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Le temps élastique, indicateur de l’intérêt digital

Le 24 juin 2014

Est-il possible d’arriver au bout de l’internet ? Même si certains ont voulu le figurer, un enfant de 5 ans sait déjà que c’est impossible : notre curiosité est ainsi faite qu’internet est le lieu même de la digression, du rebond infini. Tribune de Christine Milan.

Ouvrir un navigateur dans le simple but de chercher une définition ou un horaire de cinéma, pour finir 30 liens et 8 onglets plus loin par une vidéo d’un hibou renfrogné, en passant par Etsy où les bagues en forme de hibou sont jolies et…ça y est, il est deux heures plus tard.

La notion de temps à un sens tout particulier dans l’univers virtuel. A une extrémité du spectre, une exigence d’efficacité absolue dans le cadre d’une recherche fonctionnelle, à l’autre, une capacité à étirer son temps disponible/consacré, en marge de ces recherches fonctionnelles. Le temps de l’internet est relatif à ce que j’y trouve – un temps élastique.

L’exercice de ce temps est conditionné par deux choses : d’abord, à n’importe quel moment, ma compréhension des contenus disponibles et de leur intérêt. Ensuite, le fait que je puisse à tout moment suspendre mon exploration et reprendre une recherche « motivée ».

Dans ce contexte, quelle implication pour la présence des marques dans l’univers digital ?

D’abord, assumer qu’une relation marque / utilisateur ne soit pas uniquement une somme de visites motivées, mais qu’elle soit capable d’éveiller la curiosité, comme une étape dans ce « temps élastique ». Un mot anglais, pour lequel la langue française ne semble pas avoir d’équivalent : « to indulge » = to yield to an inclination or desire ». Assumer de se laisser aller au plaisir de la découverte.  

Une nécessité d’autant plus impérieuse que nos fameux digital natives cultivent simultanément soif de nouveauté immédiate et propension à la procrastination. Il faut capter leur attention, avant qu’elle ne rebondisse ailleurs et profiter de ce que leur temps est, peut-être, plus élastique encore.

Concrètement, ce que l’on en tire ?

Tout mettre à plat : repousser les limites formelles des parcours – sur les écrans, dans les applications, avec les objets connectés, à la maison, dans la rue, dans les centres commerciaux, dans les magasins, n’importe où, pour multiplier les contenus tout en donnant à chaque information la place qu’elle mérite, à l’endroit et au moment du besoin…ou du hasard.

Vanity Fair, sur son site, propose par exemple le roman-shopping, où une œuvre littéraire est présentée, complétée par des propositions produit correspondant à l’époque du roman, la tenue des héros, etc. Il n’y a qu’un pas vers une appli de « lecture augmentée » qui permettrait de commander la tenue de Gatsby, entre deux lignes.

Le Château de Vincennes propose de son côté une application qui permet de découvrir le véritable aspect d’époque de chaque pièce au fur et à mesure de la promenade. La cité de la Musique proposait quant à elle suite à la visite de son exposition Great Black Music, de poursuivre ou se remémorer les morceaux écoutés et sauvés par le visiteur lors de son parcours.

Inventer des portes d’entrée inattendues, au détour d’une promenade avec ou sans but: pour être entendue, une marque doit aujourd’hui dépasser les limites de son offre pour surprendre là où on ne l’attend pas - offrir ainsi des prétextes à étirer son temps.

Christine Milan est Directrice Conseil chez Nurun
Image source, Roman Shopping de Vanity Fair

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