Portrait de Xavier Cazard, fondateur de la Maison de la Conversation et co-fondateur de l'agence Entrecom

Portrait de Xavier de Cazard
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L’ADN Le Shift est le collectif de L’ADN, son prolongement humain. Il est né d’une volonté de faire naître d’authentiques conversations, de créer des relations durables et de nous donner les moyens d'agir ensemble. Ses membres veulent penser, encourager et écrire collectivement le grand récit de la transition écologique. Avec ces portraits, nous leur donnons la parole.

 

Notre société n'a jamais été aussi fragmentée, éclatée en blocs irréconciliables, déchirée entre des opinions et des visions contraires que rien ne semble pouvoir réconcilier. À l'heure des réseaux sociaux triomphants et des métavers, il semble plus que jamais nécessaire de retisser du lien entre les individus. C'est exactement ce que Xavier Cazard compte faire avec un tiers-lieu qui met la conversation à l'honneur. 

 

Il a l'expérience des mots et l'intelligence du dialogue. Xavier Cazard, 57 ans, chevelure blanche, voix posée, dynamisme chevillé au corps, a d'abord été journaliste avant de co-fonder avec Stéphane Villey l'agence de communication Entrecom. Animé par le souci d'être utile, il a décidé de devenir entrepreneur social. Son idée ? Rendre à la conversation ses lettres de noblesse et en faire le pivot du dialogue entre les individus afin de ressouder la société et de la faire évoluer dans le bon sens. Pour y parvenir, il a créé, à Paris, la Maison de la Conversation. À l'heure des réseaux sociaux triomphants et du communautarisme, cette démarche est forcément prometteuse.

 

En quoi consiste votre projet ?  

Xavier Cazard : C'est un tiers-lieu d'innovation sociale qui a pour but de créer du lien. C'est ce que nous essayons de faire avec les habitants du quartier où nous sommes installés, dans le 18ème arrondissement, un QPV (quartier prioritaire de la ville) situé entre le boulevard Ney et la porte de Montmartre. Nous sommes collés contre le mur du périphérique, avec Saint-Ouen juste derrière. C'est une zone frontière au nord de Paris. Pour autant, c'est un quartier magnifique. Il y a beaucoup d'énergie, mais aussi beaucoup de pauvreté.

Nous voulons faire en sorte que les gens, les associations, les collectivités, les entreprises puissent se rencontrer. La Maison de la Conversation est une safe place ouverte gratuitement à toutes et à tous, et qui propose des évènements autour de thématiques sociales, culturelles et scientifiques. Notre programmation, co-conçue avec les associations locales, est bâtie autour de formats attrayants qui donnent envie d’engager et de s’engager dans la conversation. Nous voulons leur apprendre à utiliser cet outil qui est basé sur l'écoute et sur l'échange. Pour cela, nous avons la chance d'avoir cette maison, grande, lumineuse, accueillante, où chacun peut se sentir à l'aise et que nous partageons avec Nova et les Inrocks.

 

Justement , quelle est votre définition de la conversation? 

X. C. : C'est un dispositif convivial, inclusif et utile, au sein duquel tout le monde est à égalité, et où tout le monde peut prendre la parole en respectant et en écoutant ce que dit l'autre. À chaque endroit d'une conversation, il est possible de s'enrichir. C'est un échange qui est basé sur la créativité et la sérendipité. Ce n'est pas forcément un exercice de consensus mais un moment où les idées peuvent se confronter pour enrichir les points de vue de chacun.

Au départ, les participants ne savent pas forcément avec qui ils vont parler, ni de quoi ils vont parler. Pourtant, à un moment donné, il se crée quelque chose qui vient de l'ensemble des personnes. La conversation est, par essence, transcendantale. C'est un outil qui permet, quand on ne sait plus quoi faire et qu'on ne sait plus où on va, de débloquer la situation et d'ouvrir de nouvelles portes. La conversation permet de manager l’incertitude, un sujet actuel.

 

Recréer du lien entre les individus est-il essentiel pour améliorer la société ?

X. C. : Ce qui m'inquiète avec les réseaux sociaux et les projets de métavers, c'est que ce sont des lieux où les individus se désincarnent de plus en plus. Nous allons finir par devenir l'image de l'image de nous-mêmes. C'est l'expression encore un peu plus concrète de ce que prophétisait Guy Debord dans « La société du spectacle », c'est-à-dire une société qui n'a plus de racines, où l'on regarde celui qui regarde. Cela fait des années que les lanceurs d'alerte parlent de l'algorithme qui enferme les individus dans leur propre communauté et qui par rebond confondent altérité et agression. Une conversation, c'est tout l'inverse.

Notre objectif est de concevoir de nouveaux formats d'échanges, de les expérimenter et de les promouvoir afin de produire des communs qui seront utiles au quotidien et qui renforceront le lien entre les individus et leur incarnation dans la société.

Notre stratégie est de le faire d'abord à la hauteur du quartier avec chaque habitant et le tissu associatif.

Les prochaines élections présidentielles approchent, avec la difficulté pour notre système démocratique de rester crédible auprès des jeunes. Au-delà de la représentation politique, le vrai sujet est d'arriver à faire société, tous ensemble et à nouveau.

 

Vos futurs projets ?  

X. C. : Au mois d'octobre, 340 personnes sont venues assister aux différents ateliers que nous organisons. Nous allons bientôt lancer le « café de la conversation ». Nous voulons faire en sorte que ce tiers-lieu trouve à la fois son public et son rythme. En 2022, notre grande thématique sera la citoyenneté. Nous allons lancer le programme « Une saison citoyenne : six mois pour trouver sa voix » avec des actions concrètes, des rencontres, des débats et des exemples venant de différents pays. La conversation, c'est aussi un format de gouvernance. C'est la racine de la démocratie.

Nous aimerions également décliner notre concept dans d'autres villes, avec d'autres types de dispositifs. Nos contenus peuvent prendre forme dans la rue, ou dans beaucoup d'autres endroits. Après la pandémie et les confinements, la seule idée de rentrer en conversation apporte un réconfort.

 

Pour en savoir plus sur L’ADN Le Shift et rejoindre le collectif, rendez-vous sur notre site.

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