Deborah Pardo, Scientifique & Conférencière

Deborah Pardo est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.
Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?
D.P. : Je dirais plutôt 2 fils rouges, la mer et l'impact... qui s'expriment au fil de mes 3 carrières :
1/ Recherche scientifique internationale pendant 8 ans, où je faisais des modèles mathématiques pour expliquer le déclin catastrophique des albatros en Antarctique. 6 mois passés sur des îles isolées, des articles publiés au plus haut niveau pour me rendre compte que ce n'est pas de plus d'analyses dont on a besoin pour les protéger, mais de plus de leadership !
2/ Présidente co-fondatrice du mouvement Earthship Sisters pendant 6 ans, où avec une équipe de 20 personnes on accompagnait des femmes HPI en transition professionnelle vers des métiers à impact avec un incubateur de 9 mois et un organisme de formation en leadership à la voile. Des dizaines de vies changées, y compris dans notre team, puis liquidation amiable fin 2023...
3/ Aujourd'hui je fais la synthèse entre les 2 expériences précédentes en gardant beaucoup de liberté et de diversité d'action ! Conférencière internationale, experte APM et GERME, fondatrice du programme Leaders d'Envergure où j'utilise les icebergs, les tempêtes et les albatros comme métaphores de notre époque; guide naturaliste en Antarctique pour l'adrénaline et l'influence et enfin administratrice au Parc National des Calanques en tant que personnalité nationale pour la diplomatie dans la complexité des usages.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?
D.P. : J'ai 2 grandes quêtes aujourd'hui, elles sont toutes les 2 viscérales
Tout d'abord faire en sorte que les leaders traditionnels de ce monde, au sein des entreprises et collectivités comprennent et ressentent que prendre en compte les enjeux écologiques n'est pas une contrainte de plus mais une ressource stratégique vitale à la survie de leurs organisations et au bien être de leurs équipes. Je les inspire et le secoue avec mes confs
Ensuite, faire en sorte que les personnes qui sont particulièrement engagées, qu'elles soient des dirigeants, salariés, freelance, burnout, étudiants trouvent leur cap d'impact dans l'incertitude du monde, et surtout ne s'épuisent pas face à la rigidité et l'absurdité du système en place. Je les outille et les relie avec mon programme en ligne
Pour ces 2 objectifs j'utilise une méthode que j'ai développée depuis 10 ans, riche de ma vision systémique : La boussole des leaders d'Envergure. 4 points cardinaux, 20 caps, à suivre dans un ordre bien précis, qui fait du bien aux personnes qui la découvrent et l'utilisent.
Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?
D.P. : Faire un câlin à Christiana Figueres (politicienne du Costa Rica qui a porté les négos de la COP21) sur le quai à Ushuaia. C'est là que j'ai décidé de quitter la recherche alors que j'avais tout donné pour faire ma place et que j'étais dans mon job de rêve à Cambridge. C'est là que j'ai réalisé mon potentiel d'influence en tant que femme scientifique. C'est là que j'ai pris la décision de ma posture, factuelle, vulnérable et optimiste comme elle.
Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné·e ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?
D.P. : Je suis fan de livres, j'ai d'ailleurs lancé un club de lecture basé sur le cycle de la lune où nous ne sélectionnons que des romans qui permettent de voir le monde positivement. Car à force de vendre de la dystopie partout, livre, films, séries, on n'est plus capables de se projeter dans un avenir qui donne envie ! Là dedans j'aimerais citer évidemment Candide de Voltaire, la saga Révolution Bleue de Jean-Pierre Goux, Croire aux fauves de Nastassja Martin, Dans la forêt de Jean Hegland, Ecotopia.
Sinon je lis surtout des essais, et l'un d'entre eux m'a bouleversée récemment c'est "l'infini dans un roseau" d'Irène Vallejo qui retrace l'histoire du papier. ça croise tous les pays, tous les domaines, comme si ça reliait différentes idées dans mon cerveau. Même feeling avec la biographie d'Alexander Von Humboldt dans "The invention of Nature" d'Andrea Wulf, incroyable comme ça croise avec l'art, l'histoire, la science et la nature.
Sinon à fond sur les séries étrangères, turques, espagnoles, coréennes, danoises, norvégiennes ou islandaises, qui permettent d'apprécier nos différences culturelles.
Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?
D.P. : J'aime cette époque qui est vraiment charnière dans l'histoire de l'humanité. J'ai une étiquette RSE évidemment, même si mon approche touche en réalité à toutes les transitions en cours. Et mon activité pâtit fortement du développement de l'IA et des instabilités géopolitiques qui monopolisent l'attention du fait de la recherche de performance à court terme. Or à mon sens c'est tout l'inverse qu'il faut faire, il y a urgence de ralentir, se reconnecter à l'essentiel, à ses valeurs, à ses équipes, à la nature, à la raison d'être de sa boîte et de sa vie. J'apporte des clés fortes pour cela mais difficile pour les clients parfois d'accepter que c'est cela qui leur ferait du bien quand ils sont pris dans le tourbillon de la performance.
Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier·e ?
D.P. : Mon programme Leaders d'Envergure, 18h de cours où j'ai mis mes tripes et toutes mes connaissances organisées sur les 20 caps de la boussole et actuellement 30 membres qui se réunissent en ligne 2 fois par mois pour s'aligner et impacter autour d'eux. Plus j'accompagne les leaders à déployer leur envergure, plus la mienne augmente au passage.
Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?
D.P. : Addict à la curiosité tout simplement. Tout ce que je fais au quotidien est une source d'apprentissage. Les chemins, les rencontres, les sens, tout est à l'aguet en permanence, donc j'alterne avec des moments de ressourcement au calme, idéalement sur un bateau en dehors de la folie du monde.
Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?
D.P. : Je suis rentrée il y a peu mais c'était une évidence ! J'aime m'entourer d'intellectuels, qui questionnent et cherchent à comprendre le monde en gardant l'esprit ouvert et l'étincelle dans le regard. Je suis passionnée par les gens passionnés et il y en a plein à l'ADN. J'apporte mon énergie, mes questionnements, des réponses, du réseau à qui voudra bien échanger avec moi.
Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?
D.P. : Aujourd'hui j'ai l'impression d'être dans ma pleine envergure, je dégage beaucoup d'énergie positive sans que cela me coûte. Je veux la distribuer au maximum auprès de mes clients pour qu'ils puissent faire des choix décisifs, qui protègent la nature, augmente la résilience de leur boite, leur bonheur et l'engagement des équipes, tout est corrélé, il faut juste faire confiance au process. Donc au plus je parle au mieux je me porte.
Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?
D.P. : "Le bonheur n'est rien sans la liberté, ni la liberté sans courage" Péricles
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