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Palais de Tokyo : l'enfant pas sage des musées

Le 13 juill. 2015

L'Anti-musée par excellence, le palais de Tokyo est une contre-institution qui fait figure d’OVNI. Rencontre avec Vittoria Matarresse, sa Directrice de la programmation.

En avril dernier se tenait l’exposition Do Disturb! d'où vient l'idée ?

Vittoria Matarresse : Do Disturb! correspond à l'ADN du Palais de Tokyo. Nous sommes la moins institutionnelle des institutions ! L'idée du Palais de Tokyo est de toujours pousser les murs, les limites, d'ouvrir des champs de recherches, dans les territoires artistiques ou disciplinaires. Do Disturb! concentre ce travail que nous faisons tout au long de l'année avec l'ambition d'ouvrir les à-côtés. Ouvrir les portes qui vont vers la vidéo, la musique, vers des territoires totalement hybrides et peu importe si cela n'est pas totalement réussi. Nous tenons avant toute chose à cette notion d'expérimentation. L'idée de Do Disturb! n’était pas forcément de déranger les gens mais de déranger la norme en faisant changer un point de vue sur les choses et en les présentant d’une façon moins conventionnelle dans les espaces mais aussi dans les territoires d'exploration qui nous intéressent. Cet événement a réuni plus de 12 000 visiteurs sur deux journées ce qui représente une forte influence pour le domaine de la performance.

 

On a souvent l’image d’un artiste grand penseur dans sa tour d’ivoire…

Peut-être… mais c’est beaucoup moins vrai sur le territoire de la performance. Ces artistes ont beaucoup changé depuis les années 70. Si j'exagère le trait, dans le début des performances, l'artiste était seul et le public ne savait même pas qu'il faisait une performance. La performance est devenue beaucoup plus participative et demande l'intervention du public. Parfois l'artiste ne fait même plus de performance et c'est le public lui-même qui la fait. Je pense au projet de Nasan Tur (sur une proposition de Pier Paolo Pancotto) : Wall Spits Money. Un mur présent pendant Do Disturb! éjectait une pièce d’un euro toutes les cinq minutes. L'artiste ne fait rien, le public fait tout. C’est la façon qu’il va avoir de tourner autour, leurs hésitations pour prendre ou non la pièce… Cette danse qui s'articule autour des pièces fait la performance. 

 

Comment construisez-vous l’expérience du public ?

On essaye de concevoir des expériences très ouvertes pour le public afin qu'il puisse lui-même faire ses choix, tracer son chemin de la manière qu’il préfère. L'offre est tellement pléthorique que tout le monde aura des projets coups de cœur, d’autres qu’ils ne vont pas aimer, qui vont susciter des réactions (bonnes ou mauvaises). Le public doit être libre. L'idée n'est pas de vous mettre dans un cube face à une expérience qui ne peut être que frontale mais de faire en sorte que le spectateur soit aussi un spect-acteur. Qu'il puisse parcourir et s'y arrêter quand cela l'intéresse. Qu'il puisse passer son chemin, ou juste entre apercevoir des choses et continuer son chemin. Cette forme de densité permet de vivre une expérience qui n’est pas routière mais personnalisée et impliquante.

 

Quelles marques peuvent travailler avec le Palais de Tokyo ?

Je dirais qu’on travaille avec des marques intelligentes qui s'intègrent dans une programmation. Le Palais de Tokyo doit garder une liberté totale. Nous n’irions pas vers des gens qui imposent une forme ou une pensée. 

 

Si vous deviez définir la marque Palais de Tokyo en quelques mots ?

Sans doute impertinente, dynamique, jeune, très ouverte et plutôt curieuse. 

 

Cet article est paru dans le numéro 4 de la Revue de L'ADN. Pour vous procurer votre exemplaire, cliquez ici.

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