Florence Patenotte, directrice Communication et Mécénat chez GHU Paris Psy-Neuro

Florence Patenotte est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.
Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?
F.P. : Le plaidoyer est un véhicule opérant pour passer d’une formation orientée lettres, langue anglaise & SHS vers la transformation de l’Association des Directeurs d’Hôpital en lobby et en communauté professionnelle, la première mission qui m’a été confiée ; puis vers la structuration d’une nouvelle identité hospitalière, le groupe hospitalo-universitaire Paris psychiatrie & neurosciences, né de la fusion des établissements de soins de psy parisiens avec pour siège Sainte-Anne ; et très tôt, et en parallèle, l’enseignement de la communication associative et publique et de la com de crise, dans mon Alma mater, la Sorbonne Nouvelle. La cause publique irrigue ce parcours attaché à transformer en profondeur les organisations et à aider à changer les regards, à créer un espace pour ce fameux shift. « Déplacement » et « évolution » tout à la fois ; un voyage qui peut être immobile et concentre toutes les forces de mon équipe vers la déstigmatisation des troubles psychiques, vers l’inclusion et la diversité. Dans ce cadre, je me positionne comme une militante de la communication en tant que discipline, en tant que fonction stratégique, en tant qu’écologie de l’information dans sa forme la plus pure. Celle qui est créatrice de valeur, de lien, de commun et de diversité et qui se pose régulièrement la question de la quantité et de la qualité. La gestion (pas le commerce) de l’information est encore un impensé dans nos organisations, tout comme la littératie dans l’instruction/l’éducation.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?
F.P. : Je dirais l’envie chaque jour renouvelée de « faire des choses ». Le café c’est « action » !
Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?
F.P. : Il y a eu davantage d’épiphanies éparses que de choc de transformation, mais je dirais le premier tour des élections présidentielles de 2002 et le duel Chirac/Le Pen. Révélateur d’une fracture essentielle sur le plan idéologique et de tant de lignes plus souterraines. Il y a eu un sursaut, également, ce qui compte dans la force historique de ce moment. C’était pour moi une vraie manifestation de ce qui se passe quand on croit qu’on dialogue, mais qu’en fait on ne se comprend pas, on ne se comprend plus. Cela nourrit une attention aux signaux faibles, aux non-dits, un effort de détachement du « bruit » et de l’ouate du privilège.
Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retournée ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?
F.P. : Un roi sans divertissement de Giono, « c’est final ». Le Roi Méduse (tiens encore un roi ! hmmmm) de Brecht Evens qui pourrait m’offrir une minilithographie vu le nombre d’exemplaires distribués à Noël, et surtout vu l’admiration que j’ai pour son talent de conteur et de graphiste. Difficile de continuer de fréquenter quelqu’un qui a vu moins de 10 fois Matrix… Mais on peut se réconcilier s’il ou elle connait The Leftovers de Damon Lindelof. Le Monde selon Garp de John Irving reste le compagnon renversant de toutes les dispositions émotionnelles. Et ceux dont je suis fière par procuration c'est ceux de ma mère, Françoise Theillou, accompagnée de mon père, pour des lecteurs amoureux de la langue française.
Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?
F.P. : Ces lignes sont écrites lors du renouvellement de la Grande Cause Santé Mentale, dans le sillage de plusieurs coming out médiatiques et alors que les troubles psychiques se hissent au podium des enjeux de santé publique contemporains. Cette formidable attention est-elle la sortie par le purgatoire des maladies psychiques comme le sida a pu l’être à une époque ? On n’en a jamais été aussi proches et je souhaite ardemment que la force du tabou recule durablement. Un grand merci pour le courage d’un Nicolas Demorand qui lui a porté un sacré coup. Le GHU Paris psychiatrie & neurosciences où j’exerce abrite de multiples initiatives, de recherches qui dessinent un horizon lisible de meilleures prises en charge ; c’est une grande chance que d’en être l’observateur et l’avocat. Je garde un œil sur la jeunesse que nous accompagnons au sein du Master de Communication des entreprises et des institutions de Paris 3 Sorbonne Nouvelle, ce sont les agents de transformation de demain !
Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fière ?
F.P. : Allez, je vais parler du Jour d’après (il y a un film sur la chaîne YouTube du GHU Paris), un évènement éphémère sauf dans la tête de ceux qui l’ont vécu, en plein entre deux confinements Covid, nous, soignants, anonymes, patients, aidants, street artists, (dont Ernesto Novo, Alexandra Petrachi, Sitou), nous avons démoli 300 mètres carrés d’un ancien bâtiment hospitalier dans Sainte-Anne à coups de fresques, de collages, de peintures, durant 15 jours et 15 nuits. C’était une vraie performance, une expérience du collectif qui a débordé d’humanité dans un moment où tout faisait barrière ou barrage et… c’était beau ! Nous avons éprouvé un vrai sentiment de création d’égalité et de dépassement. Ce n’est pas facile à reproduire, mais c’est aussi l’objectif d’un objet de médiation que nous avons créé, la ®Montagne des préjugés, un flipper pour envoyer bouler les idées reçues sur les maladies mentales qui font… flipper.
Si vous êtes déchaîné.e, je vous le prête.
Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?
F.P. : Au GHU Paris, avec mon amie et collègue Marianne Henry, on se challenge mutuellement et très naturellement pour repousser les portes de l’hôpital, les murs psychiatriques, les frontières entre métiers et catégories, les passages entre cultures du public, de l’ESS, du privé… On a une règle tacite qui consiste à ne jamais considérer quelque chose comme impossible dans l’absolu. Voilà pour l’état d’esprit. Ensuite, on est adepte du DIY. On fonctionne en agence intégrée grâce à la confiance de nos dirigeant.e.s et on s’efforce de s’appuyer sur nos ressources et nos compétences internes, en s’associant avec tous les partenaires ou amis que l’on peut impliquer. La recette du « Quand on n’a pas de pétrole, on a des idées… » ou parfois des amis raffineurs. Pour le dire moins prosaïquement, on essaye par l’influence, dans le bon sens du terme, de réunir toutes les conditions de réussite, à notre échelle, d’un projet.
Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?
F.P. : Indéniablement la pensée systémique, qui pose à la fois que tout est communication et qui aide à modéliser les interactions et leurs impacts en toutes circonstances, c’est un outil d’interprétation de la complexité assez redoutable. Barthes ensuite, notamment car ses Mythologies savent conjuguer réel et récit et que c’est l’essence de notre métier de communicant, je plaide pour une reconnaissance plus appréciative du « storytelling ». Naomi Klein pour challenger sa conscience politique et éthique régulièrement. Et puis Les Frustrés de Claire Bretecher pour rire frontalement des monuments d’absurdité que l’on gravit selon des fréquences aléatoires mais persistantes.
Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?
F.P. : De l’inspiration. Des personnes qui pensent différemment et qui savent naviguer dans l’air du temps sans dogmatisme, pensée uniforme ou culte de la personnalité. Et de l’optimisme. J’y contribuerai avec énergie et ténacité !
Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?
F.P. : Aider à faire shifter l'opinion sur la maladie mentale.
Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?
F.P. : « Il n’y a de vérité que celle du sujet », entendue en cours de psychologie de la communication. Et celle qu’on prête à Talleyrand « Tout ce qui est excessif est insignifiant », véritable mantra pour piloter par temps de crise, qu’elle soit chronique ou épisodique, et se concentrer sur les vrais sujets.
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PARFAIT JE DIRAIS MEME EXEMPLAIRE.