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Citelum EDF smart city

Non, la smart city n'est pas qu'une ville truffée de capteurs et d'intelligence artificielle

Le 29 oct. 2018

Pour Carmen Munoz, directrice générale de Citelum (EDF), la Smart City ne saurait se résumer à une ville truffée de capteurs adossés à une intelligence artificielle. Sa mission ? Mettre en valeur les villes par la lumière et imaginer de nouveaux services associés aux installations électriques.

L'ADN - Les projets de Smart City sont souvent présentés comme des chantiers pharaoniques, dont la facture s’élève à des milliards de dollars et où la technologie s’immisce partout. Est-ce le cas dans les villes où Citelum intervient ?

CARMEN MUNOZ : Ce rêve de la Smart City vu sous le seul angle technologique, je pense que les villes en sont revenues aujourd’hui. Simplement, la technologie offre davantage de possibilités pour répondre aux enjeux de la ville et aux attentes des citoyens. Mais elle doit être un moyen et pas une fin en soi. La lumière constitue pour nous l’épine dorsale de la Smart City. La raison est simple. Les économies d’énergie réalisées permettent de financer d’autres projets, des services à valeur ajoutée – ou smart – comme la gestion des mobilités urbaines et du stationnement, la lutte contre la pollution, l’information des usagers, ou la vidéosurveillance.

Revoir les installations lumineuses d’une ville permet de réduire de 50 à 70 % sa consommation d’énergie. Bien sûr un projet de réfection de l’éclairage urbain ne se résume pas à remplacer les infrastructures existantes par de la LED. Cependant, si l’installation est bien dimensionnée, on peut atteindre jusqu’à 50 % d’économies d’énergie. Si l’on ajoute à cela de la programmation et de la télégestion, on tutoie les 70 %. Le projet de Dijon métropole par exemple prévoit de réaliser 65 % d’économies d’énergie.

Comment parvenez-vous à de tels résultats ? En déployant des technologies de pointe ? L’intelligence artificielle ?

C. M. : Dès la conception du projet, il s’agit de prendre en compte les spécificités territoriales de la ville pour adap­ter au mieux l'infrastructure. Elle doit impérativement être sur-mesure. Par exemple, il n’est pas nécessaire d’installer des caméras de surveillance à tous les coins de rue pour renforcer la sécurité, il vaut mieux cibler certains endroits critiques. De la même manière, on ne va pas mettre des capteurs de présence dans des zones ultra fréquentées où ils seront sollicités en permanence, mais plutôt dans des endroits plus reculés où la lumière ne s’éclairera que s’il y a du passage. En centre-ville en revanche, il est envisageable de mettre en place un pilotage point par point : la plupart du temps l’éclairage est modulé en fonction de la plage horaire mais en cas d’incident ou d’événement extraordinaire, il est toujours possible de reprendre la main et d’augmenter son intensité.

Dans la plupart des villes, il faut un système contrôlé par des humains. La ville pilotée par une intelligence artificielle autonome qui centralise tout, je n’y crois pas. Et pourtant je suis ingénieure de formation [Carmen Munoz est diplômée de l’École technique supérieure d’ingénieurs industriels de Madrid et de l’École centrale de Paris, ndlr] donc je rêve aussi de récupérer beaucoup de données et les traiter grâce à une intelligence artificielle, de dégager rapidement, grâce au machine learning (apprentissage automatique), des trends (tendances), des patterns (modèles) qui vont nous donner des solutions pour créer de la valeur.

"J’aime la technologie mais je l’aime là où elle est utile, et là où elle rapporte plus qu’elle ne coûte"

Dans l’état actuel des choses ce n’est pas toujours rentable d’investir dans le développement d’algorithmes pour remplacer à 100 % le personnel des centres de contrôle. Il est difficile de créer de la valeur car il faut toujours garder au moins un humain aux commandes pour prévenir les bugs et intervenir en cas de besoin. D’ailleurs je ne connais pas encore une ville qui soit prête à confier son dispositif à un robot.

Carmen Munoz Citelum

Comment vous y prenez-vous pour cerner les problématiques de vos clients ? Avez-vous une méthode, un panel de solutions que vous proposez d’adapter selon leurs besoins ?

C. M. : Nous sommes dans une démarche très humble et nous tenons surtout à cultiver cette humilité. Nous ne sommes pas là pour répliquer des solutions toutes faites. Personnellement, j’ai besoin d’aller sur le terrain, de rencontrer les gens, de visiter les villes, de poser mille questions aux clients pour comprendre les enjeux et envisager des solutions. Bien sûr à force de parcourir le monde et d’observer les réponses qui y sont apportées, on peut être tenté d’établir des parallèles, des tendances.
Par exemple, dans la majorité des cas, les villes cherchent à développer leur attractivité, et à attirer les touristes. Elles ont des problèmes de trafic routier. Mais allez dire ça au maire de Venise par exemple ! Nos solutions évoluent à mesure que l’on doit résoudre de nouveaux défis. Notre plateforme Muse par exemple, qui permet aux collectivités de connaître, de suivre et d’optimiser leur consommation énergétique en temps réel, en est à sa version 4.2. Elle a évolué pour intégrer les demandes successives de nos clients. Nous venons de remporter l’appel d’offres pour l’implémenter à Bordeaux, après Dijon, Asnières, Sète, Naples, Copenhague ou Mexico.

La technologie doit avant tout servir un projet. Et ce projet, c’est celui des citoyens, dans la mesure où ils ont élu de manière démocratique leurs représentants, nos interlocuteurs.

Qui arbitre, et comment, le choix des travaux à mener ? Dans quelle mesure prenez-vous part à la concertation préalable ?

C. M. : Ce sont les élus qui définissent les besoins des collectivités locales. Ils prennent donc la main sur le travail de conception en amont. C’est le cas par exemple de la métropole de Dijon, qui a réussi à faire travailler de concert les élus et les services des 24 villes pour aboutir à un appel d’offres bien structuré. Après deux ans de concertation, l’intercommunalité est parvenue à s’accorder sur la manière dont l’espace public doit être exploité. Mais également sur comment la donnée doit être gérée et comment casser des silos pour travailler ensemble de façon transversale. Pour moi, la grande réussite de ce projet, c’est la réflexion qui a été menée à cette occasion-là.

Ensuite, toujours à Dijon, avec les consortiums candidats nous avons pris part à un « dialogue compétitif ». Nous avons défendu à l’oral nos solutions devant un jury. L’intercommunalité a ainsi pu s'alimenter des idées de chacun, pour arrêter leur cahier des charges final.

Je connais d’autres villes qui devraient lancer prochainement des appels d’offres. Parfois elles optent pour une méthode plus agile, plus itérative, avec des délais plus courts. Dans ce cas ce sont les candidats qui doivent proposer une méthode de concertation et de co-construction du projet.

Une fois l’appel d’offres remporté, la collectivité devient notre cliente. Alors nous mettons tout en œuvre pour la satisfaire et pour gagner sa confiance. D’autant que nous sommes parfois engagés avec elle sur le long terme, entre dix et quinze ans. C’est le cas par exemple de la ville de Sant Cugat en Espagne. À ce moment-là, on se met à vraiment co-développer, dans une logique partenariale gagnant-gagnant. Dès qu’un client a un problème, on travaille ensemble pour le résoudre.

 


Cet article est paru dans le hors-série Le Génie Collectif réalisé en partenariat avec EDF dans le cadre des Electric Days 2018.

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