« Nous serions capables de faire une voiture qui vole en un an »

Le week-end dernier reprenait la saison de F1, un univers peu connu qui a pourtant des choses à nous enseigner sur les stratégies d’innovation.

Nous sommes nombreux à associer la Formule 1 à un modèle de surconsommation de carburants, alourdis par des déplacements de plusieurs tonnes de matériel, une recherche de vitesse extrême…

Ce que l’on connaît moins, ce sont les contraintes imposées à cette compétition, et la capacité d’innovation sous la contrainte dont fait preuve la discipline.

Innover sous la contrainte

Lorsque en 2014 la FIA (Fédération Internationale Automobile) change les règles pour limiter la consommation de carburant à 100kg par heure (quand elle était illimitée auparavant, et consommait en moyenne 160kg/heure), on pourrait penser à un drame dans un univers qui cherche la vitesse à tout prix. Et bien non. En moins d’un an, les équipes de chaque écurie ont été capables d’optimiser le rendement de leurs véhicules pour atteindre cet objectif avec des conséquences faciles à imaginer : baisse des émissions de CO2, diminution de la consommation des énergies fossiles…

Preuve que la contrainte peut pousser une industrie à se réinventer entièrement en un temps record lorsqu’elle rentre dans les règles de la compétition.

Une agilité méconnue pourtant réelle, comme l’affirme Cyril Abiteboul, Directeur Général de Renault Sport Racing. « Nous sommes en adaptation permanente sous la contrainte : nouvelle législation, nouvelle concurrence… Si demain la contrainte était de faire une voiture qui vole, nous serions capables de la faire en un an. C’est le défi sportif et technique, qui caractérise la F1. C’est notre fonds de commerce ».

Un défi environnemental à ses débuts

Une innovation qui a du sens et qui s’ancre de plus en plus dans un environnement global, bien loin de l’autarcie qui semblait la caractériser. Pour Rémi Taffin, Directeur Technique Moteur Renault F1, la discipline a considérablement changé : « nos axes d’innovation ne sont pas propres à la Formule 1, ils intègrent une conscience globale qui va de l’optimisation de la production au transport… nous devons aller au-delà d’une consommation qui n’émet pas de CO2 avec des carburants renouvelables, nous devons également nous interroger sur les émissions en amont et en aval de chaque course », changeant par la même occasion la façon de penser la performance d’un système « on essaye d’aller vite, c’est évident, mais la question se déplace sur le  “comment“. Comment sous la contrainte, le rendement mis en place permet de parvenir à nos objectifs. »

Moins polluante, sans rogner sur la performance, voire en gagner, c’est l’équation qui semble impossible du « faire mieux avec moins » qui motive désormais les coulisses de la compétition.

Loin de faire les louanges d'une industrie qui a un impact environnemental indéniable, sa réactivité et son agilité dans sa transformation peuvent inspirer de nombreuses industries qui font encore le choix binaire de la performance OU de l’environnement. Comme s’il s’agissait d’antithèses inconciliables.

Une F1 qui se transforme… pour accélérer la transformation de l’industrie automobile grand public. « Ce travail, nous l’appliquons sur les véhicules grand public afin qu’ils consomment moins. En ce sens, la Formule 1 est un véritable laboratoire pour réduire la consommation des véhicules du Groupe Renault. Avec la technologie E-Tech Hybride proposée sur les modèles de série comme Clio, Captur et Mégane, un moteur thermique essence 1.6 l est associé à deux moteurs électriques. Ces derniers vont permettre de récupérer de l’énergie lors des phases de freinage afin de recharger la batterie, ou de fournir de la puissance complémentaire afin de soulager le moteur thermique pour moins consommer de carburant », précise Nicolas Espesson, Ingénieur Renault F1 Team.

Plus que de l’accélération, la F1 est devenue une affaire de gestion, de réutilisation, de rendement, pour renouer avec vitesse et économie. Do more with less comme disent les Américains ! Si la F1 le peut, nous le pouvons tous !

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