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Se déconnecter pour se reconnecter : petit traité pour un bien-être décomplexé

L'ADN
Le 11 mai 2017

Le chanteur Cali se demandait quand il arriverait, Christophe Maé où il se cachait... Sur toutes les bouches aujourd’hui, le bonheur est devenu l’obsession de l’Homme post-moderne. Une tribune signée Mallorie Sia, co-fondatrice de Treatwell.

Il devrait s’immiscer dans chaque pan de notre vie, sous l’apparat du bien-être : à la danoise dans nos intérieurs hygge, levier de performance au cœur de l’open-space, il aurait même l’incroyable pouvoir de nous faire faire des miracles dès le matin, si l’on en croit la littérature “qui fait du bien” trustant les premières places des ventes en librairie. Dans une société où l’hyperperformance domine chacune de nos actions, le bonheur ne serait-il pas un énième défi à relever pour s’accomplir, ou plutôt feindre l’accomplissement, une énième tâche à rayer sur notre To-do list ? Une nouvelle source de stress et de comparaison en somme... et un comble lorsque l’on sait que le bonheur représente un état de plénitude et de sérénité, où souffrance et inquiétude règnent par leur absence.

Quand on remplit sa vie de travail, de verres entre amis, d’impondérables du quotidien, de « Je n’ai pas le temps », difficile de s’accorder un moment pour soi, de cultiver son intériorité et se donner le droit d’être simplement heureux. Le trop fameux « métro, boulot, dodo », la connexion permanente, les images d’Epinal cultivées par les réseaux sociaux qui nous intiment d’être fit, healthy, spirituels et trendy sont autant de facteurs qui poussent tout un chacun à ne pas se sentir valable, à ne pas marquer un temps d’arrêt salvateur. On se retrouve alors tiraillés par les injonctions contradictoires de la société, avec au centre un « soi » oublié : il y a alors urgence à se déconnecter pour apprendre à se reconnecter. « Vous reprendrez bien une part de plaisir ! »

La maxime socratique disait pertinemment « connais-toi toi-même », un exercice introspectif nécessaire pour apprécier le monde qui nous entoure. Dans sa version 2017, elle pourrait devenir « Connecte-toi toi-même » ! De nombreuses initiatives ont vu le jour ces dernières années pour promouvoir ce retour à soi ; on peut nommer les retraites spirituelles, les applications de méditation ou encore le mode de vie « slow life ». Tandis que ces concepts porteurs de sens et de bien-être durables impliquent une discipline à respecter sur le long terme - et sont souvent suivi d’un effort de longue haleine pour faire prospérer leurs bienfaits dans le temps -, d’autres petits plaisirs du quotidien peuvent permettre une pause bienvenue, un moment de recentrage salutaire. Au même titre qu’une tasse de thé fumante ou qu’un cours de yoga, les soins de beauté et de bien-être en font partie.

Prendre soin de soi, de son esthétisme et de son corps, c’est trouver son équilibre et tendre une oreille bienveillante envers un corps, un esprit, que l’on écoute souvent que trop peu. Laisser à cette idée bourgeonnante qu’il n’est aucun caprice que de s’emparer de son bien-être, la liberté d’éclore. C’est aussi agir en prévention des désagréments d’un corps qui vieillit, d’un esprit épuisé par un rythme de vie effréné, éreintant. Comme le répétaient à loisir les sagesses anciennes, «le corps a une mémoire » : il est peut-être temps de profiter de l’instant présent pour une remise à zéro des plus appréciables.

Se laisser choyer par les mains expertes d’un professionnel de la beauté - ou par ses propres mains plus novices - sont autant de façons de lâcher-prise, et de s’autoriser un moment loin de tout contrôle. Lorsque l’on passe les portes d’un spa ou tout autre havre de paix, le constat est saisissant : on se laisse happer par une atmosphère de sérénité, extraire d’un tourbillon d’informations, du fourmillement de la vie pour n’entendre que le doux bruissement de sa satisfaction. Ecouter sa voix intérieure, voir l’ensemble des couleurs de sa palette d’émotions. Métaphoriquement, on se décharge du poids de ses bagages émotionnels sur le seuil d’un endroit très symbolique, on s’affranchit du regard de l’autre, regagnant ainsi une légèreté dont on oubliait le délicieux ressenti. Le soin est l’occasion de « lever la tête du guidon » pour porter un regard éclairé et positif, reconnaissant sur la vie, dans une approche holistique, tout en recul. Une manière de lever le pied de l’étrier tout en douceur... pour poursuivre son chemin, libéré.

Souvent perçus comme un privilège réservé aux sphères les plus aisées de la société, les soins de beauté et de bien-être sont désormais à la portée de tous, et se sont notamment vus démocratisés par l’avènement des marketplaces, permettant à ceux qui ne s’accordaient plus de loisirs en temps de crise, d’accéder de nouveau à des activités favorisant un regain moral.

Désormais, se reconnecter à soi-même, se remettre au centre de sa vie et se découvrir peut devenir chose aisée, notamment grâce à la beauté et au bien-être amplifiés par une digitalisation vertueuse. Une démarche qui devrait se confirmer dans les années à venir, puisque le bien-être rejoint progressivement les bancs de l’école, où sophrologie et yoga, sont sporadiquement initiés aux tout- petits. Même constat dans l’entreprise, qui s’approprie désormais le bonheur de ses collaborateurs comme son propre combat, afin de fidéliser ses talents.

Cependant, le bien-être n’est pas une mesure gadget qui doit être activée à des fins consuméristes. C’est avant tout un acte dépourvu de velléités particulières, gratuit, une opportunité de faire émerger sa voix intérieure dans le tumulte du quotidien. Développer son quotient sensoriel pour s’ancrer dans son environnement, être à son écoute, et in fine, à celle des autres. Chacun est désormais libre de vivre son rapport à soi de manière décomplexée, d’exprimer sa propre beauté et de valoriser son unicité tout en ne prenant pas part au culte de la perfection.

Et si le bonheur tenait au fait de savoir naviguer, tel Eros, comme un funambule sur le fil de ses envies parfois paradoxales ? L’éloge d’un well-being 3.0, chapelet de moments de vie imparfaits certes, qui donne pourtant une irrépressible envie de sourire, et de vibrer.

L'ADN - Le 11 mai 2017

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