Pierre Raffard, Maître de conférence et chercheur à ILERI et à l'École Supérieure de Commerce et Développement 3A

portrait d'homme
© DR

Pierre Raffard est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.

L'ADN Le Shift est né de la volonté de vous inviter à vivre ce que nous vivons en tant que média. 

 

 

 

Qui êtes-vous ? Quelques mots sur votre parcours

P.R. : Je suis géographe/géopoliticien spécialiste des questions alimentaires. Mon parcours est assez classique. Après une thèse en géographie à la Sorbonne, j’ai travaillé plusieurs années en Turquie où j’ai enseigné les food studies. Après la tentative de coup d’Etat de 2016, j’ai fait le choix de revenir en France où je partage désormais mes activités entre enseignement, recherche et, dans le cadre de ma société Kereviz, accompagnement d’entreprises innovantes. Le tout en lien avec l’alimentation, il en va sans dire.

 

3 dates qui ont provoqué votre déclic climatique  

P.R. :

  • 2015: Avec des collègues turcs, nous avons mené une étude sur les conséquences de la pollution de la rivière Meles qui coule à Izmir. Puanteur, développement de parasites de toutes sortes, maladies endémiques chez les populations pauvres prélevant l’eau de la rivière pour leurs besoins quotidiens, les enjeux environnementaux n’étaient plus une simple abstraction, mais bien une réalité tangible et trop concrète.
  • Juillet 2020: lors de mes vacances à Bormes les Mimosas dans le Var, d’importants incendies se sont déclarés, faisant partir en fumée des centaines d’hectares de garrigue et rendant obligatoire l’évacuation de milliers de personnes. Ces incendies sont-ils liés au réchauffement climatique ? Je ne sais pas. Toutefois, la transformation en moins de 48h d’une agréable station balnéaire en refuge de populations apeurées et angoissées m’a fait prendre conscience que les tragiques images de populations frappées de catastrophes climatiques ne concernaient pas que des régions situées à plusieurs milliers de kilomètres de nous.
  • Depuis plus de 15 ans, enfin, les discussions que j’ai avec des agriculteurs, des éleveurs et des paysans, en France comme en Turquie, m’expliquant comment le changement climatique modifie en profondeur leur vie et leur travail quotidiens.

 

Les 3 romans, essais, bd, film, série, documentaires… qui vous ont retourné

P.R. :

  • Abbés de Pierre Michon pour la capacité à exprimer en moins de 100 pages tous les questionnements de la condition humaine.
  • Alexis Zorba de Níkos Kazantzákis pour la capacité à exprimer en beaucoup plus de 100 pages tous les questionnements de la condition humaine.
  • Melancholia de Lars von Trier parce qu’en matière de cinéma, on fait difficilement mieux que Lars von Trier…

L’engagement que vous avez réussi à tenir ?

P.R. :  Etant plus jeune, je m’étais juré de ne jamais m’enfermer dans une zone de confort et de tenter de découvrir en permanence de nouveaux territoires, géographiques comme intellectuels. Je crois que jusqu’à maintenant, l’engagement est tenu !

 

La résolution que vous avez du mal à mettre en place (mais vous ne désespérez pas) ?

P.R. :  Terminer mon prochain livre sur la géopolitique du vin !

Vos 3 secrets pour soigner votre solastalgie ?  

P.R. :

  • La solution certainement la plus simple, mais aussi la moins glorieuse, est de pratiquer la politique de l’autruche : se déconnecter des réseaux, ne plus lire la presse et prendre ses distances avec l’omniprésence d’informations anxiogènes.
  • Ceci étant dit, j’essaye de combattre mes penchants solastalgiques en rencontrant et en interviewant celles et ceux qui, au quotidien, s’attachent à apporter des réponses concrètes aux enjeux globaux. A ce titre, le monde agricole et alimentaire est un laboratoire fascinant d’initiatives qui aident à penser la transition vers un monde plus durable, plus juste et plus résilient.
  • Enfin, questionner les discours eschatologiques actuels en les replaçant dans une perspective historique longue. Oui, la crise environnementale est une réalité incontestable. Oui, les sociétés humaines sont responsables de la situation actuelle. L’histoire de l’humanité nous montre toutefois que les hommes ont depuis des millénaires mis en place des stratégies d’adaptation pour contrer les catastrophes, naturelles ou non, qui les frappaient. Pourquoi les sociétés contemporaines ne pourraient-elles pas en faire de même aujourd’hui et demain ?

La solution ou la personnalité qui vous a le plus inspirée ?

P.R. :  Depuis plusieurs années, je suis avec attention le travail d’une cheffe turque, Ebru Baybara Demir, qui a mis en place un ambitieux projet de développement dans la région de Diyarbakır visant à lutter contre le gaspillage alimentaire tout en permettant aux femmes de la région d’accéder au monde de travail en se formant aux métiers de la restauration. Je suis intimement persuadé que le changement global se fera « par le bas », c’est-à-dire par la multiplication des initiatives locales. Le travail d’Ebru va dans ce sens et mérite de susciter des vocations !

 

Vos raisons d’espérer ?  

P.R. : Les étudiants que j’ai chaque jour ou presque devant moi. On entend beaucoup dire que les nouvelles générations ne vivent que dans l’instant, sont aliénées à la technologie et donc incapables de prendre de la hauteur. Peut-être suis-je un enseignant chanceux, mais les discussions et les échanges que j’ai régulièrement avec mes étudiants me montrent au contraire qu’une partie non-négligeable d’entre eux est pleinement consciente des enjeux actuels et futurs et fait tout pour se donner les moyens d’y apporter des réponses fortes, concrètes et durables.

 

Vos projets pour ces prochaines années ?

P.R. :  Entre vie personnelle, activités de chercheur et d’entrepreneur, les projets ne manquent pas ! Un projet me tient toutefois particulièrement à cœur, celui du parcours de formation que nous montons actuellement à Bordeaux avec mes collègues de l’Institut d’Etudes des Relations Internationales (ILERI). Intitulé « Relations Internationales et Gouvernance Agro-alimentaire », ce programme ambitionne de former des spécialistes et des experts capables de comprendre et d’agir sur les grands enjeux agricoles et alimentaires présents et futurs. A l’heure où le fonctionnement du système alimentaire global pose plus de questions qu’il n’apporte de réponse, quel plus beau projet que de participer à la formation intellectuelle et opérationnelle de celles et ceux qui seront en capacité de prendre les bonnes décisions dans les années à venir ?

 

Si vous deviez résumer votre raison d’être ?

P.R. :  Tenter chaque jour d’être un peu moins bête que le précédent.

 

 

 

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