemagne : 1 400 euros d'amende pour un mème injurieux

En Allemagne, la police peut débarquer chez un citoyen à cause d’un tweet haineux. Une mesure salutaire ou une inquiétante atteinte à la liberté d’expression ?

En mars dernier, une centaine de foyers allemands ont reçu une visite de police lors d'une opération coordonnée de grande envergure. Le pourquoi de ces arrestations ? Le partage sur Facebook d'image jugée offensante. L'une d'entre-elle montrait, par exemple, une personnalité politique déclarant : « Ce n’est pas parce que quelqu’un viole, vole ou qu'il est un criminel sérieux que c’est une raison suffisante pour une déportation ». Des propos qui n'avaient jamais été tenus. Ce mème, conçu et partagé par un père de famille de 51 ans, a été considéré par la justice comme contrevenant aux lois contre les discours de haine, les insultes et la désinformation en ligne. L’Allemagne aurait-elle pris une direction radicalement différente des autres pays occidentaux, et notamment des États-Unis, sur la question de la modération en ligne ?

Des lois allemandes plus strictes contre les discours de haine

Pour le New York Times qui revient sur cette affaire, cette opération de police interroge forcément la manière dont les États considèrent les limites de la liberté d’expression. Aux États-Unis par exemple, ce droit est protégé par le premier amendement de la constitution et englobe de nombreux discours interdits en Europe comme ceux comportant de la haine ou du négationnisme. Pour des raisons historiques évidentes, l’Allemagne a choisi une autre voie, bien plus stricte : les insultes publiques sont considérées comme un crime, la représentation de croix gammées est interdite et la propagation de discours de haine est passible de prison. Cette législation s’est vue plus sévèrement appliquée après 2019 et le meurtre de l’homme politique pro-immigration Walter Lübcke, par des néonazis. Depuis, n’importe quel internaute visant une personnalité politique en ligne peut être arrêté par la police. Le père de famille responsable de la fausse information devra s'acquitter d’une amende de 1 400 euros.

Plus de contraintes pour plus de liberté ?

Cette manière de faire pourrait-elle étouffer toute expression critique sur les sujets politiques ? Ce que soulgine l'enquête du New York Times, c'est que la justice allemande est littéralement submergée par les demandes de plaintes pour violences en ligne et elle ne peut pas toutes les traiter. À Berlin, l’ONG Hassmelden qui aidait les citoyens à porter plainte sur ce type de conflits recevait plus de 4 000 demandes par jour. Elle a fermé l’an dernier, faute de moyens. Cependant plusieurs voix s’élèvent contre l’application trop stricte de ces lois. Un internaute a ainsi été arrêté par la police après avoir traité sur Twitter une personnalité politique controversée de « pénis ». Le « penisgate » , comme on l’appelle, a fait la une des journaux et souligné les situations absurdes dans lesquelles une loi aux contours flous peut mener. Une chose est certaine : on cherche encore la solution parfaite pour réguler la haine en ligne.

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