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Des passagers attendant le métro 14 à Paris

Faut-il une grève des transports pour que les entreprises considèrent enfin le télétravail ?

Le 4 déc. 2019

Culte du présentéisme, manque de confiance ou d’outils : les freins au télétravail sont multiples ! Pourtant, de gré ou de force, les entreprises vont vite devoir prendre la mesure des avantages et des opportunités.

Article mis à jour le 4 décembre 2019

Ça ne vous aura pas échappé : c'est la grève ! Depuis l’annonce de ce mouvement social national, la twittosphère s’emballe. Parmi tous les messages publiés sur le sujet, certains font un lien direct avec un autre phénomène de société : le télétravail.

Laëtitia Vitaud, experte sur les sujets du futur du travail, rappelle qu’en France la pratique du télétravail est loin d’être démocratisée – sans compter qu’il est difficile de vraiment la « quantifier ». Les chiffres donnés par le Ministère du Travail – « 61 % des Français aspirent au télétravail, pourtant il n’est une réalité que pour 17 % d’entre eux » – sont à prendre avec des pincettes dans la mesure où ils ne se font l’écho que d’une pratique institutionnalisée dans les contrats. Or, dans bien des cas, il peut s’agir de négociations au jour le jour avec les managers pour différentes raisons ponctuelles (« RDV avec le plombier », « grève de cantine »… ou « grève des transports »).

L'idéal : faire 30 % à 40 % de ses semaines en télétravail

Les opposants au télétravail s'insurgent moins contre la pratique que contre sa généralisation. « Il ne faut pas voir le sujet comme quelque chose de radical : en général, l’idéal, c’est de faire 30 % à 40 % de ses semaines en télétravail ». Laëtitia Vitaud insiste sur l’importance de faire les choses de manière progressive : avant de généraliser, il s’agit d’y aller un pas à la fois, de négocier une journée par-ci, par-là. Les entreprises ne sont plus tenues de créer un avenant au contrat de travail pour proposer le dispositif à celles et ceux qui voudraient en profiter. « La difficulté, c’est qu’on appréhende la journée de télétravail sous un angle institutionnel. À partir du moment où il faut formaliser les choses, on reste dans un rapport au lieu de travail assez rigide… Alors qu’une approche plus flexible permettrait de faire face aux difficultés ponctuelles du quotidien ».

Esprit d'équipe vs télétravail

En France, peut-être plus qu’ailleurs, la culture du présentéisme a la vie dure. On a parfois tendance à penser que si on ne surveille pas un employé, il ne va pas travailler. « Ce qui est absurde ! Sans compter que l'on voit bien que certains se cachent derrière un écran sans rien faire en étant au bureau ». Évidemment, on n’exposera pas le sujet de la sorte aux équipes – auxquelles on préfèrera vanter les mérites d’une culture d’entreprise où les membres de « la team » doivent être soudés, ensemble, au quotidien. « On utilisera des mots anglais pour faire plus cool… Mais la réalité c’est qu’il y a un manque de confiance envers les salariés : on a peur qu’ils ne soient pas autonomes, qu’ils ne fichent rien ». La dérive directe de ce type d’attitude, c’est d’installer des logiciels capables de surveiller à distance, et parfois de façon très intrusive, un poste de travail qui ne se trouve pas au sein de l’entreprise. « C’est une vraie déviance : les personnes qui travaillent pour des centres d’appels doivent parfois partager leur écran en permanence avec leurs managers quand elles travaillent à domicile ».

Avoir les bons outils

Au-delà de ce frein « culturel », certaines entreprises craignent pour leurs données. « Elles mettent en avant leurs inquiétudes par rapport à la sécurité. C’est surtout qu’elles n’ont pas mis en place les bons outils : elles mettent du temps à se convertir au Cloud ou aux plateformes ouvertes ». Slack, Trello, Facebook at work… mais aussi tout simplement Google Docs : les outils de gestion ouverts sont nombreux. « Pour certaines structures, la démarche n’est pas naturelle du tout. Dans l’administration, par exemple, on n’utilise absolument pas ces outils-là ». Ce qui est sûr, c’est qu’il est compliqué de se convertir du jour au lendemain, et que la phase d’adaptation peut demander plusieurs mois – comme l’explique Cécilia Durieu, directrice associée de Greenworking au micro d’Europe 1.

Le télétravail : un argument RH

Quand on la questionne sur le futur de l’emploi, Laëtitia Vitaud ne prédit pas une généralisation de la pratique. Mais elle pense que petit à petit, les entreprises vont être forcées d’être plus flexibles : « il y a beaucoup de tensions sur le marché, à tel point que ça devient un argument de recrutement déterminant. Parfois plus que le salaire ! »

Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il n’y aura plus d’espaces physiques. « Il faudra trouver la bonne combinaison d’espaces divers, qui s’imbriquent les uns aux autres. Il y aura les essentiels du bureau, de la maison, du coworking… le tout dans une dynamique qui repense notre rapport au temps et à l’espace de travail ».

« La grève des transports fait déjà bouger le sujet. »

En ce qui concerne la grève des transports, elle a le mérite de faire bouger les lignes. « La grève ne pourra évidemment pas permettre de surmonter tous les freins évoqués. Mais face à la perte de valeur engendrée, les managers deviennent naturellement plus flexibles dans leur approche du sujet ».
Le mouvement social aurait-il plus de poids que les politiques sur la question ? « Ça a le mérite de faire discuter. C’est un peu comme les débats qui avaient entouré le droit à la déconnexion : c’était une démarche fructueuse qui a permis de faire avancer les choses ».
Mélanie Roosen - Le 4 déc. 2019
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