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photo Delphine Horvilleur

La spiritualité du futur

Le 10 mai 2017

Delphine Horvilleur est l’une des trois femmes rabbins en France et interroge la spiritualité pour pouvoir la conjuguer au futur. Rencontre.

Comment expliquez-vous que le féminin peine à être représenté auprès des leaders religieux ?

DELPHINE HORVILLEUR : Le phénomène est partagé dans toutes les religions qui gardent les femmes à la périphérie ou à distance de la sphère de la pensée. Il y a cependant des avancées. On compte par exemple des femmes rabbins ou des femmes pasteurs dans le monde protestant. Au sein du monde juif, les choses se sont passées par étape. À la fin des années 1970, les premières femmes ont été ordonnées rabbin dans le contexte d’un judaïsme dit « libéral », c’est-à-dire plus progressiste dans son rapport à la tradition. Depuis, nous assistons au développement de ce phénomène.

Nous sommes trois femmes rabbins en France, mais il y a également plusieurs femmes rabbins francophones dans le monde, des femmes rabbins en Angleterre, en Israël et aux États-Unis. Le phénomène se développe un peu partout dans le monde.

Il y a également plusieurs raisons historiques au fait que le phénomène soit relativement rare. La France est un pays où les religions s’expriment par des voix assez conservatrices, et cela pour toutes les religions. Ce à quoi il faut également ajouter la structure consistoriale créée par Napoléon qui souhaitait avoir un interlocuteur unique pour la communauté juive : le grand rabin de France. La mise en place de cette structure a très certainement ralenti le développement d’un plus grand pluralisme religieux.

Est-ce que la dimension sacrée du texte religieux empêche justement ces mutations ?

D. H. : Je crois qu’il y a un malentendu sur la notion de texte sacré. Pour moi, un texte est sacré car il a encore quelque chose à nous dire, qu’il peut être encore lu, entendu et interprété de mille manières. Mais lorsqu’une personne affirme qu’il y a une lecture, la même depuis toujours et qu’il ne faut surtout pas l’adapter, d’une certaine manière, elle assassine la sacralité du texte.

Le texte est sacré car vont surgir de nouveaux lecteurs dans de nouvelles conditions inédites de lecture. Nous avons la responsabilité de le faire parler encore autrement en faisant preuve de créativité interprétative.

Souvent les gens pensent que, comme je suis une femme rabbin, je suis dans la rébellion contre la tradition ou que j’irai à l’encontre de centaines d’années de lecture. C’est tout le contraire : je participe à un travail ancestral de lecture du texte. J’ai l’impression de poursuivre avec autant de culot, voire moins, que mes prédécesseurs.

Vous dressez le constat d’une polarisation extrême de notre société…

D. H. : Les gens pensent qu’ils n’ont plus rien à dire et plus rien en commun avec celui qui leur fait face, avec l’autre camp, avec l’autre partie de la famille politique, etc. Cela se décline de mille façons. Dans ce temps de polarisation, je me demande comment pouvons-nous trouver les moyens de nous parler… Ce n’est pas évident car chaque groupe se replie avec les siens. On ne fait plus confiance à ce qui est extérieur à son groupe.

En cela, les nouvelles technologies, et plus particulièrement les réseaux sociaux, n’ont-ils pas un rôle à jouer pour recréer une forme de lien, d’unité ?

D. H. : Il y a un paradoxe autour des réseaux sociaux. Alors qu’ils sont censés mettre des gens, des générations et des informations en réseau, l’inverse se produit. Les réseaux sociaux nous mettent avant tout en réseau avec nous-même : des gens qui sont comme nous, qui pensent comme nous, qui ont le même âge, qui jouent aux mêmes jeux, qui votent comme nous, qui ont les mêmes idées politiques, qui sont informés de la même manière…

Nous n’avons pas encore trouvé le moyen pour que ces outils mettent vraiment les gens en réseau et que les monologues parallèles qui existent aujourd’hui sur les réseaux sociaux s’ouvrent enfin aux autres.

C’est un sujet qui m’intéresse particulièrement parce que, comme son nom l’indique, la religion est quelque chose qui essaie de créer du lien (religion vient du latin religare signifiant « relier »). Nous devons éduquer les jeunes générations pour qu’elles parviennent à créer du lien avec cet outil extraordinaire de mise en réseau.

Comment recréer ce lien ?

D. H. : Je pense que cela passe par la prise de conscience d’un lien particulier entre les générations que nous avons manqué de tisser.

Il faut que les gens comprennent que nous en sommes là parce que quelque chose nous y a amenés. Il est important de penser le lien historique avec ce qui nous a amenés ici. Je pense que l’une des clés est de mieux l’enseigner, d’expliquer comment on en est arrivé là, technologiquement, religieusement, politiquement… Cela passe par un enseignement particulier de notre histoire. C’est un travail qui va être celui des éducateurs, des pédagogues, des rabbins, des imams, des prêtres, des parents… Refaire du lien.

Jeremy Lopes - Le 10 mai 2017
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  • Je suis d'accord. Il faut remettre la relation des hommes avec l'Amour de Dieu. Comprendre, aimer et s'aimer pour pouvoir vivre tous ensemble. Dans la Paix du Christ. Sa lumière. Mais aujourd'hui les lectures peuvent changer dans la façon d’être dites, sans oublier le passé mais vivre avec le présent. L'enseignement est la base, source de vie pour la Paix dans ce monde et dans le cœur de chaque homme.