Portrait de Christine Echelard, DGA Ressources en charge des Transformations Digitales et Humaines de la Région Normandie

Christine Echelard est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.
Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?
C.E. : Passionnée par l'innovation, l'accompagnement humain du changement, l'intégration des diversités, j'ai exercé dans des secteurs d'activités variés, le logement social et la rénovation urbaine, la santé, la petite enfance, les ressources humaines, et la transformation territoriale.
Manager depuis 34 ans, j'ai la certitude qu'aucune adaptation ne s'ancre dans la durée sans le respect de toutes les diversités et compétences.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?
C.E. : Nous entrons dans une ère qui peut susciter beaucoup d'inquiétudes notamment auprès des plus jeunes, et je souhaite continuer à agir pour que chacun puisse trouver sa juste place dans un monde où la défiance a pris le pas sur le lien. Remettre l'humain au coeur de toutes les transitions est mon fil conducteur au quotidien.
Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?
C.E. : Une des figures qui a été un des marqueurs de mon parcours de vie, a été celle de Benazir Bhutto, femme politique engagée, qui m'a montré que les femmes pouvaient choisir leur destin quelles que soient leurs origines et contexte de vie et que la vraie liberté était celle de choisir.
Et un livre qui m'a fait comprendre qui j'étais après des années de questionnements "trop intelligent pour être heureux" de Jeanne Siaud Facchin, titre provocateur s'il en est, mais qui montre la pluralité des visions du monde et comment chacun devrait s'enrichir de ces différences.
Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné·e ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?
C.E. : Un livre que j'ai récemment lu " le corps n'oublie rien" de Bessel Van der Kolk qui rappelle que le cerveau, l'esprit, le corps sont indissociables, vision importante pour quelqu'un de trop cérébral;
Et un livre transformé en film que beaucoup connaissent déjà "la servante écarlate", une claque sur la fragilité du statut des femmes dans un monde de crises.
Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?
C.E. : Je pense que paradoxalement c'est la place du travail dans la vie humaine qui va être un des marqueurs fort des 10 ans à venir: bien sur l'impact de l'IA, mais aussi les conséquences du changement climatique sur la disponibilité des espaces et du temps d'activités, le vieillissement de la population et la baisse des actifs, vont de manière cumulée donner tout leur sens aux questions de l'intégration de toutes les diversités ( handicap, neuroathypies, seniorité, femmes, jeunes..) pour continuer à garantir la productivité. Et puis le retour de l'importance du lien, de la co construction, de la mise en réseau des acteurs économiques et publics alors que les ressources financières publiques vont s'amenuiser : construire de nouveaux partenariats et redonner tout son sens à la notion de mission et de bien commun.
Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier·e ?
C.E. : Le projet professionnel qui a été mon coup de coeur ces dernières années a été d'engager ma structure dans une démarche de prévention santé au travail dés 2018, bien avant le covid, pour faire de la prévention un marqueur fort de transformation en lien avec la norme québécoise " entreprise en santé" dont l'objectif principal est de faire des salariés et des employeurs des partenaires pour améliorer les conditions de travail. Depuis les périodes de pandémie notamment ont fait comprendre l'importance de ce sujet aux employeurs mais il reste beaucoup de chemin à parcourir et surtout ancrer cette vision dans la durée. Les attentes fortes des jeunes générations et le maintien dans l'emploi des seniors et aussi les changements climatiques et leurs impacts sur le travail, seront surement des vecteurs de pérennisation de ces approches.
Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?
C.E. : J'aime bien suivre les sujets de prospective quel que soit le domaine même sans lien direct avec mon secteur d'activités, et aussi identifier des signaux faibles au travers d'échanges professionnels ou personnels notamment avec un regard sur ce que font les autres pays. La curiosité est une des principales compétences à entretenir pour s'adapter et sortir de ses certitudes et zones de confort.
Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?
C.E. : J'ai découvert récemment la notion de Bienveilleurs en entreprise initiée en France par le docteur Philippe Rodet, et je trouve cette approche complémentaire avec la vision d'une entreprise en santé. Former en proximité des salariés qui sont attentifs et accompagnent les périodes de difficultés de leurs collègues, c'est une vision profondément humaniste et efficiente en terme de productivité aussi; Le monde du travail peut parfaitement concilier respect et résultats.
Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?
C.E. : J'ai souhaité m'engager dans ce réseau qui offre il me semble plusieurs valeurs auxquelles je suis attachées : l'accueil des différences, de parcours, de compétences, d'expériences, et également la recherche d'une certaine compréhension du monde, de questionnements, de recherche collective de solutions. J'y trouve une vision plutôt optimiste de l'avenir même si les difficultés ne sont pas édulcorées, un espace de réflexion différent et un peu disruptif comme je les aime. Je souhaitais aussi apporter la vision pragmatique d'un cadre de direction issu du monde ouvrier, et provincial qui a eu la chance de connaitre en plus de 30 ans des milliers de salariés sur des centaines de métiers différents et la réalité du travail de terrain et des attentes des clients ou usagers.
Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?
C.E. : Mon utopie première restera celle de permettre enfin aux femmes de prendre toute leur juste place au sein de la société et du monde du travail : en 35 ans les évolutions n'ont pas encore été à la mesure de mes rêves. Le 2 ème sujet fondamental pour moi reste et restera l'intégration des personnes dites différentes : la normalité est réductrice de la richesse et force qu'ils représentent et dont on se prive : les bouleversements sociétaux qui arrivent seront peut être un vecteur d'intégration.
Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?
C.E. : "Continuer à danser sous la pluie"
Quelque soit les obstacles, les imprévus, les crises, les égoïsmes, les violences, la vie est un immense cadeau et un risque à prendre avec envies.
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