Marine Schenfele, Directrice RSE Europe chez Canal+

Marine Schenfele est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.
Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?
M.S. : Mon parcours m’a conduite dans des univers très différents : j’ai commencé dans l’audit financier, puis l’audit interne, le contrôle de gestion, la conformité, avant de me tourner vers les sujets de RSE, avec plus récemment le lancement de la Fondation CANAL+.
Avec le recul, je crois que le fil rouge est la curiosité. J’ai toujours aimé apprendre, découvrir de nouveaux univers et comprendre comment les systèmes fonctionnent. Je prends beaucoup de plaisir à entrer dans des sujets que je ne maîtrise pas encore, à en comprendre les rouages et à trouver ma place pour contribuer à les faire évoluer.
J’ai aussi besoin de me sentir utile. Trouver ma place dans une aventure collective, apporter ma pierre à l’édifice, contribuer à faire avancer les choses. C’est probablement ce qui relie toutes les étapes de mon parcours.
J’y retrouve aussi certaines aspirations d’enfance. Petite, j’ai rêvé d’être actrice et j’ai pratiqué le théâtre. Aujourd’hui, je travaille dans un groupe de création et de médias. Et à travers la RSE et la Fondation, j’y ai retrouvé une forme d’engagement pour l’intérêt général, sans doute héritée de mes parents enseignants. Le fait d’avoir grandi à La Réunion n’y est sans doute pas étranger non plus. Cette expérience de la diversité culturelle m’a durablement convaincue qu’elle est une richesse et une force lorsqu’elle s’inscrit dans un horizon commun.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?
M.S. : Comprendre notre époque. J’ai une grande curiosité pour les mécanismes qui façonnent nos sociétés, à petite comme à grande échelle. Bien qu’il dépasse largement mon champ d’expertise, c’est un sujet qui me fascine. Comment évoluent nos imaginaires collectifs ? Pourquoi certaines idées s’imposent-elles ? Pourquoi certaines peurs émergent-elles, quand d’autres disparaissent ? Qu’est-ce qui nous relie et permet à une société de tenir dans le temps ?
Je suis convaincue que les récits jouent un rôle fondamental dans ces questions. Ils ne changent pas le monde à eux seuls, mais ils influencent la manière dont nous le regardons et préparent l’avenir en nous permettant de l’imaginer. Chercher à saisir cette mécanique pour la mettre au service d’un impact positif est un sujet passionnant.
Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?
M.S. : Comme beaucoup de parents, la naissance de mes enfants a profondément changé mon rapport à ma propre place. Elle m’a obligée à me projeter davantage, à regarder le monde avec un horizon plus long et à me sentir responsable de ce qui les entourera demain. Cela rend à la fois plus exigeant et plus constructif.
Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné·e ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?
M.S. : Je suis particulièrement touchée par les récits qui racontent les grands bouleversements de l’Histoire à travers des destins individuels.
Récemment, j’ai beaucoup aimé Idiss, la bande dessinée adaptée du récit de Robert Badinter sur sa grand-mère. J’ai également été marquée par La Bombe, qui parvient à raconter un événement historique vertigineux à travers une narration profondément humaine.
Et puis, dans un autre registre, Le Premier Homme de Camus par sa langue magnifique et son regard sur la puissance de la transmission et de l'ouverture culturelle dans la construction d'un individu en quête de lui-même.
Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?
M.S. : L’arrivée de l’intelligence artificielle est évidemment la transformation actuellement la plus spectaculaire. L’enjeu n’est pas seulement technologique mais aussi culturel et sociétal.
Cela pose en particulier la question de la place que nous saurons préserver pour la création humaine. Comment continuer à faire émerger de nouveaux talents ? Quelle place voulons-nous dans le processus créatif ? Quelles expériences humaines resteront indispensables à la création ?
Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier·e ?
M.S. : Un projet collectif chez CANAL+ qui me touche beaucoup est par exemple la création d'une formation à l’écriture sérielle et aux nouvelles écritures avec la CinéFabrique, une école gratuite de Cinéma qui s’attache à faire émerger des talents venus d’horizons très différents.
Dans un secteur où les voies d’entrée ne sont pas toujours bien lisibles, notre ambition est d'ouvrir les portes à des profils qui n'ont pas toujours les réseaux ou les références attendues. Je crois profondément que le renouvellement des récits passe aussi par le renouvellement de celles et ceux qui les écrivent.
Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?
M.S. : Je crois beaucoup à l’apport croisé des points de vue, des pratiques, des expériences. Les idées les plus intéressantes émergent rarement dans des environnements homogènes et fermés, et je m’y sens vite à l’étroit.
Il me semble que la curiosité, comme la créativité, se développent lorsqu’on les partage.
Dans un temps très contraint, j’essaie donc de préserver un espace pour les occasions de rencontre.
Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?
M.S. : Je suis profondément marquée par la génération qui a contribué à construire l’Europe et les institutions de l’après-guerre. L’engagement de personnalités comme Simone Veil, Robert Badinter ou Jacques Delors incarne à mes yeux une réalité cruciale : la paix, le droit et la liberté ne sont jamais acquis et doivent être protégés et construits patiemment.
Je suis très inspirée par ce que je perçois de la force de leurs convictions, et surtout de leur capacité à les traduire en réalisations concrètes, alliant une grande vision au sens du compromis, de l’action et du temps long.
À une époque où l’on parle beaucoup de rupture, où l’on valorise la vitesse et les résultats immédiats, je reste très attachée à cette idée que les transformations les plus durables se construisent collectivement, pas à pas.
Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?
M.S. : J’y cherche avant tout une qualité de regard, mais aussi un espace d’échange et d’ouverture.
Nous vivons dans une époque saturée d’informations, où la mise en perspective est plus précieuse que jamais.
J’apprécie d’y trouver des personnes capables d’identifier les tendances de fond tout en restant connectées aux réalités concrètes du terrain.
Et j’espère pouvoir apporter en retour un regard sur le rôle de la culture, des médias et des récits dans les grandes transformations contemporaines.
Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?
M.S. : J’aimerais contribuer à renforcer le rôle de la culture comme un sujet de cohésion sociale et de citoyenneté.
On parle souvent de l’accès à la culture comme d’un enjeu d’égalité. C’est vrai. Mais c’est aussi un enjeu de construction du commun. Les œuvres, les histoires et les imaginaires partagés participent à fabriquer ce qui nous relie. Ils constituent aussi, à mes yeux, une infrastructure invisible de la vie collective.
Dans des sociétés de plus en plus fragmentées, cette fonction me paraît essentielle.
Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?
M.S. : Comprendre le monde pour mieux contribuer à le relier.
Vivez des expériences imaginées par L’ADN, et construisez votre réseau d’acteurs du changement.
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