Daniela Leonini, Experte Retail-Experience Client chez Appuntamento

Daniela Leonini est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.
Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?
D.L. : J’ai grandi entre plusieurs cultures, dans une famille de diplomates. Mon enfance en Égypte, puis mon arrivée à Paris à l’âge de neuf ans, ont profondément façonné mon regard sur le monde. Très tôt, mes parents nous ont emmenés partout : musées, expositions, théâtre, danse, voyages. Pendant mes années d’Hypokhâgne, je passais mon temps libre dans les expositions parisiennes, au théâtre ou aux ballets d’été de l’Opéra dans la Cour Carrée du Louvre. Ces expériences ont construit mon regard autant que mes études ou mon parcours professionnel. Plus tard, le retail est devenu mon terrain d'expression naturel, parce qu'il réunit justement tout ce qui me passionne : les lieux, la scénographie, les comportements humains, les objets, les récits et les émotions. Le fil rouge de mon parcours est probablement là : observer, comprendre et relier. Comprendre comment les espaces, les objets et les expériences façonnent nos vies, créent du lien, nourrissent le désir et laissent une trace dans nos mémoires.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?
D.L. Ce qui me fait me lever le matin, c’est souvent la perspective d’une découverte ou d’une émotion : voir une exposition avant l’ouverture, découvrir un paysage, entrer dans un lieu inconnu, écouter une musique qui me transporte, partager un très bon repas ou avoir une conversation qui ouvre une nouvelle manière de regarder le monde.
Je suis profondément nourrie par le beau et le bon, par les rencontres, la curiosité et tout ce qui déplace le regard. J’aime observer les détails, les atmosphères, les comportements, les façons d’habiter les lieux ou de raconter une histoire.
Ce qui m’intéresse avant tout, ce sont les expériences humaines, culturelles et sensibles. Comprendre ce qui relie les êtres humains, ce qui crée du désir, ce qui nous émeut ou nous rassemble. Je crois que c’est cette curiosité-là qui nourrit autant mon travail que ma vie.
Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?
D.L. : Je crois que ma manière de voir le monde s’est construite par couches successives : observer, visiter, toucher, écouter, comparer, voyager, accumuler des références et nourrir une curiosité presque sans fin pour tout ce qui touche au beau, aux lieux et aux expériences humaines. Mais un vrai basculement a eu lieu pendant mes années chez Merci. J’y ai découvert une autre idée du luxe : un luxe plus vrai, plus vivant, plus libre, moins démonstratif. Un luxe fait de sincérité, de culture, de curation, d’émotion et de mélange. J’y ai surtout compris qu’un lieu pouvait être bien plus qu’un lieu de commerce. Il pouvait devenir un espace de découverte, de conversation, de transmission et parfois même de transformation. Cette expérience a profondément changé ma manière de regarder les objets, les espaces et les comportements humains. Elle continue encore aujourd’hui d’influencer ma façon de travailler et d’observer le monde.
Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné·e ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?
D.L. : J’ai été en symbiose avec Marguerite Duras. Je les ai presque tous lus et c’est probablement l’autrice qui continue à me toucher le plus profondément aujourd’hui. J’aime sa manière de parler du désir, de la mémoire, du silence et du temps qui passe. Hiroshima mon amour reste pour moi une œuvre majeure. Je reviens aussi souvent à Guerre et Paix, pour son ampleur, sa compréhension des êtres humains et sa capacité à traverser les époques. Au cinéma, In the Mood for Love fait partie de ces films qui m’accompagnent depuis longtemps par leur beauté visuelle et leur infinie délicatesse. Je suis également passionnée par l’architecture, les arts décoratifs et les métiers d’art. Renzo Piano, Palladio, le Bauhaus, Klimt, Kandinsky ou Paul Klee ont nourri mon regard. J’aime visiter les maisons, les villas, les châteaux, les musées et les lieux chargés d’histoire. La Villa Borghese à Rome, la Villa Ephrussi-Rothschild ou encore certaines églises baroques font partie des endroits où je retourne volontiers pour comprendre comment les époques, les cultures et le beau dialoguent à travers le temps.
Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?
D.L. : Le changement qui me semble le plus déterminant aujourd’hui est probablement la saturation digitale et informationnelle à laquelle nous sommes confrontés. Pendant des années, nous avons cherché à rendre le commerce toujours plus rapide, plus fluide, plus efficace et plus connecté. Ces avancées ont été considérables et je continue à m’y intéresser avec beaucoup de curiosité. Mais nous assistons aujourd’hui à une forme de fatigue : trop d’écrans, trop de sollicitations, trop de contenus, trop d’accélération. Je crois que la véritable transformation de demain sera moins technologique qu’humaine et culturelle. Les consommateurs recherchent à nouveau de la présence, de l’attention, de la sincérité et des expériences incarnées. Ils veulent des lieux qui ont une âme, des histoires qui font sens et des relations plus authentiques. Pour le retail, l’enjeu n’est plus seulement d’innover. Il est de réconcilier technologie et humanité, efficacité et émotion, digital et réel.
Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier·e ?
D.L. : Je suis particulièrement fière d’avoir créé Appuntamento, parce que ce projet m’a permis de construire une vie profondément alignée avec ce que j’aime faire : observer, transmettre, créer des liens et accompagner des transformations.
Être indépendante est parfois un combat exigeant, mais rien ne remplace ma liberté. Je ne regrette absolument pas ce choix.
Je suis également très attachée à l’enseignement. Les cours à l’ESSEC et dans les autres écoles occupent une place essentielle dans ma vie. J’aime transmettre, mais aussi écouter les étudiants, les pousser à réfléchir, questionner les modèles existants et les préparer au monde qui vient.
Et puis il y a les retail tours, les missions de conseil, les projets de transformation de lieux ou de marques. Ce qui me rend probablement la plus heureuse aujourd’hui, c’est d’accompagner des personnes et des entreprises dans des moments de transition, en les aidant à faire émerger des expériences plus humaines, plus cohérentes et plus sensibles.
Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?
D.L. : Ma manière de penser est très liée à la curation. J’aime créer des liens entre des univers qui, à première vue, ne se parlent pas forcément : retail, art, hospitalité, littérature, design, comportements sociaux ou culture populaire.
Je suis une grande observatrice de notre époque. J’aime regarder comment les gens vivent, consomment, se rencontrent, habitent les lieux ou construisent leurs désirs. Les magasins, les hôtels, les restaurants, les librairies ou même les espaces publics sont pour moi de formidables terrains d’observation.
Je crois beaucoup à l’assemblage, aux correspondances et aux détails. Souvent, l’innovation ne vient pas d’une idée totalement nouvelle, mais d’une manière différente de relier les choses entre elles.
Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?
D.L. : Je suis très influencée par tout ce qui relève de l’anthropologie du quotidien et de notre époque. J’observe énormément les comportements liés au commerce, à la consommation, à la mode, à la beauté ou au lifestyle.
Les magasins, les cafés, les hôtels, les plateformes digitales ou même les habitudes de consommation racontent beaucoup de nos désirs, de nos contradictions et des évolutions de la société. J’ai toujours considéré ces lieux comme des observatoires privilégiés des transformations culturelles et sociales.
Cette manière d’observer le monde influence profondément mon travail. Elle nourrit aussi mon approche créative, fondée sur la curation : assembler des références, créer des dialogues entre différents univers, faire émerger du sens, des émotions et des expériences cohérentes.
Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?
D.L. : Ce qui me donne envie de rejoindre L’ADN Le Shift, c’est la promesse de rencontres et de conversations que je n’aurais probablement pas ailleurs. J’aime les endroits où se croisent des personnes issues d’univers différents, parce que ce sont souvent ces échanges qui déplacent le regard et font émerger de nouvelles idées.
J’ai envie d’y trouver de quoi nourrir ma curiosité, mieux comprendre les mutations de notre époque et découvrir des perspectives éloignées de mon propre secteur.
Ce que je peux y apporter, c’est peut-être mon regard de curatrice et d’observatrice. À travers le retail, la mode, la beauté, le lifestyle ou les lieux que j’étudie et accompagne, j’observe depuis longtemps les évolutions des comportements, des usages et des désirs. Je serais heureuse de partager cette lecture très concrète du terrain, tout en continuant à apprendre des autres.
Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?
D.L. : Je n’ai pas la prétention de vouloir changer le monde. J’aimerais simplement continuer à contribuer, à mon échelle, à créer des lieux, des expériences et des conversations qui donnent envie de regarder les choses autrement.
Dans mon métier, j’aimerais défendre l’idée que le commerce peut être plus qu’un acte de transaction. Il peut être un lieu de découverte, de culture, de rencontre et d’émotion.
Et si je pouvais avoir un impact plus large, ce serait peut-être celui-ci : encourager la curiosité. Parce que je crois que la curiosité ouvre des portes, rapproche les personnes et nous aide à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons.
Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?
D.L. : Comprendre, relier, transmettre. Chercher ce qui relie plutôt que ce qui sépare.
Vivez des expériences imaginées par L’ADN, et construisez votre réseau d’acteurs du changement.
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