Les tendances de l’UX Design

Karen McGrane, spécialiste en stratégie de contenu mobile, dévoile les prochaines tendances de l’UX Design. Karen sera invitée à la conférence USI 2016.

Quelles sont les étapes charnières de l’histoire du contenu Web, sur mobile en particulier?

Si l’on se penche sur l’histoire de la gestion de contenu du Web, le milieu des années 90 et le début des années 2000 correspondent à la préhistoire. Il y avait très peu de gestion de contenu, et s’il y en avait, c’était un système d’entreprise complexe qui fonctionnait mal ou qu’il fallait concevoir soi-même ! Beaucoup concevaient leurs propres outils pour créer une interface de gestion pour le contenu Web.

Au cours des dix dernières années, on a pu observer une explosion de produits de gestion de contenu. Comme si tout le monde avait créé son propre CMS et décidé de le mettre en production. Dans un sens, ça a été une très bonne chose pour le Web. Ça a rendu la publication Web beaucoup plus simple.

Mais je crois aussi que la prolifération de ce que j’appellerais des « outils de publication Web » (WordPress, Blogger, tout ce qui utilise un CMS comme s’il n’avait pour seule fonction que de créer des pages internet publiques) a des inconvénients. Le problème de produits de ce genre est qu’ils limitent inévitablement le contenu à un seul format de publication.

Ce serait comme emprunter les mêmes types de modèles que ceux du Print, où contenu et design sont totalement imbriqués. Il est donc très difficile de les penser comme étant des concepts séparés. On a pu voir ça dans l’architecture technique même de ces produits, de ces layouts, de ces modèles de publication…

Aujourd’hui, avec l’avènement du mobile, nous entrons dans une ère où il faut prendre conscience que le contenu ne peut être limité à un seul format de sortie. Parce que par définition, ce contenu va vivre dans de multiples espaces et sur de multiples plateformes.

Ceci a entraîné une très grande évolution dans notre façon de concevoir le contenu et la publication par rapport à notre façon de penser passée.

D’un point de vue technique, cela veut dire que l’on voit plus souvent des outils de publications API-first. Plutôt que d’essayer de traiter contenu et design comme un problème, on les sépare. Il y a d’un côté le CMS, qui a pour unique fonction de gérer le contenu et le répertoire, tandis que le design, le layout et la publication sont gérés par un système distinct.

Cette approche présente aussi des inconvénients, mais si l’on pense aux technologies mobiles, c’est clairement une approche plus facile et simple de concevoir le contenu.


Que pensez-vous des tendances à venir pour l’UX design ? Vers quoi se dirige-t-on ? Sur quoi travaillez-vous déjà ?

La croissance est synonyme de fragmentation.

Lorsque j’ai commencé dans ce secteur, j’étais une personne UX. Je pensais que je pouvais, en toute cohérence, exécuter toute une série de tâches de design UX comme des recherches sur les utilisateurs, du prototypage, du design d’interaction, de la stratégie de contenu, du droit d’auteur, des tests d’exploitabilité, etc. Je ne pense pas que quiconque puisse dire ça aujourd’hui. Le secteur s’est développé à tel point qu’il faut plus de spécialistes. Et c’est une bonne chose ! Je suis entièrement pour cette idée parce que la spécialisation implique que l’on nous accorde l’espace et le temps nécessaires pour bien travailler, avec un certain ordre de grandeur. On n’attend pas d’un designer qu’il fasse toutes les activités que j’ai mentionnées.

En même temps, cette fragmentation entraîne la création de silos dans l’industrie. On le remarque tout particulièrement dans la recherche. Il y a une véritable contradiction entre l’idée de vouloir une expertise et des chercheurs spécialisés qui connaissent la bonne méthodologie et la façon de l’appliquer. La difficulté, lorsqu’on spécialise l’équipe, c’est que l’on ne s’attend peut-être pas à ce que l’équipe de design participe à la recherche, où du moins pas de la même manière, ce qui présente des inconvénients.

C’est là le défi auquel ce secteur va devoir faire face à l’avenir. Je le vois dans la division entre le design d’interaction et la stratégie de contenu.

À une époque, l’UX, ou l’architecture de l’information par exemple, était vue comme une discipline qui cherchait explicitement à rassembler les points de vue du contenu et du design d’interaction. Là aussi, il y a eu des désaccords. Et il fallait qu’il y ait des désaccords pour que chacune de ces disciplines puisse obtenir l’attention et le développement nécessaires. Mais maintenant, je vois toute une génération de personnes qui travaillent sur le contenu, convaincues que le design n’est pas leur problème. Elles ne sont pas exposées au langage, aux techniques, aux systèmes de valeurs dont elles devraient discuter et qu’elles devraient designer directement comme on m’a appris à le faire. Une génération entière de designers d’interaction pense que le contenu n’est pas leur problème !

Pour que l’UX fonctionne véritablement, certes il faut une spécialisation, mais il faut aussi s’assurer que les croisements et les doublons entre nos disciplines sont encouragées, respectées et soutenues.

Je ne pense pas qu’il soit possible de faire un travail d’UX remarquable sans collaboration. Il faut s’assurer que les processus et les personnes qui travaillent là-dessus ont pour objectif supérieur de collaborer.

Pour moi, ce n’est pas un problème individuel, c’est un problème qui touche tout le secteur et toute l’industrie.

 

Et si, à l’avenir, nous n’utilisions plus d’interfaces. Est-ce un scénario plausible ? Si oui, comment consommera-t-on du contenu ?

Il nous faudra toujours un moyen de communiquer. À moins de pouvoir brancher quelque chose directement à notre cerveau ! Si c’est une interface basée sur la parole (et c’est un sujet dont je parle beaucoup), comment cette UI conversationnelle va représenter le langage que nous utilisons, le contenu que nous présentons ? Pour moi, cela reste autant une question de design d’interface que s’il s’agissait d’une UI visuelle ou transactionnelle affichée à l’écran.

De la même manière, si l’on pense « l’interface » comme une série de capteurs et d’outils  – qu’on s’apprête à en trouver dans nos  habitations – qui permettrait de déverrouiller la porte ou d’allumer la lumière automatiquement par exemple, il reste un certain nombre de règles logiques et commerciales sous-jacentes. Et même si l’interface elle-même n’est pas toujours contrôlée par l’utilisateur, il faut néanmoins que quelqu’un décide de la manière de modifier un paramètre. Il s’agit donc bien toujours d’une interface !

Je ne pense pas que « ne plus avoir d’interface » est la bonne façon d’exprimer l’idée. On parle simplement de déplacer différents aspects de l’interface vers différents outils ou systèmes.

 

 

Retrouvez l'interview dans son intégralité ici !

Plus d'infos sur l'USI Event Edition 2016 !

 

source photo

premium2
commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.