livre des tendances 2026
le livre des tendances 2026
 

    Delphine Batho, Présidente de Génération Écologie et députée des Deux-Sèvres à L'assemblée nationale

    Delphine Batho

    Delphine Batho est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.

    Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?

    D.B. : La passion, l’amour de la nature, de l’art, des gens, de la ruralité et des paysages de France. L’envie d’être utile et la conviction que changer tout ce qui ne va pas est possible. Je suis « tombée » dans l’engagement très jeune, à l’âge de 11 ans avec l’initiative « action école » contre la famine en Afrique lancée par Médecins du Monde. Je n’ai rien calculé de la suite. Enfant, je voulais devenir boulangère, passion à laquelle je me suis enfin adonnée pendant les confinements du Covid. Adolescente, mon rêve était d’être volcanologue, pour faire le même métier qu’Haroun Tazieff. Je suis encore fascinée par les sciences de la Terre. Finalement, ce parcours a été contrarié car j’ai attrapé le virus du militantisme dans lequel je me suis jetée toute entière. La vie associative m’a naturellement conduit à la politique, non pour faire carrière, mais pour agir par la démocratie. Notre pays mérite mieux qu’un paysage politique obsolète, agressif et dépassé par les événements. J’ai la chance d’exercer un mandat où l’on rencontre tous les jours des personnes nouvelles, où je peux défendre les citoyennes et citoyens et parler en leur nom. Finalement aujourd’hui c’est l’écologie qui relie tout ce que j’aime dans la vie, sur un plan personnel comme dans mes fonctions.

    Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?

    D.B. : L’action ! Après le café, je suis habitée par ce que je voudrais avoir réussi à accomplir pour éprouver une relative satisfaction quand je me coucherai le soir. Cela peut concerner le travail comme du jardinage, la lecture d’un livre ou la réussite d’un bon plat de famille. Je vis au présent. J’ai appris très jeune que chaque jour et chaque moment compte.

    Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?

    D.B. : Un concert de Jacques Higelin à la grande halle de La Villette en novembre 1988. C’est là que j’ai rencontré des jeunes militantes et militants de SOS Racisme. J’avais 15 ans et cela a changé ma vie par la découverte de ce qu’est l’engagement collectif pour une cause. C’est, avec le bonheur de mes proches, ce qui donne un sens à ma vie.

    Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné·e ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?

    D.B. : Mon enfance a été bercée d’une omniprésence de l’art, en particulier la photographie et la peinture. Faire la liste de toutes les œuvres qui m’ont inspirée et influencée, c’est mission impossible ! J’aime partager l’écoute de bonnes chansons, offrir L’arbre monde de Richard Powers, La Douleur de Marguerite Duras, Les Furtifs d’Alain Damasio, mais cela peut aussi être Les lettres de prison de Rosa Luxemburg, Salammbô de Flaubert, Malevil de Robert Merle, Samarcande d’Amin Maalouf ou Les racines du ciel de Romain Gary. Pour les enfants, j’ai une prédilection pour Yakari ou les jolis livres de l’École des loisirs sur la mythologie. Enfin, si je devais conseiller une lecture à ceux qui nous gouvernent, ce serait Le Déluge de Stephen Markley, une œuvre magistrale sur le chaos climatique.

    Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?

    D.B. : Celui qui concerne et implique tous les autres : le respect des limites physiques de la planète et la préservation de son habitabilité. Pour cela, il faut sortir de la course à la croissance du PIB qui est en train de ruiner nos conditions d’existence et rend notre pays, notre société, notre économie, notre alimentation, notre culture, de plus en plus dépendants et vulnérables. Nous devons inventer une économie de l’utile localisée, donner la priorité à la santé et au bien-être et à tout ce qui embellit nos vies. Ce changement doit mobiliser toutes nos intelligences et notre créativité. Je veux que l’on parle de ça, de notre horizon commun, avant de basculer, sans liberté de choix, dans la domination de l’intelligence artificielle sur fond d’effondrements écologiques et de guerres.

    Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier·e ?

    D.B. : Parmi mes fiertés : l’interdiction en France des pesticides néonicotinoïdes. Cela a été un combat parlementaire épique en 2015-2016 et il continue encore de nos jours puisque la loi Duplomb a tenté de revenir sur cette avancée importante pour le destin des abeilles et des pollinisateurs, des oiseaux et de toute la biodiversité, mais aussi pour la santé humaine, au regard des données alarmantes sur les effets de ces neurotoxiques.

    Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?

    D.B. : Pour innover, ma méthode est de partir du terrain. Je cultive l’écoute active des citoyennes et citoyens qui me confient leurs problèmes. Ils ne manquent pas dans un pays qui semble de plus en plus gagné par des logiques administratives bureaucratiques et kafkaïennes ! Je passe peu de temps sur les réseaux sociaux qui encombrent l’esprit. J’ai aussi l’habitude de stimuler ma curiosité intellectuelle en me promenant en librairie, ou encore plus radicalement en me plongeant dans l’étude d’un nouveau domaine. C’est ainsi que j’ai récemment rejoint la Commission de la défense nationale et des forces armées à l’Assemblée nationale, après avoir suivi la formation de l’Institut des hautes études de défense nationale. J’en ai ressenti la nécessité au regard de l’évolution menaçante du contexte géopolitique.

    Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?

    D.B. : En termes d’influence, je dirai assurément mon père, par son amour du travail manuel, le récit de sa condition d’ouvrier relieur qui s’est engagé dans le syndicalisme et m’a fait lire Germinal très jeune. Mais son histoire est celle d’une émancipation par son travail et la culture car, autodidacte, il est devenu artiste photographe et professeur aux Beaux-arts.

    Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?

    D.B. : Des échanges en dehors des sentiers battus et des découvertes, justement, de ce qui est présenté comme “hors-norme”. La richesse d’une diversité de points de vue et de rencontres que l’on ne fait pas ailleurs. De l’optimisme surtout et des énergies positives dans une époque qui en a tellement besoin.

    Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?

    D.B. : Pour aujourd’hui et pour demain, une espérance collective : faire de la France ce que j’appelle dans mon livre une République terrestre. Je veux œuvrer, avec d’autres, à construire une nouvelle écologie, rassembleuse, qui donne confiance car elle est crédible, adossée aux forces vives agissantes et surtout qui donne envie parce qu’elle a pour boussole la beauté. Dans les bouleversements historiques que nous vivons, cultiver nos émerveillements et nos émotions sensibles peut nous donner une force insoupçonnée.

    Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?

    D.B. : Ma devise est une citation de Nelson Mandela que je répète souvent : “cela semble toujours impossible jusqu’à ce qu’on le fasse ! ”

     

     

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