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Dorcel, toujours un coup d'avance

Le 24 nov. 2015

Histoire d’une marque qui n’a eu de cesse de se réinventer : Marc Dorcel. Le Groupe a su s’approprier toutes les possibilités media de son époque et garder sa place de leader sur un marché de plus en plus fragilisé. Interview de Ghislain Faribeault, vice-président de la division media.

Comment se porte le marché du porno à ce jour?

Ghislain Faribeault : L’industrie pornographique va très mal : la consommation ne connait pas la crise puisque les moyens d’accès aux contenus ont été multipliés par le numérique, en revanche la vente du contenu est de plus en plus difficile. Les YouTube version X volent le contenu des éditeurs pour générer plus de trafic, il ne s’agit absolument pas d’UGC (User-generated content). Ils ne respectent aucun contrôle parental et sont hébergés dans des paradis fiscaux, ce qui rend les dépôts de plainte pour droits d’auteur très difficiles. C’est pour cela qu’il est dommage que certains media relaient leurs opérations de communication, puisqu’ils leur permettent ainsi de gagner en crédibilité auprès du grand public. Tous les acteurs historiques de cette industrie sont pratiquement morts. Dorcel fait figure d’exception car depuis 15 ans, nous avons décidé de ne plus être seulement producteur, mais de maîtriser la distribution et la diffusion des contenus.

 

D’où vient la croissance de Dorcel ? Mobile, VOD, produits dérivés… ? Avez-vous prévu de vous diversifier encore?

G. F. : Ces dernières années c’était clairement la VOD que ce soit sur nos activités internet et également nos grosses activités BtoB : nous agrégeons le contenu de nos concurrents pour faire une offre globale auprès des opérateurs ; parfois même, ces opérateurs nous confient leurs services en marque blanche à gérer. Mais là encore, le piratage a frappé : la VOD est en baisse. Nous devons donc diversifier énormément nos services pour essayer d’en lancer de nouveaux et prendre en considération ce qui fonctionne. Pendant des années c’était la TVOD qui marchait, aujourd’hui la SVOD est en train de se développer avec d’autres offres.

 

Vous avez récemment lancé la réalité virtuelle sexy 360° 3D. Pensez–vous que les nouvelles technologies puissent sauver le marché ?
G. F. : 
Je ne sais pas si la technologie va sauver l’industrie, par contre elle crée de nouveaux moyens d’accès au contenu et des nouvelles expériences. C’est dans l’ADN de Dorcel de tester tous ces nouveaux outils. Même si nous existons depuis 36 ans, nous sommes toujours en mode startup : quand un nouveau medium apparait, on se demande comment l’adapter à notre industrie, ce qu’il peut apporter à nous et aux consommateurs. Au sujet de la réalité virtuelle, on sait que c’est beaucoup trop tôt parce le marché du casque n’est pas encore assez développé par le jeu vidéo : pour autant cela apporte une expérience nouvelle de consommation du contenu. Nous voulons par conséquent nous y essayer de suite pour qu’une fois le marché en place, nous ayons une offre de programmes et une expérience qui soit imbattable.
Nous sommes en permanence en train de veiller, de voir… à chaque décennie, il y a eu une nouvelle évolution technologique dans l’industrie et tous les acteurs qui n’ont pas suivi le pas sont morts. On s’est lancé dans la VOD en 2002, quand Canal+ et TF1 se sont lancés en 2005 ; Marc Dorcel n’a pas fait de cinéma, il a tourné son film directement en vidéo. Beaucoup d’acteurs de l’époque n’avaient pas vu le virage de la vidéo. Quand est arrivée la diffusion TV, les producteurs au début refusaient de vendre leur film à Canal+ de peur de faire baisser les ventes de VHS. Le DVD c’est pareil. Quand internet est arrivé, beaucoup d’acteurs sont arrivés après et après c’est trop tard.
Dorcel se doit d’appréhender chaque nouvelle technologie. En 2010, au tout début du Crowdfunding, nous avons réussi à récolter 95 000 euros en seulement 78 heures. A l’époque c’était Grégoire qui détenait le record en France avec 75 000 euros pour son album récolté en un mois et demi. On ne l’a pas fait pour l’argent, nous n’avions pas de problème de financement de contenu : la volonté était de tester, d’apprendre et d’occuper le marché.

 

Utilisez-vous les big datas pour cibler les comportements clients ?
G. F. : Les seules informations qui nous intéressent ce sont les données concernant les ventes d’un programme, les retours, les implications sur les réseaux sociaux : « choisissez votre jaquette », « choix d’une actrice pour un film »…  le nombre de followers par actrice peut également influer sur le casting d’un film. Nos abonnés n’ont pas à craindre un piratage comme à la Ashley Madison : nous ne sommes pas aux Etat-Unis, où ce genre de site demande le genre de l’utilisateur, sa situation géographique, ses préférences… Marc Dorcel fonctionne beaucoup en anonymat, on ne demande aucune de ces informations. On ne peut donc sortir des études marketing, contrairement aux YouTube X qui en fait ses opérations de communication.

 

Quel est le regard que vous portez sur Playboy qui rhabille ses playmates ? Qu’est-ce que cela indique sur notre époque ?
G. F. : 
Ils étaient obligés de le faire car depuis des années Playboy ne vendait plus rien. A un moment, Playboy a tenté de faire du hard, mais son image trop soft, mignonne, gentille, a eu raison de lui. Ils ne gagnaient de l’argent que grâce au licensing de leur lapin (parfum, briquet, petite culotte…). Rhabiller ses playmates est un bon coup de communication pour finalement repartir sur un contenu lifestyle masculin. Vu qu’ils ne pouvaient aller dans le hard, ils devaient continuer dans le soft et perdurer.
Contrairement à ce que l’on peut croire, la société est devenue très conservatrice : les réseaux sociaux ont leurs propres règles, leurs propres morales, au-dessus des lois. Autrefois les actrices étaient invitées dans tous les media: il y a dix ans nos égéries pouvait aller chez Ardisson, Cauet, Fogiel… elles étaient des invitées parmi tant d’autres. Maintenant c’est complétement interdit, il y a une autocensure de toutes les chaînes, de tous les magazines. On est bien loin des émissions de Stéphane Collaro à 19h50 avec sa playmate. Aujourd’hui, elle ferait scandale.

Sylvie le Roy - Le 24 nov. 2015
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