François-Charles Rouyer, Fondateur et directeur de création ArtSkills.fr

François-Charles Rouyer est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.
Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?
F.R. : L’éclectisme est ce qui me vient spontanément. J’ai étudié le graphisme et la communication visuelle aux Arts décoratifs de Paris (ENSAD). Après quelques années en indépendant puis en agence, je me suis aperçu que j’étais encore plus attiré (et inspiré) par le potentiel d’évocation des mots que par celui des images. La musique occupe également une grande place dans ma vie, depuis plus de quarante ans. C’est sans doute pour cela que le mélange des images, des messages et du rythme fait de la vidéo mon support de création privilégié depuis quelques années.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?
F.R. : Depuis l’enfance, mon moteur principal est l’émerveillement. Il se renouvelle chaque matin et sa source la plus féconde est la nature, en particulier le Vivant. La nature est aussi au cœur de mes préoccupations car les activités humaines et nos modes de vie provoquent des changements profonds et ont des effets néfastes sur l’air, l’eau, les sols, la biodiversité…
Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?
F.R. : Au milieu des années 90, j’ai rencontré à Paris une jeune femme yougoslave. Je suis allé vivre à Belgrade, qui n’était pas la destination la plus populaire à cette période. Je dis yougoslave à dessein car celle avec qui je partage ma vie depuis 30 ans est un pur produit de ce pays qui n’existe plus. Son père était né dans un pays qu’on appelle maintenant Macédoine du Nord et sa mère est serbe. Cette expérience belgradoise sous Milošević et les années qui ont suivi ont changé beaucoup de choses dans ma façon d’envisager la vie, les relations interpersonnelles, l’accès à l’information… Surtout, les conflits qui ont agité cette magnifique région européenne pendant une dizaine d’années sont pour moi un parfait exemple des dangers liés à l’instrumentalisation politique des divisions basées sur des critères religieux ou ethniques.
Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné·e ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?
F.R. : Dernièrement, j’ai vraiment aimé « La chair du monde » un livre d’entretiens de Jean-Marc Rochette avec Adrien Rivierre. Je suis en complète résonance avec le rapport à la nature qui y est évoqué. Ma « bande-son » préférée du moment est une ballade intitulée « Soul eyes » dans la version de John Coltrane. C’est aussi un des morceaux que je préfère interpréter…
Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?
F.R. : L’influence croissante des algorithmes et la démocratisation de l’usage de l’IA sont certainement les tendances qui impactent le plus la communication en général et digitale en particulier. Elles nous obligent à être toujours plus inventifs pour émerger au milieu de cet océan de contenus « passables » qui ont pour seul but de capter notre attention et générer des revenus publicitaires.
Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier·e ?
F.R. : Dans quelques semaines sortira un EP intitulé « Le juste chemin » de mon ami Pascal Morand. Il rassemble pas mal de choses que j’aime faire et de facettes de mon travail. Ce disque est un travail de groupe avec Pascal, auteur-compositeur et tous les autres musiciens (7). En plus de mon rôle de saxophoniste, j’ai assuré la direction musicale du projet, j’ai également créé le visuel de la pochette et je réalise les vidéos qui accompagnent les titres…
Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?
F.R. : Cela dépend des jours. Le fil conducteur est une forme d’apprentissage permanent. J’aime découvrir de nouveaux secteurs d’activité et des métiers qui me sont inconnus, rentrer assez profondément dans les aspects techniques liés à ces métiers. En musique, je travaille en ce moment sur différentes approches théoriques de l’improvisation pour enrichir ma pratique instinctive basée sur le développement de l’oreille.
Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?
F.R. : Je suis un grand fan des aventures de Dilbert, le personnage geek créé par Scott Adams. Ce portrait du monde du travail réussit la prouesse d’être à la fois complètement absurde et très fidèle à la réalité. Scott Adams décrit finement les interactions, les enjeux, les ambitions, les rapports de force, la hiérarchie… Et, bien avant l’arrivée de l’IA, il pose la question de l’utilité de notre travail.
Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?
F.R. : Cela fait quelques années que je suis membre et pourtant, chaque réunion, chaque événement est une nouvelle occasion d’apprendre quelque chose, de découvrir une autre façon d’aborder un sujet. C’est une grande source d’inspiration, de réflexion, à la fois par la qualité des analyses issues de la rédaction, le choix des intervenants et évidemment la diversité des profils qui constituent notre groupe. J’aime également le fait qu’il n’y ait pas de séparation entre la pratique artistique et une analyse plus « socio-économique » de notre monde, entre l’instinct, la sensibilité et une vision plus cartésienne.
Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?
F.R. : J’ai créé ArtSkills en 2022 pour mettre mon savoir-faire au service de la transition sociale et environnementale. Je n’ai pas changé de métier, j’en ai changé la finalité. Mon but n’est pas de faire vendre toujours plus de nouveaux appareils ou de services mais de mettre en avant et en valeur les entreprises et les initiatives qui vont dans le sens de cette transition.
Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?
F.R. : À chaque jour suffit sa joie.
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