Datacenters

Datacenters : trop gros pour être assurés ?

© DJR via Dust

Méga chers, méga puissants, méga exposés. Les datacenters de l'IA se déploient dans une démesure telle que les assureurs rechignent à les couvrir. Et si l’assurance devenait le caillou dans la chaussure de cette folle course ?

La course à l’intelligence artificielle n’est pas qu’une affaire de puces et de puissances de calcul. Elle se joue aussi dans la démesure physique des data centers qui abritent serveurs et processeurs. Même si ces bâtiments sont d’un genre particulier, ils n’en sont pas moins soumis à la réalité : ils doivent être assurés. Prenez le datacenter construit par Meta et BlackRock pour 14 milliards de dollars. Baptisé Sopaipilla, il doit développer une capacité d’un gigawatt. Et pourtant, selon le Financial Times, il n’est pas assuré à hauteur de sa valeur totale.

Le projet dispose de polices plafonnées à 427 millions de dollars en construction, puis 450 millions une fois opérationnel. En cas de catastrophe, ce sont donc des milliards qui resteraient à la charge des investisseurs. Pourquoi les banques acceptent-elles de financer un actif si peu couvert ? Jusqu’ici, l’assurance était une condition invisible du crédit. Avec ces nouveaux géants, l’ordre s’inverse : ne pouvant plus absorber le risque en totalité, les assureurs laissent les prêteurs cohabiter avec le risque.

79% des data centers exposés aux catastrophes naturelles

Car la facture s'emballe. D'après Swiss Re, construire un seul site peut coûter jusqu’à 20 milliards de dollars, un montant qui double après l’installation des technologies. Le risque est aussi climatique : plus de 40 % de la capacité des centres américains se situe dans des zones à haut risque de tornades, tandis qu'Allianz chiffre à 79 % la part mondiale des infrastructures implantées en zones exposées aux catastrophes naturelles, et 54 % au stress thermique et à la sécheresse.

Dès lors, une question se pose : l'assurance ne risque-t-elle pas de s'imposer comme le premier disjoncteur de la croissance technologique actuelle ? Si les marchés ne peuvent plus couvrir la valeur intégrale de ces infrastructures, on peut s’attendre à ce que banques et investisseurs doivent prendre à leur charge une part inédite de ce risque – modifiant alors les équilibres économiques de la course à l’IA.

Autrement dit : à mesure que le coût des infrastructures s’envole et que les risques techniques et climatiques se concentrent, la viabilité d’un projet ne dépendrait plus seulement de sa performance informatique, mais de sa capacité à être assuré. L’assurabilité, nouveau juge de paix de la tech ?  

Carolina Tomaz

Journaliste, rédactrice en chef du Livre des Tendances Business de L'ADN.

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