livre des tendances 2026
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    Pierre Raffard, géographe et présentateur de l'émission Voyage en Cuisine sur Arte

    portrait d'homme
    © DR

    Pierre Raffard est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.

    Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… Quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?

    P.R. : L'alimentation et la cuisine bien sûr ! Ma première vie a été celle d'universitaire travaillant sur la dimension géographique et géopolitique de l'alimentation. À cette première casquette s'en est progressivement ajoutée une deuxième de consultant, accompagnant différents acteurs agroalimentaires dans leurs stratégies d'innovation. Enfin, jamais deux sans trois, je suis devenu par un très heureux hasard présentateur de l'émission quotidienne Voyage en cuisine sur Arte qui s’attache à lire le monde à travers le contenu de nos verres et nos assiettes. La boucle est pour l'instant bouclée !

    Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?

    P.R. : En bon géographe qui se respecte, mon moteur principal est d’explorer de nouveaux territoires. Des lieux et des régions inconnus, certes, mais aussi des objets et des terrains d’expression différents. Certains amis et collègues me reprochent parfois de papillonner, je préfère dire que j’aime sortir de « mes » sentiers battus.

    Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?

    P.R. : Une fois ma thèse de doctorat soutenue, j’ai vécu plusieurs années en Turquie, un pays à la fois très proche et très lointain. Cette expérience au long cours a été fondatrice sur un plan personnel comme professionnel, puisqu’elle m’a obligé à décentrer le regard, à penser et vivre « comme un Turc » et à interroger le bien-fondé de certains réflexes, de certaines constructions intellectuelles. Une expérience géographique grandeur nature !

    Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné, ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?

    P.R. : Mes amis ne le savent que trop bien, l’œuvre de Níkos Kazantzákis trône tout en haut de mon panthéon artistique personnel. Qu’il s’agisse de ses romans ou de ses essais (notamment Ascèse), ses textes parviennent à mettre en mots des réflexions, des sensations, des préoccupations intimes que je serais bien incapable d’exprimer moi-même. Côté cinéma, je suis un admirateur de la radicalité artistique de réalisateurs comme Pavel Lounguine ou Nuri Bilge Ceylan.

    Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?

    P.R. : L’alimentation et la cuisine sont des laboratoires d’observation fascinants où s’expriment nombre d'évolutions globales que connaissent nos sociétés. Puisqu’il faut restreindre le choix, je dirais tout d’abord l’individualisation. Pendant des millénaires, manger a permis de créer du collectif, de s’intégrer à un groupe social donné. Aujourd’hui en Occident, nous assistons à un basculement : manger devient de plus en plus un moyen de s’affirmer en tant qu’individu, tel qu’on est ou tel qu’on voudrait être. Avec tous les bouleversements anthropologiques, sociaux, politiques, commerciaux que suppose un tel changement de paradigme.
    La seconde mutation est sans nul doute l’accélération des dynamiques alimentaires contemporaines. La mondialisation de nos assiettes comme des marchés agricoles n’a jamais été aussi avancée, les process évoluent à vitesse grand V. Comme dans d’autres secteurs, c’est désormais l’instantanéité qui prévaut. Là encore, il s’agit d’une révolution pour les mondes agricoles et alimentaires qui, structurellement, se sont construits sur le temps long.

    Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier·e ?

    P.R. : La présentation de l’émission quotidienne Voyage en cuisine sur Arte est une magnifique reconnaissance pour ma discipline. Montrer la dimension historique, économique, culturelle et géopolitique de nos assiettes, dévoiler le dessous des tables à des centaines de milliers de spectateurs, existe-t-il plus belle récompense pour un géographe de l’alimentation ?

    Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?

    P.R. : Le fait d’avoir plusieurs casquettes professionnelles m’amène à côtoyer des personnes aux profils radicalement différents. Quand, dans une même semaine, vous êtes amené à échanger avec un éleveur du Massif central, un directeur marketing turc, un dirigeant de PME breton et un journaliste culturel parisien, vous vous nourrissez d’expériences multiples. Autant d’expériences qui se répondent et permettent de créer des correspondances insoupçonnées et donc des méthodologies transverses.

    Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?

    P.R. : Il y a des centaines de textes et d’auteurs qui ont participé et participent à façonner ma manière de voir le monde. Toutefois, je me suis récemment plongé dans les travaux du chercheur américain Fred Turner sur l’histoire et l’idéologie de la Silicon Valley. À cheval entre histoire des idées, monographie sectorielle et tableau politique de nos sociétés hyperconnectées, ses ouvrages sont, qu’on s’intéresse ou non aux enjeux technologiques, d’utilité.

    Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?

    P.R. : J’aime l’esprit de conversation qui anime le Shift. Et ce, même autour de sujets a priori très éloignés de mes centres d’intérêt. À une époque où la nuance est bien souvent mise de côté, les rencontres du Shift sont un grand bol d’air frais… dont on ressort néanmoins avec plus de questions que de réponses !

    Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?

    P.R. : Continuer mes cheminements, explorer de nouveaux territoires, me frotter à des franges jusqu’à présent inconnues et espérer que mes infimes réalisations suscitent la curiosité chez d’autres personnes.

    Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?

    P.R. : « Il m'est odieux de suivre autant que de guider » Nietzsche, Le Gai Savoir.

     

     

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    commentaires

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    1. Avatar Anonyme dit :

      Bonjour. Qu'est ce que Kereviz ? Merci !

    2. Avatar Geneviève Jeysy dit :

      Je viens de vous découvrir sur Arte. Et j'apprécie aussi bien les reportages que vos qualités de "conteur". Un vrai plaisir.

    3. Avatar Anonyme dit :

      Pierre Raffard représente ce qu'il y a de meilleur à la télévision. Érudition, diction, qualité des sujets.

    4. Avatar Caroline dit :

      Quel plaisir de vous ecouter chaque soir ou presque.. voyage et recettes interessantes!
      Merci,

    5. Avatar Bonmarchand dit :

      Merci Mr Raffard pour votre émission. De superbes reportages du monde entier à travers la cuisine,l'histoire et la géographie. Bonne continuation à vous

    6. Avatar Anonyme dit :

      Vielen Dank Herr Raffard für Ihre ausgezeichneten Fernsehsendungen auf Arte. ein Genuss!

    7. Avatar Rousseau dit :

      Merci pour vos beaux reportages sur les différentes approches de la gastronomie. C’est très intéressant de voir l’ingéniosité des cuisiniers pour se servir de ce qui pousse chez eux pour préparer d’excellents repas
      Et leur implication dans la gestion des déchets

    8. Avatar Anonyme dit :

      Bonjour, Merci pour cette belle émission. J'ai regardé aujourd'hui le reportage sur Madère et la recette de sabre noír. Je voulais vous dire qu'en 1966 (j'avais 12 ans), j'ai mangé du poisson accompagné de bananes cuites dans un hôtel en Angola. Ce fut tellement bon que par la suite nous avons souvent mangé le poisson de cette façon.

    9. Avatar Artus-Leger michelle dit :

      Tous les jours je vous regarde et suis avec un grand plaisir vos commentaires et les bonnes recettes que vous proposez. Mais aussi et surtout votre élégance vestimentaire et votre carisme un vrai plaisir surtout ne changez rien.

    10. Avatar Maryse dit :

      Merci beaucoup pour votre émission : Voyage en cuisine
      un grand plaisir de la regarder,
      Je lui trouve que des qualités,
      ce n’est pas qu 1 emission de cuisine,mais aussi de voyage.
      On découvre des lieux,des aliments,des gens et de
      délicieuses recettes (inscrites sur Arte), reportages de qualité et bonne humeur des journalistes.
      Merci pour votre grand sourire et votre élégance

    11. Avatar Elisabeth dit :

      Bonjour.J'adore votre émission. Le voyage est toujours lié à la cuisine, et l'histoire en plus, quel plaisir. Je possède un livre ancien de cuisine autour du monde, que j'aimerais vous offrir, Monsieur Raffard car je pense qu'il ne pourrait pas être entre de meilleurs mains.Comment puis-je faire ?
      Merci pour votre réponse. Et continuez de nous faire voyager et rêver.

    12. Avatar Anonyme dit :

      J'ai un grand plaisir à suivre ses émissions. Je suis amoureux de lui.

    13. Avatar Anonyme dit :

      Je trouve « voyage en cuisine » très bien , on y apprend beaucoup de choses, mais je trouve l’animateur légèrement pédant et il reprend les choses avancées par ces enquêteurs avec un certain mépris, une certaine condescendance. C’est vraiment dommage.

    14. Avatar Aurélie-Jeanne Bréton dit :

      Très agréable à écouter ce monsieur dont on devine l'érudition, la clarté, la passion de son sujet. Très agréable présentateur, je lui souhaite beaucoup de succès et d'audience.

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