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© Getty Images

Doit-on boycotter Amazon ?

Le 25 mars 2019

La réponse est oui. Et elle ne nous est pas soufflée par un groupe d'activistes à poils verts ou de technophobes protectionnistes... mais par le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et du ministre de l'Action publique, chargé du numérique... Mounir Mahjoubi himself.

"Je suis en colère contre Amazon"... ainsi se conclut l'interview de Mounir Mahjoubi parue dans le Parisien le 24 mars. La raison de cette colère ? La plateforme a refusé de signer "la charte de  bonne conduite" proposée par le secrétaire d'Etat. Cette initiative de la France vise à tenter de remettre un peu de loyauté entre les places de marché d'e-commerce et leurs fournisseurs.

Vendre toujours moins cher

En effet, les PME françaises sont de plus en plus nombreuses à déplorer les traitements que leur réservent leurs intermédiaires du e-commerce en général, et d'Amazon en particulier : déréférencement sans sommation de leurs offres, explosion des frais d’intermédiation (multipliés par deux ou par trois pour atteindre parfois 35 %), et affluence de produits de contrefaçon contre lesquels aucune mesure n'est prise. Une brutalité des relations commerciales qui pousse les entreprises référencées à vendre de moins en moins cher, en obtenant des marges de plus en plus faibles. 

Bref. La charte de bonne conduite, établie après deux mois de concertation entre toutes les parties, sera signée mardi 26 mars avec des acteurs qui s'engagent à des pratiques plus éthiques. Leboncoin, Rakuten, Cdiscount, eBay, Fnac Darty, La Redoute, Mano mano et Conforama ont accepté de s'engager, mais les géants Alibaba et surtout Amazon se sont retirés.

Ce refus pèse évidement très lourd puisque le géant de Seattle s'avère être le numéro un en France des ventes en ligne.

Les Français auront le choix de faire leurs achats sur les plateformes respectueuses... et les autres

Toutefois, tout n'est pas perdu. En effet, la position de leader d'Amazon peut encore être contrée car l'entreprise de Jeff Bezos peine à convaincre les PME françaises. Dans un article paru le 27 octobre 2018 dans Paris Match, Frédéric Duval, directeur général d’Amazon France, regrettait que, dans l'hexagone, seulement 10 000 entreprises aient opté pour ce type de service. Il soulignait que la France n'était "que" quatrième sur les cinq principaux pays européens où est implanté la firme en matière de marchands tiers, derrière la Grande-Bretagne, l’Espagne et l’Allemagne, mais devant l’Italie. Il affirmait vouloir doubler ce chiffre "très rapidement" en insistant sur le faible coût de l’opération pour les PME - 39 euros par mois, et une commission annoncée à 15 % - et en faisant miroiter un fort potentiel de rentabilité.

La très mauvaise publicité que vient d'offrir Mounir Mahjoubi à la plateforme freinera-t-elle son développement en France ? Who knows ?

Dans l'interview du Parisien, à la question : allez-vous conseiller aux consommateurs de boycotter Amazon et Alibaba ?, Mounir Mahjoubi reste dans le cadre de sa fonction. Elliptique donc. "Les Français qui achètent en ligne auront le choix entre des plateformes qui s’engagent à bien traiter les PME françaises… et les autres. C’est aussi aux consommateurs d’opter pour un achat responsable."

Ce qui est clair, c'est qu'il appuie là où ça peut faire mal. En effet, Amazon a toujours justifié son implacable réussite par son obsession à satisfaire, non pas ses partenaires commerciaux, non pas ses salariés, non pas les États, mais la masse de ses clients finaux... nous autres, en somme.

On ne sait pas trop si cette responsabilité est une bonne nouvelle... ou si elle est l'aveu d'une terrible impuissance. Avant tout, la création d'une "charte de bonne conduite" peut faire sourire : est-ce que cela ne revient pas à proposer à de grands fauves de boire avec une paille et de manger avec un bavoir autours du cou ? On peut aussi craindre que le politique avoue ici que la régulation des appétits des géants du Net lui est devenue si difficile à contrer que seule notre conscience géo-politico-économique au moment de nous faire livrer un moule à gaufre peut faire barrage...

POUR ALLER PLUS LOIN :

> Aux Etats-Unis, Amazon va payer zéro dollar d'impôts

> « Au lieu de rendre la planète plus intelligente, Internet développe une sous-culture de la médiocrité. »

> Amazon ferme la totalité de ses pop-up stores

Béatrice Sutter - Le 25 mars 2019
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