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© South_agency par Getty Images

Affaire Griveaux : « tous les coups sont désormais permis... » ?

Le 14 févr. 2020

Après la révélation de la vidéo à caractère sexuel du candidat aux municipales de Paris, est-ce qu'on peut se mettre d'accord ? Le plus préoccupant dans cette affaire, ce ne sont pas les photos de la b...e de Benjamin.

Des ébats en guise de débats

Les amateurs de tendances le savent. Pour savoir ce qui deviendra tôt ou tard mainstream, il faut toujours regarder vers les USA ; du côté des pratiques sexuelles d’une part, et de la communication politique d’autre part. Une nouvelle fois, la preuve en est donnée avec l’affaire de la sextape du candidat démissionnaire à la Mairie de Paris, Benjamin Griveaux.

Petit rappel. Les sextapes, ce sont ces vidéos à caractère sexuel à priori destinées à un visionnage privé et qui, dans l’idée de nuire à l’un ou l’autre de leurs protagonistes - ou d’en assurer la promotion -, finissent par circuler sur Internet. La VHS avait lancé le mouvement. Avec leurs caméras embarquées, nos smartphones l'ont fait exploser.

Pour trouver l’origine du phénomène, il faut remonter aux années Pamela Anderson, à la fin du siècle dernier donc. La starlette de la série Alerte à Malibu avait alors mis volontairement en ligne les ébats de sa nuit de noce.

Nous étions en 1998 et tandis que Pamela obtenait la Une de la presse people, une autre affaire raflait celle de toute la sphère médiatique, et à l'international s'il vous plaît. Cette année-là, nous avons découvert le visage poupin de Monica Lewinsky et celui, décomposé, du président des États-Unis, Bill Clinton qui tentait de nous noyer dans ses arguties : est-ce que, oui ou non, une fellation est un acte sexuel, est-ce que sucer c’est tromper. Cette année-là déjà, les ébats avaient phagocyté les débats.

Pendant qu'on regarde des sextapes, qui vise la lune ?

Peut-on conclure que rien n’est nouveau sous le soleil, ni les sextapes, ni les hommes politiques pris la main dans le slip, et que circulez, il n’y a décidément rien à voir ?

Ce serait aller un peu vite en besogne. On pourrait plutôt envisager l’affaire Griveaux comme étant la version postmoderne d’un combo Pamela/Clinton.

D’abord, parce qu’elle propose en gros plan, et en action, la brutalité crue et cruelle des images que l’affaire Clinton nous avait épargnées. Cela nous a fait zapper toutes une série d’épisodes, celui de la vérification des faits par exemple. Cela emporte au passage les enquêtes qui prévalent généralement aux accusations : côté justice, comme côté médias. A présent, plus de quartier, on passe direct de la chasse à l'homme à l’échafaud.

Ensuite, parce que ce que vit Benjamin Griveaux ébranle nos propres pratiques. Avec Clinton et Pamela, on se disait que tout cela n'arrivait qu’aux grands de ce monde. À présent, on sent bien que le revenge porn peut frapper n’importe quand, et n’importe qui. On n'a pas encore vu apparaitre des t-shirts #jesuisbenjamin, mais bon... on est seulement au début de l'affaire. Dans la foulée, on se surprend même à l'auto-critique. Depuis le début de la campagne, les programmes de la municipale n'avait pas animé les débats autour de la machine à café. Et voilà qu'en une seule vidéo cochonne, tout le monde ne parle que de ça...

Mais on constate tout de même que notre rapport aux scandales s’est affiné. À force, la mécanique des sextapes nous parait moins mystérieuse. On sait qu'il y aura ceux qui y perdront, et ceux qui sortiront enrichis d'une belle notoriété. Donc, on cherche à qui profite le crime. Et on n'a pas à chercher bien loin.

On trouve d'un côté un artiste performeur russe débarqué en France en 2017, dont les faits d'armes se résument à l'incendie raté de la Banque de France et au clouage de ses testicules sur la Place Rouge. Et de l'autre, un député tweetophile compulsif, candidat déjà déclaré à la prochaine présidentielle - lui aussi en mal de présence médiatique. Un tableau franchement déprimant

Lors de l'annonce de la fin de sa candidature aux municipales, Benjamin Griveaux déclarait « les Parisiens méritent une campagne digne », et on devrait tous être OK pour dire qu'aucun coup électoral ne devrait voler aussi bas.

Béatrice Sutter - Le 14 févr. 2020
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  • Hé bien, moi qui adore l'ADN, cet édito est confondant de pauvreté. Résumer l'affaire Griveaux a une simple revenge porn ou à une fuite de sextape, c'est occulter complètement sa dimension politique, l'orchestration d'une mise à mort par l'humiliation et les récents développements autour du trio Branco/Pavlenski et sa compagne (et je dis ça en ne pouvant pas être plus éloignée de la politique de Griveaux et du gouvernement actuel ). On aurait clairement pu s'épargner les jeux de mots si subtils ("Benjamin Griveaux ébranle nos propres pratiques.") auquel l'éditorialiste n'a pas su résister, nouveau coup bas sous la ceinture, qui se fait complice par le plaisir narquois du jeu de mot graveleux de cette opération commando contre un candidat, vraiment inquiétante pour une démocratie. Bref, pitié l'ADN, nous valons mieux que ça, vous valez mieux que ça.