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Hollywood a-t-il fait élire Donald Trump ?

Le 10 nov. 2016

Pour qui roule Hollywood ? Démocrates ou républicains ? Acteurs, réalisateurs et producteurs se déclarent volontiers démocrates... mais quelles sont les valeurs défendues par leurs productions ? Vanina Kanban a filmé la campagne vue d'Hollywood. Interview.

Vanina Kanban, journaliste d’investigation, a réalisé pour Canal+ le documentaire « Pour qui roule Hollywood » diffusé le soir du 8 novembre. Une plongée passionnante dans les dessous de la campagne vus depuis l’un des fiefs les plus puissants des démocrates.

Avez-vous été surprise par les résultats ?

Vanina Kanban : Même à Los Angeles, fief des démocrates, on a senti très tôt un vrai problème avec Hillary Clinton. Dès le départ, au moment des primaires, Bernie Sanders arrivait à réunir 30 000 personnes dans des stades, dont beaucoup de jeunes. On sentait une vraie ferveur et qu’ils exprimaient là un ras le bol très profond du système. Quant à Hillary Clinton, elle a toujours représenté l’establishment et on lui reprochait beaucoup de ses positions. Certains lui ont apporté leur soutien dès le départ, George Clooney, Matt Damon, Lady Gaga…, mais la majorité des acteurs, des réalisateurs, et des musiciens étaient clairement derrière Sanders (Oliver Stone, Rosanna Arquette, Red Hot Chili Peppers, Spike Lee…) et quelques-uns n’ont jamais accepté de faire la bascule. Quelques jours avant le vote, Susan Sarandon déclarait encore qu’elle ne voterait pas Hillary.

Hollywood entretient toujours des liens très étroits avec le monde politique... 

V. K. : Pour les candidats, Hollywood reste un lieu de prédilection pour lever des financements. Et cette année encore, ils se sont prêtés aux jeux : Clooney a proposé des dîners chez lui pour plus 300 000 dollars, Justin Timberlake l’a fait aussi, pour un peu moins cher. Et, pour les démocrates surtout, Hollywood est aussi un formidable vecteur de visibilité. Quand Hillary se fait photographier avec Kim Kardashian, on se doute qu’elle n’est pas fan de son travail. Mais cela lui permet d’être visible par des millions de gens. Côté stars, si quelque unes s’engagent très sincèrement comme Jane fonda, pour beaucoup, il s’agit aussi et peut être surtout de satisfaire leur ego, de montrer qu’ils entretiennent des relations directes avec la Maison Blanche… C’est l’effet « ego boost » dont parle l’un de nos intervenants.

Est-ce que Hollywood reste le fief des seuls démocrates ?

V. K. : Nous avons une vision d’un Hollywood très ouvert, où tout le monde peut exprimer ses convictions. Ce n’est pas le cas. Dire qu’on est républicain est risqué, et, mis à part pour quelques vieux briscards comme Clint Eastwood ou Sylvester Stallone, cela peut nuire à une carrière. De fait, les patrons de studio sont effectivement de généreux donateurs, mais ils savent rester prudents : ils servent généralement les deux partis.

Vous soulignez aussi la dichotomie entre les discours très démocrates des acteurs, des réalisateurs et des producteurs et leur production cinématographique qui porte plutôt des valeurs républicaines. 

V. K. : Clairement, les messages des blockbusters ne sont pas des messages démocrates du type : on va réussir à construire ensemble… Ce sont généralement des messages inverses qui valorisent l’action individuelle, des comportements coups de poing. Ils le font parce qu’il y a une demande, et que ce qui est le plus important à Hollywood reste l’argent. Peu importe les messages que véhiculent leurs films, peu importe qui est élu, ce qui compte, c’est le box-office. C'est une industrie, et ils sont là pour faire de l’argent et ils l’assument. J’ai rencontré la productrice exécutive de Homeland qui a voté Clinton, l’acteur principal d’American Sniper de Clint Eastwood, Bradley Cooper soutient clairement les démocrates… il faut bien manger…

Est-ce que les résultats de l’élection démontre que la parole des influenceurs d'Hollywood a moins de poids ?

V. K. : La parole d’Hollywood est puissante mais pas plus que celle d’une Amérique désabusée qui n’est plus satisfaite du système. On en revient à Sanders. Si on se rend bien compte des différences fondamentales entre Sanders et Trump, tant au niveau de leurs programmes que de leurs personnalités, ils étaient tous les deux des candidats anti-système. Hillary ne pouvait pas prétendre à cela. C’était tout le sujet de cette campagne, et aucun acteur au monde ne pouvait endiguer ce phénomène.

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