Les Napoleons :  Émancipons-nous !  Oui, mais à quel prix ?

Les Napoleons : Émancipons-nous ! Oui, mais à quel prix ?

© Miguel Bruna via Unsplash

Lutter contre les archétypes culturels, s’affranchir du genre, défier la condition humaine en se pluggant aux technologies, voire au transhumanisme… L’émancipation accompagne chacune de nos luttes sociales et idéologiques. Mais doit-elle pour autant être systématique ? C’est la question posée par la 12e édition des Napoleons. 

Entre libération et aliénation, il pourrait bien n’y avoir qu’un pas. C’est le sujet qu’a décidé de mettre en tension la 12e édition des Napoleons, du 26 au 28 juin à Marseille. Travail, mobilité, consommation, connectivité, écologie, luttes sociales… « Et si l’émancipation n’était pas qu’une injonction de la modernité, portée par des métarécits dont il faut peut-être se méfier ?  »

Mondher Abdennadher et Olivier Moulierac, fondateurs de l’événement, nous racontent ce choix de programmation, moins de 24 heures avant son lancement.

Certaines promesses d’émancipation font place à de nouvelles formes d’aliénation. Pourquoi avoir choisi ce thème pour cette 12e édition des Napoleons ?

Mondher Abdennadher & Olivier Moulierac : Ce thème devait être celui de l’édition arlésienne des Napoleons qui a été annulée en juillet dernier. Nous n’étions pas confrontés à la pandémie à l’époque, mais il nous tenait déjà à cœur, notamment parce que les questions relatives à l’émancipation sont en perpétuel mouvement. On ne parlait pas des mêmes formes de progrès, d’affranchissement il y a 100 ans, ou même il y a 50 ans. Aujourd’hui, certaines sont plus probantes : l’émancipation des peuples, du genre, les luttes sociales et idéologiques, les puissances qui gouvernent et la démocratie, le travail et les carcans du salariat, les archétypes culturels, les injonctions de modernité jusqu’aux courants transhumanistes… C’est un thème colossal et incroyablement vaste car il touche tous les pans de la condition humaine contemporaine !

La période a-t-elle influencé les choix éditoriaux/thématiques de cette édition ?

M. A. & O. M. : La pandémie a rebattu certaines cartes et exacerbé notre sensibilité vis-à-vis des inégalités, de certaines formes d’aliénation dont nous n’étions pas nécessairement conscients avant. On se pose tous la question de comment on veut vivre nos vies : on redécouvre la vie de famille, d’autres manières de consommer, la vie citadine versus la ruralité… Bref, le contexte est fertile au développement de nouvelles formes d'émancipation. Mais quelles sont leurs promesses ? En fait, tout cela vient se préciser à la lumière de tout ce que l’on a traversé. C’est très frustrant comme toujours, on ne peut pas être exhaustif sur un sujet aussi transverse, mais c’est aussi tout l’intérêt.

De Leïla Slimani à Forest Whitaker…, de quelle manière les intervenants vont-ils aborder ces questions ?

M. A. & O. M. : On a davantage orienté la programmation vers des sujets de solidarité, d’empathie. Il faut s’attendre à un échange entre Leïla Slimani et Camille Kouchner sur l’émancipation par l’écriture, à l'intervention de l'avocate Clélia Richard sur la question du genre. On parlera également de l’émancipation vis-à-vis des technologies et des GAFAM avec l’entrepreneur Gaël Duval, d’éthique environnementale avec le spécialiste Frédéric Ducarme. Nous avons aussi la chance d’accueillir l’acteur Forest Whitaker dont la fondation (Whitaker Peace & Development Initiative) a pour mission d’émanciper des populations vivant en zone de guerre et de conflit. De son côté, la philosophe Myriam Revault d'Allonnes viendra tracer une sorte de rétrospective de l’émancipation à travers l’histoire, pour en montrer les enjeux. 

Comme toujours, la spiritualité a aussi sa place et trois femmes exceptionnelles se joindront à nous, parmi lesquelles Anne Soupa, première femme à se présenter à l'archevêché de Lyon, la rabbine Delphine Horvilleur et enfin Kahina Bahloul, première imame de France. Le militantisme aura également ses invités. Alice Coffin, élue écologiste au conseil de Paris et militante féministe, viendra parler de ses points de vue. C’est une figure souvent controversée, mais pleine de surprises ! Idem pour Rokhaya Diallo, journaliste féministe et militante antiraciste, qui viendra confronter ses idées. Aux Napoleons, on n’est ni d’accord, ni pas d’accord, on milite pour du dialogue et une forme de controverse bienveillante. Cela ne veut pas dire que l’on adhère, mais que l’on veut explorer, questionner. 

Le fort Saint-Nicolas à Marseille © Nicolas Entrecasteaux

C’est la première fois que les Napoleons plantent la tente à Marseille. Pourquoi avoir choisi le fort Saint-Nicolas, lieu historique, pour cette édition ?

M. A. & O. M. : Nous organisons cette édition avec Acta Vista, une structure d’insertion et d’apprentissage qui réhabilite des monuments historiques avec des jeunes en difficulté, le but étant de les mener à un métier. Leurs équipes s’occupent du fort Saint-Nicolas à Marseille, un lieu construit par Napoléon qui n’a jamais été ouvert au public. Cette 12e édition aura donc lieu en plein air, dans cet endroit sublime qui surplombe le vieux port. Nous serons moins nombreux que d’habitude bien sûr (250 au lieu de 550 personnes environ) pour respecter les mesures sanitaires, mais nous sommes ravis ! C’est la première fois que nous organisons quelque chose à Marseille, mais nous ne lâcherons pas Arles pour autant. On s’y retrouve d’ailleurs du 21 au 24 juillet 2021 pour une seconde édition !

En savoir plus sur la 12e édition des Napoleons à Marseille 

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